jeudi 28 août 2014

Chronologie de la Grande Guerre




1914 - 2014 : cent après, notre devoir de mémoire

Feuilleton des Poilus de Chailley Morts pour la France ..... à suivre

Mes recherches sur les Poilus de Chailley




Je vais vous présenter la synthèse de mes recherches sur les 33 Poilus de Chailley dans l'Yonne qui sont morts pour la France. Cette synthèse m'a bien occupée, tout l'été, et j'ai du recouper de nombreuses sources : site Mémoire des Hommes du Ministère de la Défense, Archives départementales de l'Yonne, Etat civils, Registre municipaux, Recherches historiques et iconographiques.

Peu à peu je suis "entrée" dans la Grande guerre de 14/18. Je n'y connaissais pas grand chose. Mais je me suis laissée passionner par ce morceau de la Grande Histoire de l'Europe. Je me suis plongée avec bonheur et émotion dans les registres matricules de ces poilus morts pour la France. J'ai souhaité leur redonner un peu de vie et faire partager mes recherches par les habitants de la commune.

Cette recherche personnelle va se concrétiser par
- la rédaction d'un livret
- une conférence sur la Vie des Poilus le 10 octobre 2014
- une exposition à la bibliothèque de Chailley du 10 octobre au 30 novembre 2014.

J'aurais fait mon devoir de mémoire et j'espère intéresser les habitants et les enfants de l'école à la prise en compte de leur histoire.

Cette initiative donnera peut-être des idées à d'autres.... 


La suite dans un prochain article....




jeudi 10 juillet 2014

M comme Monument aux morts


Toutes les nations qui ont participé à la Grande Guerre ont éprouvé le même désir de fixer dans la pierre et le bronze le souvenir de ce conflit. Chaque commune, ou presque, veut avoir le sien.

Jusqu’ici, les monuments étaient érigés à la gloire des princes, des puissants, des chefs de guerre. Pour la première fois, on voit apparaître, au centre de l’espace public, des monuments élevés pour rendre hommage à de simples soldats, à des hommes dont, jusque-là, on faisait peu de cas dans les guerres et les batailles.

Bon nombre de communes rurales ne possédaient jusque-là d’autre monument que leur église.

Les monuments aux morts sont, pour la plupart des communes rurales, le premier monument digne de ce nom qui soit érigé par tous et pour tous.

Chailley, qui a perdu 33 hommes dans les combats de la guerre de 14/18, a souhaité rendre hommage à ses Morts pour la France. Les registres municipaux  permettent de retracer l’historique de la construction du Monument aux morts de la Commune, érigé sur la place de la Mairie. Seront ajoutés les noms des Morts pendant la Guerre de 39/45.

Monument aux Morts de Chailley




Dans sa délibération 13 septembre 1918 approuvée par le Préfet de l’Yonne, le Conseil municipal de Chailley dirigé par M. le Maire BRUNAT vote la création d’une plaque commémorative destinée aux Morts pour la France. Elle sera réalisée par M. PLANSON, Marbrier à Saint Florentin. Le modèle est une plaque de marbre blanc ornée d’une palme de bronze et d’une croix de guerre.

Les noms et  prénoms de nos glorieux morts y seront gravés en lettres dorées en suivant l’ordre alphabétique. Le prix de revient posé est de 500 francs et le travail livré le 20 octobre 1919.

Cette plaque est installée dans le hall de la Mairie de Chailley.

S'appuyant sur l'esprit de la loi du 25 octobre 1919, un usage s'est imposé, depuis la Première Guerre mondiale, comme référence pour les décisions municipales en la matière : l'inscription d'un nom se justifie pleinement lorsque le défunt, décédé au cours d'une guerre ou d'opérations assimilées à des campagnes de guerre, est titulaire de la mention "Mort pour la France", et est né ou domicilié légalement en dernier lieu dans la commune considérée.

Morts pour la France à Chailley

Le 14 septembre 1919, le Maire rend compte qu’un comité local s’est constitué pour l’érection d’un Monument aux enfants  de Chailley morts pour la France. Le conseil est désireux de rendre hommage à ceux qui sont tombés en combattant pour la victoire du droit et de la liberté. Le conseil sollicite M le Préfet de bien vouloir faire les démarches pour provoquer le décret autorisant l’érection d’un monument sur une des places de Chailley. Une première subvention de 4500 francs est votée.

Le 22 novembre 1919, le Maire porte à la connaissance du Conseil que par décret du 10 novembre 1919, M. le Président de la République, Raymond POINCARE a  approuvé la délibération du conseil municipal ayant décidé l’érection du Monument aux Morts.

Le 3 avril 1920, le conseil municipal nomme une commission chargée de l’érection du Monuments au morts composée de Gustave BRUNAT, Maire, de Gustave MOREAU adjoint, de Cléophas GARNIER, Félix COMPAGNON, Jean TROMPAT, Paul DELAGNEAU,  Paul DUPRESSOIR, Alphonse BRUNAT, conseillers municipaux.

Le 14 novembre 1920, le conseil municipal décide de prendre à ses frais le transport à Chailley des corps  de militaires morts pour la France et ramenés au pays. Ce transport sera effectué d’après le tarif accordé au conducteur du corbillard. Un crédit de 100 francs est voté.
Le conseil décide d’affecter, à la sépulture des morts pour la France dont les parents habitent Chailley, des concessions perpétuelles dans le cimetière de la commune appelé Carré des enfants.

Le 26 novembre 1922, le conseil municipal décide de réserver deux emplacements pour l’érection du monument aux morts :
1  la place des bâtiments Mollevaux
2. le mail situé sur la route le long des murs des jardins Rousseau et Raoul.
Le conseil, soucieux de concilier de toutes les opinions décide de consulter par un vote des familles des morts pour la France.

Le 17 décembre 1922, le vote a lieu et est dépouillé. Il y a 23 votants. Les résultats donnent  15 voix pour le mail, 7 pour place de bâtiments Mollevaux et 1 nul.

Le 19 février 1923, le conseil décide de confier à M HODRY, Architecte,  l’exécution du monument aux morts pour la France. Il est invité à présenter un avant projet avec des croquis au conseil municipal.

Le 21 mars 1923, le Maire expose les raisons qui le font écarter le mail pour l’installation du Monuments.  A cet endroit, selon l’architecte, le monument ne bénéficiera d’aucune perspective. L’endroit le plus qualifié serait la place de la Halle.
Il propose de transporter la Halle sur le terrain des bâtiments Molleveaux et d’ériger le Monument à l ‘emplacement de la Halle. Le conseil se range à cet avis étant entendu que la Halle sera édifiée de la même manière qu’elle est actuellement.
M HODRY soumet au conseil  plusieurs modèle de monuments et le conseil fixe son choix sur une pyramide surmontée d’une stèle en granit des Vosges polie sur les 4 faces. La hauteur du monument sera de 4,50 m et entouré d’une grille, dont la réalisation est confiée à M Fernand DANTON habitant la commune pour un montant de 3000 francs. Le devis est de 20500 francs monument posé.




Le 3 juin 1924, le conseil municipal décide d’abandonner le projet de déplacement de la Halle et décide de la vendre sur îed avec un délai d’enlèvement de 15 jours après adjudication. La halle sera vendue en morceaux, tuiles, bois, aux acheteurs.

Le conseil municipal décide de construire une halle neuve sur l’emplacement des bâtiments mollevaux confiée à M MILLET, Charpentier à Chailley d’une taille de 8 m de large pour une somme de 9600 francs.

Dans le budget additionnel de 1924, il est inscrit la vente de la halle pour 2000 francs.

Le 12 octobre 1924, M BRUNAT, Maire, n’ayant pas de descendants, fait don à la commune de sa rente perpétuelle de 25 francs pour invalidité, contractée au service commandé dans les tranchées pendant la dernière guerre, à condition que celle-ci serve exclusivement à l’entretien du monument élevé à la mémoire des enfants de la commune morts pour la France.


Le 9 avril 1925, les démobilisés offrent leur concours financier pour apposer une palme sur le monuments aux morts qui est la reproduction de la palme offerte par la ville de Paris et déposée à l’Arc de Triomphe. Elle portera en relief l’inscription « les démobilisés de Chailley ». Le coût est de 1200 francs.

Le 4 juillet 1926, Le maire propose l’inauguration officielle du Monuments aux morts. Les membres s’expriment leur admiration et leur reconnaissance aux héros de la grande guerre.




Depuis 1926, le Monument aux Morts de Chailley est installé au centre du village. Le monument aux morts est un bien communal et relève de la compétence de la municipalité.


Devoir de mémoire et cérémonies commémoratives

La fonction de cet édifice est de rassembler la population autour du souvenir de ceux qui ne reviendront plus vivre dans la cité, faisant ainsi participer la commune au travail de deuil des familles. Graver les noms des morts revient à donner à ceux-ci un peu de cette gloire dont sont  parés ceux qui se sont sacrifiés pour la France. Le Monuments aux morts a vu s’ajouter les noms des enfants de Chailley Morts pour la France dans les autres conflits.

La journée du 11 novembre a été instituée par la loi du 24 octobre 1922 comme « journée nationale pour la commémoration de la victoire et la paix ». Jour d'hommage et de recueillement, elle donne lieu chaque année à des cérémonies commémoratives devant les monuments aux morts des communes de France.

La loi du 28 février 2012 élargit la portée à l'ensemble des morts pour la France. C'est donc la reconnaissance du pays tout entier à l'égard de l'ensemble des Morts pour la France tombés pendant et depuis la Grande Guerre qui s'exprime aujourd'hui, particulièrement envers les derniers d'entre eux, notamment en opérations extérieures. 





Sources
Registres des conseils municipaux de 1918 à 1930 (Mairie de Chailley)
Photos personnelles
Cartes postales anciennes (collection personnelle)

mardi 24 juin 2014

S comme Stalagh 2B


#ChallengeAZ

A l'occasion de ce Challenge généalogique, je souhaite mettre en valeur le site du STALAG 2B, camp de prisonniers de 1939 à 1945, situé à Hammerstein en Poméranie. Je trouve ce site remarquable et participant à un travail de mémoire indispensable.


Carte des Stalagh


Je vous invite à consulter ce site en cliquant sur ce lien SITE STALAG 2B

Il est réalisé par les familles des prisonniers et des recherches sur place en Pologne. Il permet de faire la liste des prisonniers du camp et retracer l'histoire de la construction et des conditions de vie dans ce camp. Chacun peut présenter des photos, des témoignages, des archives. Sont accessibles des rapports de la Croix-rouge.

Actuellement 44 prisonniers sont recensés sur ce site et nous attendons d'autres souvenirs ou archives pour l'enrichir. Il y aussi des cartes, des photos, des dessins, des liens...

René TARDI, Dessinateur, a publié une excellente BD sur le Stalagh 2B où a été fait prisonnier son propre grand-père.



Mon Grand-père Marcel BOURGOIN, matricule 86796 y a passé 2 années de sa vie. Il était affecté au Kommando n°210 comme boucher à la Fleisherei Wilke, chargée de l'approvisionnement du camp.

J'ai rédigé une page de témoignages, accessible à Prisonnier Marcel BOURGOIN.


Marcel BOURGOIN prisonnier du camp de Hammerstein 11 septembre 1940

Pour en savoir plus sur mon grand père prisonnier


En souvenir de cette période noire.


Y comme Yves meurt à 15 ans


#ChallengeAZ

Je veux partager avec vous le témoignage émouvant de Jean Madelin qui a écrit ses souvenirs sur la mort de son jeune frère Yves, à l'âge de 15 ans. Jean Madelin a rédigé ce texte à l'attention de son frère Philippe Madelin, Journaliste, qui souhaitait écrire et publier un livre sur l'histoire de sa famille. Il n'en aura pas le temps. Jean, Philippe et Yves, les 3 frères, nous ont quitté. Tiré de ses archives familiales qu'il a confié à sa nièce, voici ce bel hommage à ce frère disparu trop tôt. 

« A Pâques 1938, Yves fait un camp scout de Pâques, pendant que je suis en séjour à Savigny. Une lettre d’Yves raconte tout ce camp. Au début de Juillet 1938, je pars en vacances à Royan avec les René Delafon, Henri étant pour moi un grand camarade. Je perdrai ma médaille de baptême dans le sable de la plage. Pendant ce temps Maman part s’installer au Chalet de la Plage à Pornichet avec mes frères et sœurs. Yves annonce que le camp scout d’été aura lieu au Château de Saint Aignan par Saint Denis de l’Hotel, chez le Colonel de Beaucorps. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas été à ces camps…En tous cas en Août Septembre nous nous retrouverons à Savigny.
 C’est là qu’Yves aura une première atteinte du mal qui devait le faire mourir. On avait conclu à une grippe. Le diagnostic est erroné : s’il s’agissait bien d’une méningite tuberculeuse, l’évolution est fatale en quelques semaines, et non sur plus d’un an. 



Nous sommes le 11 Mars 1939 . A 7 heures du matin, Hubert Madelin vient me réveiller. A cause de la maladie de Yves, depuis plusieurs jours je suis en pension chez les Hubert Madelin. Hubert m’annonce la terrible nouvelle. 

Yves est mort cette nuit.

Il se comporte avec moi comme un frère aîné, il parle avec moi, il tente de me réconforter et il m’accompagne faubourg St Vincent. Je me trouve dans le salon à droite en entrant. Yves est là couché sur un canapé, revêtu de l’uniforme scout. Il a le visage très reposé. Papa et maman sont là qui m’accueillent, comprenant mon émotion.

 Dans un carnet de souvenirs Maman a raconté toutes les étapes de cette maladie, une méningite tuberculeuse dont l’avancée a été relativement rapide. Yves a beaucoup souffert. Papa et maman l’avaient pris dans leur chambre. Les amis se relayaient pour aider Maman. Une religieuse dans les dernières nuits est venue aider à le veiller. A cette époque on n’avait pas encore de grands moyens de soigner cette maladie.

Déjà au mois de septembre précédent, alors que nous étions dans deux petites chambres voisines, à Savigny les Beaune il s’était plaint de maux de têtes et il avait eu de la fièvre, puis cela s’était passé. Il continuait de faire sa classe de Seconde avec brio.

Et puis voilà tout est fini. Le Père Dupuis aumônier de Saint Euverte, le Père Bouley Directeur, viennent très vite. L’abbé Forteau notre aumônier scout. Le Père Dupuis restera plus tard très marqué par ce départ. Je continue d’habiter chez les Hubert, avec des navettes à la maison. Nos parents ont besoin d’avoir tous les enfants avec eux, bien, que nous ayons été dispersés chez des amis.

Le 14 mars 1939, nous sommes réunis autour du cercueil qui va être fermé dans le salon. Et ce sont les obsèques à l’église Saint Vincent. Toute la troupe scoute est là. Certains montent la garde autour du cercueil. Ses camarades de classe. Beaucoup d’amis de nos parents. Des membres de la famille. L’église est comble.  Je suis comme dans un nuage, avec l’envie de pleurer. Je ne me souviens que du Chant des adieux et de la prière scoute.

Le chemin continue. Nous allons conduire Yves à Neuville-aux-Bois, près d'Orléans, où il rejoindra notre grand-mère Madelin, née de Sainte Marie. Un peu de soleil, du vent comme toujours dans ce cimetière de Neuville que je ne connaissais pas et où nous reviendrons si souvent. Le Père Dupuis et le Père Bouley nous ont accompagné pour ce dernier temps de prière.

On rassemble des photos. Maman en a fait un petit album spécial. Et il y a ce pastel que le Lieutenant d’Hallewyn  a fait de lui enfant, à Sarreguemines et qui sera toujours dans la salle de séjour partout où nous avons habité et qui est pour le moment chez moi. J’irai passer les vacances de Pâques chez les d’Astorg, grands amis de nos parents, à Vatimesnil, près d’Etrepagny. Ils essayent de m’entourer, mais le souvenir d’Yves est encore si présent.

 Il faut dire que Yves et moi avons toujours vécu dans la même chambre, travaillé nos devoirs sur la même table, scouts ensemble, vacances ensemble, envoyés tous les deux souvent chez nos grands parents Delafon à Savigny près de Beaune. 

Nous étions presque inséparables. Yves est mort à l’âge de 15 ans»


Source
"Mes souvenirs d’Yves" par Jean Madelin, 2008
Archives personnelles Philippe Madelin


Infos sur la maladie
La méningite tuberculeuse est une infection des membranes recouvrant le cerveau et la moelle épinière. Le traitement implique plusieurs médicaments antituberculeux dans le même temps, comme il le fait pour une tuberculose pulmonaire. Le traitement dure habituellement pendant au moins 12 mois. Les méningites tuberculeuses sont  mortelles si elles sont non traitées.