mardi 9 juin 2015

H comme Horteur, maquis de résistance en 1944 en forêt d'othe

#ChallengeAZ

H comme Horteur, H comme Hommage

En ces temps troublés, j'ai voulu rendre à ces hommes courageux du village des mes ancêtres qui se sont engagés dans la résistance contre l'occupation nazie. Certains ont payé leur implication de leur vie parfois ou bien ont été déportés. J'ai rassemblé des témoignages de cette époque. Certains feront l'objet d'un autre article dans ce blog car ils le méritent. Là j'ai simplement voulu évoquer et rendre hommage au maquis Horteur installé dans les bois du Fays, à proximité de mon lieu de vie. 


Le Fays en zone occupée

Le Maréchal Pétain forme un nouveau gouvernement et obtient les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940. Le 22 juin 1940, la France signe l'armistice avec l’Allemagne. Les Allemands mettent en place toute une série de mesures pour limiter sur le territoire la circulation des personnes et des marchandises et le trafic postal entre deux grandes zones délimitées par la ligne de démarcation qui sépare la zone sud où s’exerce l’autorité du gouvernement de Vichy, de la zone occupée par les Allemands. L'Yonne, département rural, peu densément peuplé mais parcouru par d’importants axes de communications est en zone occupée.


Rencontre Pétain-Goering à la gare de Saint-Florentin en 1941

La Wehrmacht à Turny
 

Des soldats de la Wehrmacht s’installent dans le café du bourg de Turny et font flotter le drapeau nazi. Ce sera le cas dans les différents villages alentour. (souvenir : Famille de Patrick Moreau). Le Frontstalag 150, camp de prisonniers géré par les Allemands est créé à Saint-Florentin. Les gares des villes d’Auxerre, Sens, Joigny et 15 autres communes sont bombardées par les Allemands début juin 1940 causant de nombreux dégâts et morts.



Maquis de Libération-Nord

Après le choc de l'invasion et de l'occupation allemande qui entraîne des réquisitions massives de produits agricoles et du cheptel ainsi que des réquisitions de main d’œuvre, la résistance de l'Yonne s'organise difficilement. Le mouvement Libération-Nord se développe dans l’Yonne, de juin 1943 à septembre 1944. La forêt d’Othe et les villages aux alentours du Fays sont directement impliqués dans le conflit. Arrivé dans l'Yonne durant l'été 1943, Jean Chapelle dit "Verneuil ", devient responsable militaire de Libération-Nord. Il s'agit de créer un puissant maquis qui devienne une unité combattante, intégrée dans les plans stratégiques de la libération du territoire.


Résistance autour du Fays



Les maquis de l'Yonne en 1944

La région choisie est la partie centrale de la forêt d'Othe, autour de Chailley, à la limite des départements de l'Yonne et de l'Aube. Le 12 juin 1944, les maquisards s'installent provisoirement dans le bois des Fourneaux, près du hameau du Vaudevanne. Le nouveau maquis reçoit le nom
 de « Horteur » en hommage aux deux frères Horteur du maquis de Mont Saint Sulpice fusillés le 23 décembre 1943. Emile Laureillard, adjoint de
 "Verneuil ", prend le commandement du maquis. Le 22 septembre 1943, il est cantonné dans les bois du Fays en attente d’un parachutage destiné à ravitailler le maquis (témoignage Maurice Mulot). L'objectif du maquis Horteur est de créer une
" forte base de ravitaillement et d'armement ". Georges Mulot, patron de la laiterie de Chailley, organise le ravitaillement et son domicile sert de 
"boîte aux lettres ". Son fils Maurice est arrêté le 22 septembre 1943, sur dénonciation, pour avoir ravitaillé le maquis Horteur. Il est déporté et libéré par les Russes en 1945. Raoul Dubois, qui fut maire de Turny, fait partie des résistants du mouvement Libération-nord (Musée de la Résistance).

La répression allemande


La Wehrmacht mène une attaque d’importance contre les maquis de la forêt d’Othe le 20 juin 1944. Arces est investi par les Allemands le 22 juin 1944 qui trouvent des armes et arrêtent 7 personnes. Le 23 juin 1944, 17 jours après le débarquement des Alliés en Normandie, 3000 Allemands s'en prennent au groupe Horteur. L'avant-veille, le chef de la Gestapo de l'Yonne était arrivé inopinément au Vaudevanne pour y arrêter le Commandant Verneuil qui avait juste eu le temps de s'enfuir et gagner les bois. Par contre, plusieurs maquisards seront abattus ou torturés et 29 otages emmenés à la Gestapo à Auxerre. Une stèle a été installée au Vaudevanne en souvenir de ce massacre. 

Le maquis Horteur en forêt d’Othe

Le ravitaillement des maquisards s’effectue auprès de fermes attitrées et en particulier celle de la famille Mathieu à la Rue-chèvre. Le 23 juin 1944, sur la route du hameau de la Rue-chèvre à la Coudre, Marcel Mathieu, fermier, et son fils Maurice ainsi que Henri Bourgoin sont fusillés par les allemands pour avoir aidé un groupe de résistants. Une plaque est posée en leur mémoire. Le même jour, les allemands investissent Chailley, rassemblent les habitants et 29 otages devant un mur de la rue des fossés. Ils massacrent 4 chaillotins et 3 maquisards prisonniers de Saint-Mars-en-Othe. Le maquis Horteur est l'objet d'une attaque importante, dans le cadre d'un plan d'action de la Wehrmacht qui a pour objectif d'anéantir tous les maquis de la forêt d'Othe afin qu'ils ne puissent menacer les liaisons nécessaires avec le front de Normandie. (Joël Drogland, " le maquis Horteur ", in CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI, 2004).

La libération


Saint-Florentin et les villages alentours sont libérés le 23 août 1944 par les FFI avec l’appui de la 3ème  armée américaine venant de Normandie. Le 4 septembre 1944, le département de l’Yonne est entièrement libéré.


lundi 8 juin 2015

G comme GOULVIN Maréchal-Ferrant


Mon voisin et ami Régis GOULVIN vient me voir avec des registres comptables de son grand-père qui était Maréchal-Ferrand dans le village du Fays. Il me raconte ses souvenirs d'enfant et aimerait en savoir plus sur sa famille. 

Livres de compte des GOULVIN-GOBRY, Maréchal-Ferrand au Fays

Jules Léon GOULVIN est l’arrière-grand-père de Régis.  Il sait qu'il est né à Coulours.
Me voici partie à la recherche des actes numérisés et je trouve un Jules GOULVIN,  né le 18 mars 1875 à Coulours. Il est indiqué que son père Pierre GOULVIN est déjà Maréchal à Coulours.  
Acte de naissance de Jules Goulvin à Coulours 89




J'ai de la chance car sur l'acte de naissance est mentionné la date de son mariage le 25 avril 1900, avec Hortense Gobry née en 1879 à Turny.

Voici son acte de mariage


Acte de mariage Jules Goulvin et Hortense Gobry à Turny Yonne


Une photo de son mariage est prise en 1920, devant la maison familiale située Grande rue au Fays (actuelle rue des puits) m'est confiée par son petit-fils Régis qui s'est plongé dans tous ses cartons,  motivé par ces premières recherches. C'est une bien belle découverte que cette jolie photo de famille. Elle est en très bon état et tous les participants se présentent sous leur meilleur jour. Incroyable cette photo est prise devant la maison familiale que Régis habite aujourd'hui. Quelques larmes sont vite essuyées de ses yeux quand il m'apporte cette relique.

Photo de Mariage GOULVIN-GOBRY 1920


Jules GOULVIN
Hortense GOBRY

Je découvre les visages des grands-parents et arrières grand-parents de Régis et mes recherches prennent chair.

J'ai trouvé trace, dans le recensement de 1911 du hameau, le nom de Désiré GOBRY, Maréchal. Jules va donc s'installer au Fays où il exercera son métier avec son beau-père. Régis se souvient que sa fonction principale est de ferrer les chevaux. Il prépare aussi le ferrage des roues des charrettes et fabrique des outils en métal sur sa forge. Le père d’Hortense, Désiré GOBRY est donc lui aussi maréchal-ferrant domicilié au Fays, comme le confirme cet extrait de papier journal tiré des archives de Régis. 


M. GOBRY exerce également le métier de Taillandier comme l’indique une lettre qui est adressée avec une facture de son fournisseur en date de 1910. 


Le Taillandier est un forgeron spécialisé dans la confection des outils tranchants consistant à fabriquer des ciseaux, cisailles, haches...

Livre de comptes 1905...Belle écriture

Comme quoi, les cartons rangés dans les greniers, les caves, les granges recèlent des trésors de famille ! Et des émotions oubliées qui ressurgissent !





dimanche 7 juin 2015

F comme Fays en pays d'Othe


#ChallengeAZ

Que signifie le nom « Le Fays »


Conférence de la coutume de Sens par
M. Pelée de Chenouteau - MDCCLXXXVIL (1787) 



Le nom Fays provient du mot latin « fagus » signifiant
« hêtre ». On trouve de nombreux termes dialectaux issus du latin fagus comme : faye, faou... La terminaison Y signifie « un ensemble » d’arbres provenant de la même espèce. (Ex : Fay, Fey..), Le Fay serait une « hêtraie », nom d’une plantation où le hêtre domine. L’orthographe Le Fay était encore utilisée en 1787, avant la Révolution. On voit apparaître l’orthographe Fays (avec un s) à la fin du XIXème siècle, dans le plan d’alignement de 1811.

Le point le plus haut



Arrivée au Fays par la route de Linant

Le Fays est un joli hameau qui est le point le plus haut, situé à 299 m. On y accède par le chemin de Linant, devenu route départementale et on découvre une superbe vue sur les villages environnants les jours de beaux temps. Situé aux portes de la forêt d’Othe, nous ne disposons pas d’information sur l’origine du Fays mais ce hameau semble avoir une longue histoire. Sa situation aux portes de la forêt d’Othe, fait du Fays un hameau particulier à l’intérieur de la commune de Turny dans l'Yonne.

Le pays d’Othe


Le pays d’Othe est un ensemble de plateaux crayeux. Il est recouvert de massifs boisés, peuplés de chênes, de charmes et de hêtres ce qui justifie le nom du hameau. Le sol est composé de silex, d’argile et de galets ferrugineux. Les vastes forêts qui couvraient le sol du département sous les Romains et pendant le moyen-âge ont subi de nombreux défrichements. Appelée Utta saltus ou Utta sylva ou Otha, la forêt d’Othe occupait jadis tout le territoire compris entre la rive droite de l’Yonne, l’Armançon et la Vanne. 
« Vous entrez dans le pays de Turny... dans cette vaste contrée pavée de gros silex où la belle forêt d’othe projette ses grands bras... Mais si ces vilains cailloux blessent vos pieds... N’allez pas dédaigner ces plaines qui s’en hérissent. Voyez blanchir en leur sein aux premières tiédeurs du printemps ces forêts de pommiers, dont les fleurs fécondes promettent au bûcheron de la forêt sa boisson favorite... Voyez onduler, sous ces beaux arbres, les vagues verdoyantes de ces froments touffus, de ces seigles élancés ! Admirez ces campagnes tapissées au loin de trèfles rougissants, de magnifiques luzernes ! » Source : Annuaire statistique du département de l’Yonne 1837


E comme Ecole rurale au Fays


#Challenge AZ

Naissance et fermeture de l'école Rurale du Hameau Fays - Commune de Turny - Yonne


Les élèves de l'école mixte du Fays - Commune de Turny - Yonne 1959


Construction en 1846


Les registres du conseil municipal indiquent que la construction d'une école au hameau du Fays, de 100 habitants,  est décidée dès le XIXème siècle. L'école du Fays est justifiée en raison du trop grand éloignement du Bourg (7 km) . Le 12 août 1894, le conseil municipal attribue à l’institutrice Melle Perron de l’école du Fays un supplément de traitement de 200 francs. Par délibération du 10 décembre 1904, nous apprenons que les élus municipaux approuvent l’acquisition, pour la somme de quatre mille six cent francs aux héritiers Simon Benoni, d’une maison destinée à devenir une école mixte au Fays. Par acte notarié du 19 mars 1905 de Maitre Saffroy, notaire à Venizy, l’immeuble est acquis.

Nouvelle école mixte en 1911


Le conseil municipal décide que l’ancienne maison d’école construite en partie sur le chemin de grande communication n° 220 doit être démolie. Le Ministre de l’instruction publique promet une subvention par dépêche du 20 février 1905 qui est fixée à 5 616 francs. Le montant total de l’achat, travaux, aménagement et mobilier scolaire est fixé à 16 226 francs soit 10 610 francs à la charge de la commune, financé par un emprunt.  L’autorisation préfectorale autorisant la destruction de cette première école intervient le 7 février 1911. Après une vente aux enchères publiques le 12 mars 1911, le bâtiment est vendu 400 francs à un maçon du village de la Rue-Chèvre.

Le dernier instituteur


Le dernier instituteur est M. Plançon. Il est affecté à l’école de Chailley, à la fermeture de l’école du Fays.
 Il demeure au Fays jusqu’à la fin de sa vie, dans une maison située en face de l’école. Cet instituteur, M. Plançon, reste encore présent dans la mémoire locale. Il exerce « à l’ancienne », n’hésitant pas à remettre sur le droit chemin les enfants avec des méthodes musclées. 

M. Plançon,  instituteur au Fays

Les oreilles des anciens élèves s’en souviennent. L’enfant rebelle porte un « bonnet d’âne » en tissu et reste sans bouger au coin de la classe. Les enfants participent aux « travaux » : port des bûches de bois, enfournage du poêle de la classe unique, ramassage et séchage des fleurs des tilleuls de la cour...  L’instituteur est logé au premier étage d’une maison jouxtant l’école, et au rez-de-chaussée se trouve la salle municipale. Pendant un siècle, les enfants des familles du Fays sont scolarisés dans l’école du hameau. Munis de leur certificat de fin d’études primaires, les meilleurs élèves partent poursuivre leur scolarité au cours complémentaire à Saint- Florentin, la ville située à 15 km.

Fermeture en 1966



Avec le dépeuplement et le vieillissement de la population du hameau, cette « nouvelle école mixte » du Fays fonctionne avec de moins en moins d’élèves. Elle est fermée en 1966. La commune de Turny a su préserver son école du Bourg grâce à un regroupement pédagogique avec la commune de Chailley.