Les dernières volontés d'Armand Bourgoin



Dernières volontés pour les obsèques de Armand BOURGOIN



Je vais vous rapporter les dernières volontés de mon grand-oncle Armand BOURGOIN, qui sont pour le moins originales.

Qui est Armand Bourgoin ? 

Armand BOURGOIN

Armand Octave BOURGOIN est né  le 3 septembre 1879 à Saint-Julien-du-Sault dans l'Yonne en Bourgogne.  Il est décédé le 9 juillet 1963 à Sens.

Il est l'oncle de mon grand-père Marcel Bourgoin. 

Je l'ai connu à la fin de sa vie car il venait déjeuner tous les jours chez mes grands parents. La cohabitation était parfois difficile car le personnage avait un caractère difficile, un peu grincheux, avec des manies et des exigences,  bref un "original" comme disait pudiquement mes grands-parents.

Avant son décès, il écrit à son neveu Marcel Bourgoin, Maire de la commune de Chailley, une lettre manuscrite qui précise ses dernières volontés pour ses obsèques.

Elle est adressée à Monsieur le Maire,  sans doute pour accentuer la  gravité de ses propos et lui donner un caractère officiel. 


Les exigences d'Armand pour ses obsèques


Armand ne veut pas d'une concession perpétuelle et estime même que cette pratique devrait être interdite. 

Surtout, précise-t-il clairement, il ne veut pas être porté, dans son cercueil, les pieds en avant

En effet, le cimetière de Chailley domine le village avec une vue sur tous les environs. La rue qui permet d'y accéder est en pente et la montée assez raide. Il n'est pas question pour Armand "de partir  les pieds en l'air et la tête en bas". Il ajoute que "c'est une honte de voir cette pratique à Chailley qui dure depuis si longtemps".

Il termine son testament par ces mots aigre-doux "On peut satisfaire mes désirs, cela ne coute rien à personne" ! Il conclue "Adieu tout le monde".


Son testament manuscrit





Dernières volontés respectées


Ses dernières volontés seront scrupuleusement respectées par mes grands parents. Ce sera un enterrement civil, comme pour toute la branche des Bourgoin. Mais son cercueil ne passera pas devant la Mairie comme il était d'usage pour les obsèques dans cette commune.

C'était sa demande expresse. Elle a dû être un peu choquante  pour son neveu, Maire de la commune qui s 'est occupé de lui jusqu'à son décès.

Je ne connaitrais jamais la raison de cette dernière volonté.

Mes grands-parents maternels ont gardé ce testament. Il l'ont parfois évoqué lors des repas de famille lorsqu'ils se souvenaient de l'oncle Armand. Mon grand-père ajoutait même que Armand ne voulait pas que "son sang descende dans sa tête lors de la montée au cimetière" ! On en souriait.

Il est un peu incroyable qu'il soit  parvenu jusqu'à moi comme témoignage d'un Monsieur au sacré caractère !








Les archives de TOUL ont brûlé en 1939 ...


Mail des archives du 54, le 10 juin 2014

Mes recherches sur Eugène COLIN et Emilie SCHAAL sont bloquées par la disparition par le feu des Archives de Toul en 1939.

Quel dommage !



Madame,

Suite à votre courriel du 06 juin 2014, sachez que nous n’avons pas l’acte de mariage d’Eugène COLIN et Emilie Marceline Marie SCHAAL à TOUL le 21 août 1884.

Les archives de TOUL ont entièrement brûlé en 1939 et une recherche dans le peu d’archives reconstituées a été infructueuse.

Restant à votre service, je vous prie de recevoir, Madame, l’expression de mes salutations respectueuses.


Conseil général de Meurthe-et-Moselle, DIRDEVE
Hélène Say
Directeur des archives départementales
1 rue de la Monnaie - CS 75202 - 54052 Nancy Cedex
Tél. 03 83 30 90 90
Fax 03-83-37-81-11
archives54@cg54.fr          

Histoire du Monument aux Morts de Chailley


Histoire de la construction
du Monument aux Morts de la commune de Chailley dans l'Yonne

 
Monuments aux morts Chailley 2014

Toutes les nations qui ont participé à la Grande Guerre ont éprouvé le même désir de fixer dans la pierre et le bronze le souvenir de ce conflit. Chaque commune, ou presque, veut avoir le sien.

Jusqu’ici, les monuments étaient érigés à la gloire des princes, des puissants, des chefs de guerre. Pour la première fois, on voit apparaître, au centre de l’espace public, des monuments élevés pour rendre hommage à de simples soldats, à des hommes dont, jusque-là, on faisait peu de cas dans les guerres et les batailles.

Bon nombre de communes rurales ne possédaient jusque-là d’autre monument que leur église.

Les monuments aux morts sont, pour la plupart des communes rurales, le premier monument digne de ce nom qui soit érigé par tous et pour tous.

33 Poilus Morts pour la France


Chailley, qui a perdu 33 hommes dans les combats de la guerre de 14/18, souhaite rendre hommage à ses Morts pour la France. Les registres municipaux  permettent de retracer l’historique de la construction du Monument aux morts de la Commune, érigé sur la place de la Mairie. Seront ajoutés les noms des Morts pendant la Guerre de 39/45.

 La plaque commémorative en 1918


Dans sa délibération 13 septembre 1918 approuvée par le Préfet de l’Yonne, le Conseil municipal de Chailley dirigé par M. le Maire BRUNAT vote la création d’une plaque commémorative destinée aux Morts pour la France. Elle sera réalisée par M. PLANSON, Marbrier à Saint Florentin. Le modèle est une plaque de marbre blanc ornée d’une palme de bronze et d’une croix de guerre.

Les noms et  prénoms de nos glorieux morts y seront gravés en lettres dorées en suivant l’ordre alphabétique. Le prix de revient posé est de 500 francs et le travail livré le 20 octobre 1919.

Cette plaque est installée dans le hall de la Mairie de Chailley.


La loi du 25 octobre 1919


S'appuyant sur l'esprit de la loi du 25 octobre 1919, un usage s'est imposé, depuis la Première Guerre mondiale, comme référence pour les décisions municipales en la matière : l'inscription d'un nom se justifie pleinement lorsque le défunt, décédé au cours d'une guerre ou d'opérations assimilées à des campagnes de guerre, est titulaire de la mention "Mort pour la France", et est né ou domicilié légalement en dernier lieu dans la commune considérée.

Un comité local pour l'érection d'un Monuments aux morts


Le 14 septembre 1919, le Maire rend compte qu’un comité local s’est constitué pour l’érection d’un Monument aux enfants  de Chailley morts pour la France. Le conseil est désireux de rendre hommage à ceux qui sont tombés en combattant pour la victoire du droit et de la liberté. Le conseil sollicite M le Préfet de bien vouloir faire les démarches pour provoquer le décret autorisant l’érection d’un monument sur une des places de Chailley. Une première subvention de 4500 francs est votée.

L'approbation du Président de la République R. POINCARE


Le 22 novembre 1919, le Maire porte à la connaissance du Conseil que par décret du 10 novembre 1919, M le Président de la République, Raymond POINCARE a  approuvé la délibération du conseil municipal ayant décidé l’érection du Monument aux Morts.

Nomination d'une commission communale chargée du Monument


Le 3 avril 1920, le conseil municipal nomme une commission chargée de l’érection du Monuments au morts composée de Gustave BRUNAT, Maire, de Gustave MOREAU adjoint, de Cléophas GARNIER, Félix COMPAGNON, Jean TROMPAT, Paul DELAGNEAU,  Paul DUPRESSOIR, Alphonse BRUNAT, conseillers municipaux.

Rapatriement des corps


Le 14 novembre 1920, le conseil municipal décide de prendre à ses frais le transport à Chailley des corps  de militaires morts pour la France et ramenés au pays. Ce transport sera effectué d’après le tarif accordé au conducteur du corbillard. Un crédit de 100 francs est voté.
Le conseil décide d’affecter, à la sépulture des morts pour la France dont les parents habitent Chailley, des concessions perpétuelles dans le cimetière de la commune appelé Carré des enfants.

Choix de l'emplacement du Monument


Le 26 novembre 1922, le conseil municipal décide de réserver deux emplacements pour l’érection du monument aux morts :
1  la place des bâtiments Mollevaux
2. le mail situé sur la route le long des murs des jardins Rousseau et Raoul.
Le conseil, soucieux de concilier de toutes les opinions décide de consulter par un vote des familles des morts pour la France.

Le 17 décembre 1922, le vote a lieu et est dépouillé. Il y a 23 votants. Les résultats donnent  15 voix pour le mail, 7 pour place de bâtiments Mollevaux et 1 nul.

Le 19 février 1923, le conseil décide de confier à M HODRY, Architecte,  l’exécution du monument aux morts pour la France. Il est invité à présenter un avant projet avec des croquis au conseil municipal.

Le 21 mars 1923, le Maire expose les raisons qui le font écarter le mail pour l’installation du Monuments.  A cet endroit, selon l’architecte, le monument ne bénéficiera d’aucune perspective. L’endroit le plus qualifié serait la place de la Halle.
Il propose de transporter la Halle sur le terrain des bâtiments Molleveaux et d’ériger le Monument à l ‘emplacement de la Halle. Le conseil se range à cet avis étant entendu que la Halle sera édifiée de la même manière qu’elle est actuellement.
M HODRY soumet au conseil  plusieurs modèle de monuments et le conseil fixe son choix sur une pyramide surmontée d’une stèle en granit des Vosges polie sur les 4 faces. La hauteur du monument sera de 4,50 m et entouré d’une grille, dont la réalisation est confiée à M Fernand DANTON habitant la commune pour un montant de 3000 francs. Le devis est de 20500 francs monument posé.
 
L'ancienne Halle de Chailley

Le 3 juin 1924, le conseil municipal décide d’abandonner le projet de déplacement de la Halle et décide de la vendre sur îed avec un délai d’enlèvement de 15 jours après adjudication. La halle sera vendue en morceaux, tuiles, bois, aux acheteurs.

Le conseil municipal décide de construire une halle neuve sur l’emplacement des bâtiments mollevaux confiée à M MILLET, Charpentier à Chailley d’une taille de 8 m de large pour une somme de 9600 francs.

Dans le budget additionnel de 1924, il est inscrit la vente de la halle pour 2000 francs.

Un don remarquable


Le 12 octobre 1924, M BRUNAT, Maire, n’ayant pas de descendants, fait don à la commune de sa rente perpétuelle de 25 francs pour invalidité, contractée au service commandé dans les tranchées pendant la dernière guerre, à condition que celle-ci serve exclusivement à l’entretien du monument élevé à la mémoire des enfants de la commune morts pour la France.

La palme du Monument


Le 9 avril 1925, les démobilisés offrent leur concours financier pour apposer une palme sur le monuments aux morts qui est la reproduction de la palme offerte par la ville de Paris et déposée à l’Arc de Triomphe. Elle portera en relief l’inscription « les démobilisés de Chailley ». Le coût est de 1200 francs.

Inauguration en 1926


Le 4 juillet 1926, Le maire propose l’inauguration officielle du Monuments aux morts. Les membres s’expriment leur admiration et leur reconnaissance aux héros de la grande guerre.

Monument aux morts de Chailley

Depuis 1926, le Monument aux Morts de Chailley est installé au centre du village. Le monument aux morts est un bien communal et relève de la compétence de la municipalité.


Devoir de mémoire et cérémonies commémoratives


La fonction de cet édifice est de rassembler la population autour du souvenir de ceux qui ne reviendront plus vivre dans la cité, faisant ainsi participer la commune au travail de deuil des familles. Graver les noms des morts revient à donner à ceux-ci un peu de cette gloire dont sont  parés ceux qui se sont sacrifiés pour la France. Le Monuments aux morts a vu s’ajouter les noms des enfants de Chailley Morts pour la France dans les autres conflits.

La journée du 11 novembre a été instituée par la loi du 24 octobre 1922 comme « journée nationale pour la commémoration de la victoire et la paix ». Jour d'hommage et de recueillement, elle donne lieu chaque année à des cérémonies commémoratives devant les monuments aux morts des communes de France.

La loi du 28 février 2012 élargit la portée à l'ensemble des morts pour la France. C'est donc la reconnaissance du pays tout entier à l'égard de l'ensemble des Morts pour la France tombés pendant et depuis la Grande Guerre qui s'exprime aujourd'hui, particulièrement envers les derniers d'entre eux, notamment en opérations extérieures. 





Sources
Registres des conseils municipaux de 1918 à 1930 (Mairie de Chailley)
Photos personnelles
Cartes postales anciennes (collection personnelle)

Tentative de "reconstitution généalogique"



Antoinette Emily Delafon, née Boilletot de Bémont

Reconstitution à partir de témoignages écrits de son petit fils Jean Madelin (1923-2006)

et de recherches généalogiques 

        
Des "mémoires" qui évoque sa grand-mère Emily, sont rédigées en 2005 par Jean Madelin, son petit-fils. Jean Madelin, né en 1923 à Strasbourg,  est ordonné Prêtre en 1949, Vicaire épiscopal pour Orléans puis Vicaire général, avant d'être en charge de Recteur de Saint Louis des Français à Rome. Monseigneur Madelin décède en 2006 à 83 ans, dans la 58ème année de son sacerdoce. 
Jean Madelin, Prêtre devenu Vicaire Général


Il a rédigé ses souvenirs d'enfance pour la publication d'un livre que préparait son frère journaliste Philippe Madelin sur l'histoire de sa famille. Les décès successifs des deux frères mettront fin à ce projet. Une copie de ces écrits a été confiée par Philippe Madelin à sa nièce.  Celle-ci souhaite faire revivre le souvenir de son arrière grand-mère Emily qu'elle n'a pas connu, dont elle ne dispose malheureusement d'aucune photographie mais dont elle se sent proche malgré tout. J'ai "travaillé" en ce sens. Cet article a pour ambition d'évoquer cette femme pour tenter de la faire revivre un peu. A travers les écrits de Jean Madelin et une recherche généalogique et iconographique, je suis partie à la découverte de Emily Boilletot de Bémont. Je vous invite à la découvrir un peu. 

La généalogie de Emily Boilletot de Bémont

Antoinette Emily Marguerite Boilletot de Bémont est née le 16 novembre 1875 à Paris 8ème. 

Acte de naissance de Antoinette Marguerite Emily Boilletot de Bémont
François Xavier Anatole Boilletot de Bémont, le père d'Emily et peut-être encore plus sa mère Nina Deleau, d’un milieu cultivé, ont donné à leurs deux filles, Henriette et Emily, une éducation intellectuelle pour l’époque, selon Jean Madelin. Anatole François Xavier Boilletot de Bémont est né le 14 août 1838 à Mirecourt dans les Vosges. Licencié en Droit, il devient Attaché au Ministère des Finances puis Receveur à Aillant-sur-Tholon dans le département de l'Yonne en Bourgogne. Il se marie en juin 1873 avec  Marie Louise Nina Deleau et donne naissance à deux filles Emily et Henriette. Je n'ai pas encore retrouvé trace de son lieu et acte de mariage ni des ascendants de Nina Deleau. 


Arbre généalogique ascendant d'Emily Boilletot de Bémont

La généalogie d'Edouard Etienne Lucien Delafon, son époux


Arbre généalogique ascendant d"Edouard Etienne Delafon

Edouard Etienne Lucien Delafon,  Officier de cavalerie  est né le 8 octobre 1868 à Paris 11ème. Son père, Alfred Emile Delafon, Négociant Horloger est né le 8 novembre 1832,  42 rue du prince Eugène à Paris et marié à Eugénie Linet. Cette dernière est née le 10 octobre 1937 à Paris, d'un père Horloger. Ils se sont mariés le 5 avril 1956 dans le  6ème arrondissement de Paris.
Eugénie Linet
Alfred Delafon
Avec sa femme, ils ont une certaine fortune. Leurs photos d'époque l'indiquent.  Il achètent un domaine en Sologne à la Ferté Saint Aubin nommée Château de Villaines.

Le Château de Villaines

Alfred Delafon, le père est mort jeune en 1887. Edouard Etienne  perd son père au moment où il prépare le concours de l'école militaire de Saint-Cyr. Il s'engage en 1888 pour entrer dans cette école. Il est encore mineur et orphelin. Il sort de Saint-Cyr avec le général Gouraud sous le numéro 87 sur 435. Il suit les cours de l'école d'application de cavalerie à Saumur. Il est réputé bon cavalier. 
Il est à noter que son frère, Jean Alfred Maurice né le 29 décembre 1856 à Paris est le co-fondateur de la société Jacob-Delafon après que sa fille Germaine Eulalie Delafon ait épousé Charles Jules Eugène Jacob .
Maurice Delafon
Edouard est décrit comme ayant les cheveux châtains, les yeux bruns, d'une taille de 1,68 m. Il connait une carière militaire complète. Brigadier en 1889, Sous-lieutenant au 20ème Régiment de Dragons à Limoges en 1891, Lieutenant au 22ème régiment de Dragons à Sedan puis à Reims en 1897, Instructeur à Saumur en 1901, Capitaine à Châteaudun en 1905, 14ème Hussards à Alençon en 1908,  il est affecté  au 23ème saphis marocains, débarque à Casablanca en février 1914, puis dans la région de Meknés comme Commandant d'un régiment de 1914 à 1917 avant de devenir Lieutenant Colonel et terminer sa carrière à Beaune en 1925.  Il est promu officier de la Légion d'honneur par décret du 28 decembre 1924. 
Edouard Delafon, Officier de la légion d'honneur
Le tableau d'honneur de le revue l'Illustration permet de mettre en valeur son héroisme et surtout nous fait découvrir une photo de cet homme valeureux aux moustaches impressionnantes. 


Edouard Delafon au Tableau d'Honneur de la Revue l'Illustration

Comment se sont rencontrés Emily et Edouard ?

Elle épouse à 22 ans, le 21 avril 1898 à Aillant sur Tholon dans l'Yonne,  Edouard Etienne Lucien Delafon, Officier de cavalerie. 

Jean Madelin s'interroge : On peut se demander comment Etienne a pu connaître sa femme. Il a déjà 30 ans. Emily vit chez son Père percepteur à Aillant sur Tholon au fin fond de l’Yonne. On peut supposer qu’Etienne vient souvent à Paris chez sa mère ou chez ses frères surtout Maurice et Jacques qui ont leur situation à Paris, et que lors d’une sortie il a rencontré Emily chez sa grand-mère Deleau, ou bien que pour ce célibataire endurci on a arrangé ce mariage. Le mariage civil a eu lieu à Aillant sur Tholon, mais le mariage religieux à Paris, ce qui suggère les relations à Paris de la famille Boilletot, et l’influence de la famille de Nina Deleau.
Extrait de l'acte de mariage d'Emily Boilletot de Bémont  et Edouard Delafon
Ils auront deux enfants : François né à Reims en 1899 et Madeleine Odile née à Saumur en 1901.

La maison de famille à Savigny les Beaune 
Le couple achète une belle maison à Savigny les Beaune, pour s'y installer à la retraite que prend Edouard le 8 juin 1926 après une fin de carrière en 1925 dans le 16ème Régiment de Chasseurs basée à Beaune. Après une vie faite de déménagements nombreux, leur maison de famille prend une grande importance. Ils la choisissent avec soin après avoir hésité sur plusieurs départements. Ils se décident la Bourgogne, dans les environs de Beaune, où Edouard a sa dernière affectation. 

Situation de Savigny les Beaune en Bourgogne
Jean Madelin, leur petit fils raconte "J’ai de cette grande maison de Savigny un souvenir de rêve. Nous arrivions, venant de Beaune, où Bon papa était venu nous chercher avec l’auto, une belle Renault,  par le grand portail qui donnait dans une belle cour, avec au fond les écuries et la grange. La maison de mes grands-parents Delafon, à Savigny les Beaune, reste un des lieux porteurs de bien des souvenirs. Nous y avons passé des semaines entières de vacances... Quand nous venions seuls, nous couchions dans deux chambres contigües avec la chambre des grands parents dans un quartier facile à chauffer... 
Renault 1939


Deux escaliers permettent d’entrer dans la maison qui est surélevée, au dessus de caves, et de la cuisine. Par un escalier à gauche de l’entrée de la cuisine, le seul couramment utilisé, nous arrivons dans la grande salle à manger, puis à gauche le grand bureau de Bon papa avec la table « Ange », bureau qui donne sur le jardin. A gauche de la salle à manger, le salon et les appartements de nos grands parents avec deux chambres pour enfants. Au 1er étage les appartements Delafon, avec plusieurs chambres. Donnant dans le jardin, «  le pavillon » auquel on accède par une terrasse. Ce pavillon est la résidence des «  Madelin », en été. Et puis il y a ce grand jardin, un parc à nos yeux d’enfant où nous faisons des tours de France en vélo, où nous faisons des cérémonies de déguisements, nous pouvons jouer dans un petit ruisseau artificiel en y faisant circuler des bateaux, et où nous sommes libres d’inventer toutes sortes de jeux.  Il y avait  le clos, à 500 m de la maison, en face de la gare, traversé par la petite rivière, le Rohin. C’est un lieu de travail, car nous y aidons à cueillir les légumes, à  les fraises, à ramasser les fruits. Mais nous pouvons aussi jouer beaucoup autour de ce ruisseau, en y faisant des barrages et en y construisant de petits bateaux. Il y a aussi une vigne et un tennis. C’est un but de promenade  et j’en garde bon souvenir. 
Ce clos a été acheté pour y construire un foyer atelier pour handicapés, animé par les Papillons Blancs que Madeleine Odile Delafon, la mère de Jean, a eu l’occasion de visiter en qualité de fondatrice de l'UNAPEI.

Jean Madelin, poursuit avec nostalgie : Cette maison de Savigny a eu une fin difficile, due tout à la fois à la terreur engendrée par la guerre et l’état de santé de Bon papa qui commençait sûrement à se manifester par certains symptômes. Ils  déménagent précipitamment en Mai 1940, pour louer une maison à Château-Gonthier, déménagement qui a laissé sur place beaucoup de choses. Puis la maison est louée et finalement un acte de vente est signé peu avant Noël 1940. Mais pendant ce temps les locataires sont partis et la maison occupée par des allemands qui dispersent le mobilier et les objets restants. L’acheteur n’a pu prendre possession qu’ensuite.

Emily, une femme aux facettes multiples


Emily aime la lecture

La passion de Bonne maman pour Walter Scott et Dickens  s’ enracine dans sa belle maison de Savigny. 

Les petits enfants trouvent à Savigny des trésors dans les livres d’aventure, dont les Jules Verne, ou les Semaines de Suzette... La lecture a toujours tenu une place très importante dans sa vie, lecture surtout de romans, soit empruntés en bibliothèque, soit publiés dans des revues littéraires. Dans ses lettres du Maroc, la liste des livres lus est impressionnante, et elle ne cesse de les recommander à sa fille. 

Emily écrit beaucoup
Jean a pu lire de nombreux écrits d'Emily,  comme ses poèmes, ses lettres ou ses conférences. Il a en retranscrit certaines. Elle entretient une correspondance très abondante. Elle écrit à sa fille tous les deux ou trois jours, parfois tous les jours. Elle a aussi une correspondance fréquente avec des membres de la famille ou d’anciens amis. 

Emily aime la musique

Elle joue fort bien du piano, et aime s’y mettre pour jouer des pièces dont elle a une bonne réserve. Je pense qu’elle a été amenée à accompagner les offices à l’église avec l’harmonium. Elle aime nous chanter des chansons anciennes, en particulier de Botrel, l'auteur de la Paimpolaise, qui a sa préférence.



Emily est une femme engagée

Bonne Maman s’est passionnée pour plusieurs causes, dit Jean Madelin. Il raconte C'est d’abord la cause de la place des femmes dans la société. Elle  fait plusieurs conférences dans le cadre de la Ligue pour les femmes, où elle défend leur activité dans la vie quotidienne, et la vie civique. Etonnamment moderne, elle plaide pour le vote des femmes, dès 1935. Elle a pu voter en 1945, accomplissement de l’une de ses ambitions. Elle aime parler, s’exprimer devant les autres, communiquer sa flamme. 

Appel aux votes des femmes en 1945
 Une autre passion est  la défense des animaux. Les chiens tiennent une grande place dans sa vie, héritière de son père qui ne rêvait que de son ou ses chiens de chasse. Elle est une avocate ardente de la Société protectrice des animaux (SPA). Là encore elle multiplie les interventions publiques, comme par exemple son plaidoyer contre les corridas. Ce trait de sa personnalité fait un peu sourire ses petits enfants  et même les agace parfois.

Emily et sa foi chrétienne

Elle est pieuse, recherchant la messe en semaine, son chapelet, la lecture des psaumes. Au Maroc, elle raconte dans ses lettres aider le curé de la paroisse et faire toutes sortes de tâches. Qui lui a donné cette éducation chrétienne forte ? s'interroge Jean. Peut être son père Anatole, éduqué «  à la Jésuite », peut être sa mère Nina, peut être aussi la fréquentation des catéchismes et des cours de persévérance dans les diverses villes où son père était en activité. En témoigne un extrait du long texte qu'elle a écrit le 27 mai 1934 pour la communion de son petit fils Jean Madelin.

Extrait du poème d'A.E. Boilletot de Bémont : Communion



A mon petit fils Jean Madelin

« Encor petit enfant, avril venant renaître
Votre cœur a battu contre celui du Maître
Pour la première fois…O souvenir béni,
Que ce nouveau printemps vous apporta avec lui.

Jean, vous vous rappelez la matinée heureuse
Vous marchiez lentement, la mine sérieuse
Près des parents chéris ; ce jour tant attendu
Tant désiré par vous, était enfin venu

En votre honneur le ciel se vêtait d’azur tendre
Les nuages traînaient comme une fine cendre,
Les marronniers étaient un dôme parfumé
Sur vos têtes pleuvaient des pétales rosés...

Emily et l'amour de la nature

Son petit-fils se souvient : Elle aime les fleurs, les bois, les ruisseaux. Ses poèmes sont une description continuelle des beautés de la nature. Elle aime admirer les tulipes, les seringuas, les glycines de son jardin de Savigny les Beaune. Elle aime les promenades en campagne avec son chien...                     


 Il a neigé sur les tulipes

 Il a neigé sur les tulipes
En de jour de mauvais printemps…
« Pourquoi, Printemps être méchant ?
Et manquer ainsi de principes

En nous envoyant la froidure
En Mai ? » Mai le mois du muguet
Le blanc muguet qui fait le guet
Hors de son cornet de verdure

Pour voir si le soleil se montre,
Et quand sur lui glisse un rayon
Escorté d’un blond papillon
Il frémit d’aise à la rencontre…

Le léger cytise frissonne
Il a froid le cytise d’or
Il dit au zéphyr : « Pas si fort
Nous ne sommes pas en automne… »

Les pivoines semblent moroses
Et l’averse les fait pleurer.
« Belles pourquoi tant vous presser
Il fallait attendre les roses… »

En ce jour de Printemps maussade
Fleurs et boutons ont l’air peinés.
« Pourquoi les as-tu malmenés ?
Je te crois  Printemps bien malade »

Savigny les Beaune  Mai 1935 (Il a fait bien froid cette année là) Poème d'A.E. Delafon

Emily et la vie mondaine

Selon la coutume de l’époque, les relations sont étroites avec tout le milieu militaire, et elle y compte de très bons amis. On se rend visite, on se reçoit, les enfants se connaissent. 
Il y a eu tout le réseau d’amis qui s’est constitué à Savigny-les-Beaune auquel j’ai été associé , grâce aux « réceptions » et aux « goûters » Bien sûr il y a sur place les de Vaulchier, les Chandon et de Nicolay, Mlle Berbès et son frère, et d’autres dont j’oublie le nom. Mais il y a aussi des liens avec Pernand, Pommard, les de Grasset, de Courtivron, de Ternay, et à Beaune quelques familles de marchands de vin comme les Bouchard, et Blanlot. Il y a donc de temps à autre grande réception à la maison, où nous guettons les arrivées et vivons cet événement dans la coulisse, profitant aussi des bons gâteaux offerts aux invités. Il y a même de temps en temps des « déjeuners » pour quelques personnes choisies, venues de plus loin. La cuisine à Savigny est  un sanctuaire où nous ne pouvons entrer que pour rapporter légumes et fruits venant du clos. Elle est pour Bonne maman une préoccupation constante, avec l’aide de cuisinières.  Elle y passe beaucoup de temps, et se montre capable de réaliser de très bons menus. Elle excelle dans la pâtisserie, et collectionne les recettes prises dans les journaux de mode, et cherche à les réaliser. Mais il faut se représenter ce qu’est  accueillir pendant l’été «  les Madelin et les Delafon » avec une bande de jeunes enfants toujours affamés, stimulés par le grand air. 

Emily nous quitte

Bonne maman est de santé fragile, raconte Jean Madelin,  avec des problèmes intestinaux qu’elle avait dû ramener du Maroc ou qui s’y étaient aggravés, et aussi des bronchites à répétition, nées de ce temps très dur vécu pendant la guerre de 14. Ce mauvais état de santé ne fait bien sûr qu’augmenter avec l’âge. Elle habite chez nous  puis chez des religieuses à Chabeuil. 
Emily Boilletot de Bémont  épouse Delafon est morte à Reims, chez sa fille Odile Delafon épouse Madelin,  rue Ponsardin, le 4 mars 1954 à 79 ans. Elle repose avec son mari, décédé en 1942, au Grand cimetière d’Orléans dans le Loiret.

Conclusions provisoires sur ce voyage à travers le temps

J'ai été touchée par l'histoire de cette femme qu'il m'aurait plu de rencontrer. J'ai été touchée par les écrits de son petit fils, Jean Madelin. Il a écrit sur sa grand-mère en 2005. Il avait alors 82 ans. Une vie bien remplie avec de lourdes responsabilités. Un homme d'église engagé et reconnu. En fait, il s'exprime avec les yeux encore émerveillés de l'enfant qu'il a été. Simplement. Directement. On se reconnait tous dans cet amour porté à sa grand-mère, dans les souvenirs de jardin, de cabanes ou de greniers. Les émotions sont intactes. On se retrouve, comme lui,  dans la tristesse de la fin de vie de ses grands-parents. 
J'aime retrouver cette humanité à travers nos destins et nos époques. Comme un lien universel et une communauté humaine. 
Que vivent les histoires de famille !

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