vendredi 21 février 2014

Les habitants de Chailley se souviennent de leurs Poilus



Suite à mes recherches sur les Poilus de la commune de Chailley dans l'Yonne, j'ai été amené à indexer les Morts pour la France dans le site Mémoire des Hommes. J'ai parcouru les registres matricules numérisés par les Archives départementales de l'Yonne. J'ai pu dresser une liste des 33 poilus morts pour la France dont le nom est inscrit sur le Monument au Morts érigé sur la place de la Mairie de la commune.
Monuments aux Morts de Chailley 89

Je me suis interrogée car certains poilus ne demeuraient pas à Chailley ou leurs actes de décès n'étaient pas retranscrits sur les actes d'état civil de la commune.

Je suis partie à la recherche généalogique des actes de naissances  et j'ai souvent trouvé la raison de leur inscription sur le monument aux morts : des parents habitant dans la commune, une épouse ou un frère de la commune...

J'ai fait part de mes recherches au Maire de la commune qui a été intéressé. Il m'a proposé de rédiger un article destiné aux habitants de la commune.

C'est ainsi que le numéro du journal municipal le Tambour du mois de février a été complété par un
4 pages dédié à la mémoire des 33 poilus morts pour la France de la commune.

Le Tambour de Chailley 


Un appel a été lancé aux habitants pour qu'ils partent à la recherche de leurs photos ou archives rangés dans leurs caves ou grenier.

Si la collecte est suffisante, il sera possible d'envisager une exposition dans la commune.

Voilà une expérience qui indique que notre travail de fourmi peut parfois être repris par d'autres et utile au devoir de mémoire.

Je partage avec vous le résultat de cette démarche. Voici le 4 pages du journal municipal de Chailley "Le Tambour" de février 2014.









Pour plus d'informations sur les Poilus,
consultez le lien avec ma page Blog LES POILUS DE CHAILLEY






Victor de Lanneau de Marey, un sacré ancêtre !



Prêtre, jacobin, franc-maçon, fondateur du collège des sciences et des arts 1758 -1830 

Victor de Lanneau de Marey


Recherches généalogiques : une pépite

Dans les recherches généalogiques sur la famille Madelin, j’ai rencontré un ancêtre direct de Catherine Colin (sosa 214). C’est  un homme tout à fait exceptionnel. Il mérite qu’on relate sa vie originale.
Qui est cet homme qui, à sa mort le 31 Mars 1830, reçoit tous les honneurs : éloges dans la presse la plus officielle et bien pensante, cérémonie au Père Lachaise suivie d’une foule imposante composée, entre autres,  des sommités des lettres et de l’éducation ?
Je décide de partir à la recherche des documents et archives qui me permettent de vous le présenter. Il le mérite largement. Ce n’est pas un homme banal et sa vie est riche d’évènements et d’engagements.
D’ailleurs, quelques temps après sa mort, un monument encore présent aujourd’hui, est érigé sur sa tombe. Le roi Louis Philippe sitôt installé, fait placer son portrait en bonne place à Versailles et dans le même temps, son nom est donné à une rue proche du Panthéon, dans le 5ème arrondissement de Paris, en date du 25 octobre 1880.



La rue de Lanneau Paris 75005
Ce  qui fait l’intérêt majeur de la vie de cet homme, est la diversité de ses actions, tout d’abord Seigneur, Prêtre, puis Jacobin membre de la Convention, Franc-maçon, Professeur, Directeur d’établissement scolaire, Maire d’une ville importante, marié puis défroqué et enfin réhabilité et intégré dans la haute société parisienne.

L'enfance de Victor de Lanneau de Marey et l’entrée au séminaire

Pierre Antoine Victor de Lanneau de Marey nait le 24 Décembre 1758 au Château de Bard les Epoisses, près de Semur en Auxois, situé en Côte d’or. 




Il est le neuvième enfant de Henriette de Prémieux et de Charles François de Lanneau de Marey, Seigneur de Marcy et de Bard, capitaine d’un régiment, titulaire de la Croix Saint louis.  C’est donc dans une famille de la petite noblesse bourguignonne que nait le futur révolutionnaire et pédagogue.


Acte de naissance de Victor de Lanneau 24 décembre 1758 à Bard sur Epoisses 21


La famille de Lanneau est originaire d’Allemagne sous le règne de François 1° et a fait souche en Auxois à cette date. En 1544, son ancêtre François Lombard de Lanneau, écuyer reçu les château et le terrage de Montfort près de Montbard eu égard des services à la princesse d'Orange dont il est le maître d'hôtel. Son fils Henri de Lanneau écuyer, seigneur de Marcy et de Montfort est nommé Gouverneur de la ville de Noyers dans l'Yonne.

Les armoiries de la famille de Lanneau de Marey
D’azur à un barbeau d’argent posé en fasce et un chef aussi d’azur, chargé de trois besants d’or. 

Mais, à partir de 1755, la famille connait de grandes difficultés financières comme le prouvent de nombreux actes de ventes de terrains conclus avec des agriculteurs voisins. Victor de Lanneau, destiné aux armes suivant l’ordre traditionnel d’âges des enfants, fréquente le collège de La Flèche, puis l’Ecole Royale Militaire de Paris dès l’âge de 9 ans.
Suite au décès d’un frère, il est contraint d’abandonner la formation militaire et d’entrer au séminaire pour ne pas laisser perdre le droit au canonicat au chapitre de Langres (acquis issu de la féodalité). Canonicat qu’il refusera quand même.
Il entre dans l’ordre des Théatins, une congrégation de clercs réguliers fondée en 1524 à Rome qui était sensée réformer les mœurs ecclésiastiques et restaurer dans l’église la règle primitive de la vie apostolique. Il profite de cet engagement pour se consacrer à l’enseignement.

Tulle et la Franc-Maçonnerie

La municipalité de Tulle ayant décidé de confier le collège à des Théatins, Victor de Lanneau vient à Tulle où il est professeur puis nommé Directeur en 1788.


Il est initié  en qualité de Franc-Maçon le 7 Mars 1785 à l’âge de 26 ans à la Loge le Contrat Social à l’Orient de Paris. 4 ans plus tard, en 1789, il apparait sur la tableau de Loge de la loge Intime Fraternité de Tulle . Sa qualité civile mentionnée sur ce tableau de loge est : Clerc Régulier Théatin.
Tableau de la loge maçonnique L'intime Fraternité à Tulle 1789
Il forge à Tulle, des amitiés qui le suivent tout au long de son évolution comme son collègue Joachim Lebreton, l’un des futurs fondateurs de la  Décade philosophique (journal politique et littéraire) avec Amaury Duval et Jean Baptiste Say.
Dès l’été 1789, Victor de Lanneau apparaît au premier plan dans la vie municipale révolutionnaire. En août, il est nommé un des 8 capitaines de la garde Nationale de Tulle.
En novembre, il présente à la municipalité, la  Compagnie des écoliers que ses élèves avaient formée, afin de s’initier aux exercices et de jouer un rôle à leur mesure dans la révolution. C’est la première expression de ce qui allait être sa ligne de conduite pédagogique, centrée sur la diffusion des idéaux révolutionnaires.
Le 14 Juillet 1790, il est chargé de célébrer la messe pour la fête de la Fédération dans le département de la Corrèze. A cette occasion, il prononce son premier discours politique connu dans lequel il parle en ces termes : " Prenez vos armes et remplissez vous de courage... car il est meilleur de mourir dans le combat que de voir les maux de notre peuple ». Il participe à la fondation de la  Société des Amis de la Constitution en Mai 1790.
Son engagement dans la Révolution est de plus en plus important, ce qui devient difficilement supportable pour ses supérieurs municipaux et ecclésiastiques. La municipalité de Tulle, conservatrice, ne comporte à l’époque, qu’une minorité favorable à la révolution et l’évêque, lui ordonne de cesser de prêcher les principes de la révolution tant à ses élèves qu’au public de Tulle. La réponse de Victor de Lanneau est une véritable déclaration de guerre. Il la relate en ces termes :
" J’ai répondu que s’il craignait que son troupeau fut infecté des principes que je donnais à ses enfants, il pouvait lui interdire l’entrée de notre église, que je ne me déterminerai jamais à éloigner le public à l’instant de mes instructions, que cet  acte même de ma part ne pourrait qu’altérer infiniment la confiance que les pères de famille devaient avoir sur les principes que nous donnons à leurs enfants... J‘ai dit à Monseigneur l’évêque que son ordre me paraissait bien tenir à ce pouvoir arbitraire dont on venait de nous délivrer, qu’il me présentât une loi écrite et j’en serai bientôt le fidèle observateur. »
Il prête ensuite le serment constitutionnel, ce qui achève sa rupture avec ce milieu devenu hostile.

Vicaire épiscopal à Autun et Président du club des Jacobins

En 1791, l’occasion de quitter Tulle se présente et il part pour Autun en compagnie de Jean Louis Gouttes, curé originaire de Tulle et nommé, en succession de Talleyrand, évêque de Saône et Loire. Celui-ci le sollicite pour le seconder en tant que vicaire épiscopal.
A partir du 18 Avril 1791, date de son arrivée,  inconnu dans cette région, il connait une période où son évolution fut très rapide. Le 1° Mai, deux semaines après son arrivée, il est élu président du club des jacobins de la ville d’Autun. Le 13 novembre, il est élu officier municipal et admis dans la société populaire.
Jusqu’à l’an II (1794), il est  à l’origine de toutes les grandes décisions prises à Autun. Avec d’autres membres du clergé constitutionnel acquis à la cause de la révolution, il met en place un jacobinisme autunois. En effet, cette ville comporte une couche dominante composée d’une hiérarchie ecclésiastique et d’une noblesse foncière hostiles à toute réforme et une importante proportion de commerçants et artisans. Et comme les idées révolutionnaires sont en général portées par la bourgeoisie, couche sociale pratiquement inexistante à Autun, cela permet au clergé constitutionnel de s’y substituer et de devenir l’élément moteur du jacobinisme local.
Victor de Lanneau apparait comme emblématique de la fraction du clergé rallié à la révolution.
Il introduit le thème de la pédagogie politique révolutionnaire. De la même manière qu’à Tulle il avait créé une organisation des collégiens, il développe à Autun ces mêmes idées mais à l’échelle de la société populaire. Il crée des  missionnaires patriotes  qui sont chargés de diffuser les principes de la Constitution dans les campagnes.
Il est à l’origine du congrès des sociétés patriotiques qui se déroula en Avril 1792 et fin Juillet de cette année, la Société Populaire le députe à l’assemblée législative à Paris. Il y présente une adresse tendant à déclarer libres et indépendants et délivrer de tout joug monacal les individus qui composent les collèges .

Victor de Lanneau se marie avec Louise Joachim Alix en 1792

Profitant de son passage à Paris où il retrouve des familiers, sans doute entre autres, des frères de sa loge mère, le 8 Août 1792, il se marie. Il épouse Louise Joachim Alix, orpheline d'un artisan sellier du quartier de Saint Germain l'Auxois . Le contrat de mariage est signé le 31 juillet 1792 chez le Notaire parisien Bouillat. Il nous apprend que Victor de Lanneau a parallèlement à son action sociale, édifié un capital propre non négligeable, ce qui explique les  investissements qu’il fera par la suite.
De ce mariage sont venus : 
1. François-Michel-Adolphe, nommé commissaire des guerres à la suite de la campagne de Moscou, et ayant continué de servir en cette qualité dans la carnpagne de Saxe
2. Louis-Achille-Alexandre.
3. Eugène-Ferdinand.
4. Marie-Aglaé née en 1793, mariée à André-Georges Dupré de Fère. Sa fille Virginie Dupré va épouser Marie Georges William Arnould de Sainte Marie le 10 mai 1842 à Paris 75007 dont naitra en 1846,  Raoul de Sainte Marie, le père de l'arrière grand-mère de Catherine Colin. 
5. Françoise-Virginie, mariée à Etienne-Marie-Antoine Mouzard, membre de l’université de Paris, professeur au lycée Louis-le-Grand.

Son retour à Autun accompagné de son épouse, provoque un tollé dans les milieux hostiles aux mesures révolutionnaires.  Il est mieux accueilli par les autorités. Pour preuve, la municipalité approuve les résultats de sa députation à Paris et il est élu maire, le 17 Septembre, seize mois seulement après son arrivée dans cette ville. Son mariage  ne le fait pas immédiatement renoncer à ses fonctions religieuses, il signe d’ailleurs ses actes par cette formule : Victor Lanneau, vicaire épiscopal marié. Ce mariage provocateur affirme son patriotisme et fait de lui un porte parole des révolutionnaires les plus prononcés.
Mais il entre en conflit avec les autorités religieuses, et le 26 décembre 1792, il se défend en ces termes des attaques multipliées qu’il subit : " La loi naturelle, voila ma loi suprême, voila la seule vraie, parce qu’elle ne tient rien de la main des hommes. j’y trouve le principe et le précepte de toutes les vertus humaines, sociales et religieuses ; j’y vois le bonheur de l’homme privé et la prospérité publique ; je lui serai donc constamment fidèle, je la défendrai, je la suivrai toujours, cette loi première malgré les cris de l’ignorance et les injures du fanatisme. "
Il est soutenu par le directoire qui déclare : "Des prêtres, des gens ennemis des principes et de la raison lui font un crime de cette démarche. Mais le citoyen Lanneau s’est mis au dessus des préjugés en contractant mariage. Il a donné une preuve d’un citoyen éclairé, d’un homme qui ne sait pas transiger les principes d’une saine philosophie".
A ses fonctions de vicaire épiscopal, de maire et de membre le plus puissant de la société populaire, il ajoute deux autres activités qui lui permirent de donner de l’ampleur à son action. Il est nommé principal du collège et il crée sa propre imprimerie. Deux instruments d’action qui lui permettent de mettre en pratique une éducation civique fidèle aux principes de la révolution et de diffuser les thèmes de celle-ci au-delà des seuls élèves.

Abdication des fonctions de prêtre

Mais il ne peut trop longtemps persister dans son rôle religieux qui devient de plus en plus éloigné de ses convictions. Le 21 Brumaire an II donc le 11 Novembre 1793 Lanneau abdique publiquement ses fonctions de prêtre en déclarant : " Citoyens, depuis 14 mois, j’ai abandonné l’autel pour ma femme, et bientôt un enfant prouvera que mes sacrifices ne furent plus imaginaires. Mais à côté de ce contrat de la raison et de la tendresse, existe encore le brevet de l’imposture et du charlatanisme que j’ai reçu des mains de la superstition ; j’ai frémi quand j’ai aperçu ce honteux contraste : je m’empresse de le détruire, hâtez vous donc de le livrer aux flammes, car j’aurais à rougir, si l’enfant qui va me naître me surprenait des titres de prêtre ; c'est-à-dire des titres à l’indignation des sages... "
Cette déclaration donne le signal de la déchristianisation à Autun et Lanneau en prend la direction. Il déclara : " Les temples ont été tous fermés, la raison s’en empare. Si nous n’avons plus de prêtres, qu’on nous donne des instituteurs ". 
Il est nommé en décembre 1793, Agent National . Cette fonction lui donne la charge de l’organisation de la politique de Salut Public d’Autun et de sa région : réquisition des subsistances, instruction des enquêtes, organisation des fabrications de guerre et également, la mise en place de la manufacture d’armes d’Autun. Pendant cette période, ses fonctions le conduisent également à envoyer 10 personnes au tribunal révolutionnaire.
Il continue pourtant sa démarche envers l’opinion. Il prend en charge la rédaction et l’impression de  La Sentinelle d’Autun. Cette publication est le support de propagande du culte de la Raison et de la Nature, soutenant les valeurs du mariage et de la famille et vantant les mérites du Théàtre patriotique.
Un arrêt du 20 Juillet 1794 (7 jours avant la chute de Robespierre) signé entre autres par Saint-Just met fin à ses fonctions d’Agent National. Il est ensuite dénoncé comme terroriste par la Société populaire d’Autun et incarcéré jusqu’au 16 octobre 1794. Il quitte alors Autun après avoir vendu son imprimerie et réglé ses affaires personnelles. Il rejoint sa femme à Paris.


Fondateur du Collège Sainte Barbe à Paris

A Paris, il s’installe comme imprimeur, mais en Mars 1795, sur dénonciation anonyme venue d’Autun, il est de nouveau arrêté par le comité de sureté générale de la Convention. Son avocat adresse une lettre à la convention pour demander la libération de Lanneau. C’est un plaidoyer pour les Jacobins, sauveurs de la Révolution, il est compris et Lanneau aussitôt libéré.
A partir de cette période, son engagement politique devient plus modéré. Il reste imprimeur et est nommé chef de bureau de l’Instruction Publique. On lui propose la direction de l’Opéra de Paris qu’il décline au profit de la direction du Prytanée, l’ancien collège Louis le Grand.
Ces fonctions ne lui permettant  pas de mettre en pratique ses idées pédagogiques, il loue les locaux désaffectés de l’ancien collège religieux Sainte-Barbe près du Panthéon et les restaure à ses frais. Il veut recréer un enseignement secondaire de qualité, ce que les écoles centrales n’avaient pas réussi à faire à l’époque. Il ouvre son établissement sous le nom de Collège des Sciences et des Arts et a tout de suite un grand succès. Dès le concordat, ce collège laïc reprend malgré tout le nom de Sainte-Barbe et accueille entre autre des enfants d’anciens révolutionnaires plus ou moins persécutés tels ceux de Camille Desmoulins.





Collège Sainte Barbe à Paris
Il peut y mettre en application les principes déjà esquissés dans le règlement du collège de Tulle. On les retrouve dans le célèbre règlement de Sainte Barbe. Ce collège est situé rue Valette à Paris, sur la Montagne Sainte Geneviève.  Créé en 1460, il fut le plus vieux collège de France. Il est fermé en 1999 et ses locaux accueille une bibliothèque universitaire.
Sa vie de 1798 à 1830, est celle d’un homme vénéré par son autorité morale sur les élèves et les professeurs de son école. Son passé révolutionnaire est tacitement oublié et il a même des velléités de rapprochement vers l’église telle que la demande de réhabilitation de son mariage en 1803 date à laquelle il a 5 enfants.

Victor de Lanneau, pédagogue


Portrait en pied de Pierre Antoine Victor de Lanneau de Marey réalisé par M jean Marie Marlet,  Peintre
 devant les bâtiments du Collège Sainte Barbe et les élèves - Gravure et lithographie de 1816
Toute la pédagogie de Lanneau pourrait se résumer à  Instruire les citoyens par l’instruction tant civique que proprement scolaire.  Son but est de véhiculer les idées révolutionnaires et de favoriser la mise en pratique des principes nouveaux : Une morale familiale et sociale associée à des principes politiques tels que le droit à la propriété subordonné au droit à l’existence des plus pauvres, la constitution, les droits de l’homme et la république. Il a remis son établissement à son fils Adolphe de Lanneau. 


Décédé le 31 mars 1830

Le 31 mars 1830, Pierre Antoine Victor de Lanneau de Marey meurt à Paris. Il reçoit tous les honneurs : éloges dans la presse, cérémonie au Père Lachaise suivie par une foule composée de ce que Paris comptait de plus important dans le domaine des lettres et de l'éducation. 



Tombe de Victor Lanneau au Père Lachaise

Ces honneurs lui sont rendus au titre de l'un des plus illustres pédagogues de ce début du XIXème siècle, auteur de dictionnaires, fondateur du Collège Sainte-Barbe situé au coeur du quartier latin à Paris. Dans son village de Bard-les-Epoisses en Côte d'or, l'église paroissiale rappelle aux habitants, par une plaque scellée dans le choeur, quelle fut la gloire de leur compatriote.

On se souviendra de Victor Lanneau comme un des dirigeants Jacobins les plus importants de l'ancienne province de Bourgogne et particulièrement en Saône et Loire.


Sa carrière et sa vie  hors du commun en a fait un prêtre, malgré lui, allié à la Révolution avant d'être reconnu comme un pédagogue illustre à Paris à qui les biens nés de la capitale confièrent l'éducation de leurs enfants. 


C'est l'ancêtre en ligne directe de Catherine Colin. Un sacré ancêtre ! 





Arbre généalogique de Lanneau / de Sainte Marie
Site généanet ccolin55








mardi 21 janvier 2014

Je suis une enfant de 1956



En généalogie, j'aime évoquer mes ancêtres et retrouver leurs modes de vie, leurs métiers, leurs lieux d'habitat.  Puis je me suis posée une question : pourquoi ne pas évoquer ma vie  ? En tous cas, témoigner de mes souvenirs d'une certaine époque que j'ai traversée.  J'ai connu tellement de transformations, de changements en moi et autour de moi. Car je suis une enfant de l'après-guerre. Une période qui va connaître des avancées technologiques formidables, une croissance économique réelle, des avancées sociales et des bouleversements sociétaux. Je les ai vécu sans toujours en prendre conscience. J'ai envie aujourd'hui de me retourner sur ces évolutions,  et sans nostalgie, témoigner d'une époque si récente et déjà si lointaine. 

Je suis une enfant de la fin de l'année 1956. C'est une année qui a connu un record de froid avec des températures inférieures à  -20°C dans la plus grande partie de la France. Sous la IV° République, le Front républicain regroupant la SFIO et les radicaux viennent de gagner les législatives et le Président René COTY propose à Guy MOLLET de gouverner le pays. 

Nous sommes 800 000 enfants à naître cette année là. Mes parents ont choisi un prénom original Véronique, qui tranchait un peu avec les Martine, Françoise, Chantal... de l'époque. Jusqu'à 1974, année de mon baccalauréat, nous allons traverser des évolutions sociales, politiques d'importance. Je serais spectatrice des évènements de 1968, trop jeune pour y participer, mais suffisamment consciente pour sentir l'ancien monde basculer. La société de 1974 n'aura plus grand chose à voir avec celle de l'année 1956.  J'aurais l'occasion de revenir sur ces riches années. Aujourd'hui, permettez moi d'évoquer l'année et les circonstances de ma naissance. 


Mars 1956 : Le mariage de mes parents dans l’Yonne

Mes parents Arlette BOURGOIN et Jean BATTUT, instituteurs formés à l’Ecole Normale d’Auxerre, dans laquelle ils se sont rencontrés,  se marient  dans la commune de Chailley dans l’Yonne le  26 mars 1956. Arlette a 21 ans, Jean 23 ans.

Mariage de mes parents Arlette et Jean le 30 mars 1956

Septembre 1956 : L’école de campagne dans les vallons du Morvan

Mes parents sont affectés à la rentrée scolaire dans une école de campagne située en plein champ, en Bourgogne, dans le Nivernais, au pied du massif du Morvan,  à égale distance du bourg de Courcelles et de Chivres. 


Situation du village de Courcelles dans la Nièvre

Mon père raconte qu'un grimoire qu'il avait découvert montrait qu'on avait ainsi tranché au moment de décider de la construction de l'école à la fin du XIXème siècle. Je le cite : "l'avantage de la pleine campagne c'est que chantaient dans notre cour les faisans descendus du coteau tout proche et que le parfum de la reine des près de la prairie où coulait la paisible Sainte Eugénie se mêlait aux senteurs du gros tilleul dans lequel bourdonnaient les abeilles"
Courcelles est une commune qui compte 231 habitants au recensement de 1954. Le maire est depuis 1950, M. Louis François agriculteur.


Chemin de campagne à Courcelles
Ma mère enseigne aux 21 élèves de la classe des petits de la classe enfantine aux  CE1. Mon père enseigne dans la classe des 21 grands du CE2 à la classe de fin d’études, qui prépare au certificat d’études primaires. Ils sont logés sur place, dans le logement de fonction de l'école, qui ne possède pas l'eau courante. 
La maitrise de la fertilité n’est pas une chose facile pour les couples. Le débat sur le contrôle des naissances n’en est qu’à ses débuts. La contraception est alors interdite par la loi. C’est donc tout naturellement que je nais 9 mois après la date du mariage,  le 22 décembre 1956. 

22 décembre 1956 : Une naissance mouvementée dans la neige


Faire part de naissance 22/12/1956

Extrait acte de naissance - livret de famille

L’histoire de ma naissance est une aventure. Il faut imaginer que mes parents ne possédaient qu’un scooter et un vélo leur avait été prêté.

                           
Le scooter de mes parents en 1955

La cuisinière ronfle bourrée de bûches en cette nuit du 21 décembre 1956. C'est le dernier jour de classe avant les vacances de Noël. Ma mère se plaint de ses premières contractions dans la nuit. Il fait nuit très tôt en décembre dans le Nivernais. Il reste à imaginer une époque sans téléphone. Il faut alerter les voisins situés au village de Courcelles à 2 kilomètres qui sont les seuls à posséder une voiture, susceptible d’emmener ma mère à la maternité de Clamecy à 15 km.  A cette époque, on n’accouche plus à domicile.  Mon père s’élance donc sur la neige sur un vélo, en pleine nuit,  pour aller téléphoner depuis la cabine téléphonique du café du village. Le café est fermé et il doit taper à la fenêtre pour réveiller la propriétaire. La clinique de Clamecy est informée de l’arrivée de ma mère.

M Perruchet, Colonel à la retraite, et animateur de l’Amicale créée autour de l’école, est préposé au convoyage dans sa vielle voiture Hotchiss aux énormes gardes boues.  Il s’est entrainé depuis quelques jours à la faire tourner à vide pour qu’au signal, le chauffeur et le véhicule soient opérationnels.
Il s’installe au volant de sa Hotchiss. Son épouse, Madame Perruchet va se charger pour la journée des 42  élèves de l’école.
Hotchiss

Il part récupérer ma mère à l’école et emmène le couple sur la route de Clamecy. Il fait froid. La route est enneigée. La voiture s’arrête sur le chemin. Ma mère s’imagine devoir accoucher dans la voiture. Le véhicule repart et amène le couple jusqu’à la maternité. Ma naissance à 11h50, le 22 décembre 1956 se précipite dès l’arrivée dans ce lieu moins hostile.  C’est le Docteur Barbier qui procède à l’accouchement. Il deviendra maire de la ville de Clamecy dans la Nièvre puis sénateur de la Nièvre.

 
Docteur Barbier, Directeur de la clinique de Clamecy en 1956

L'actualité du 22 décembre 1956

Le même jour, l'actualité du monde se poursuit. A partir de journaux de ce jour que j'ai pu me procurer dans un salon des vieux papiers, j'évoque les informations principales, dont je suis à ce moment là, bien loin ! 


Actualité sur l'espionnage du 22 décembre 1956
Une Française arrêtée pour espionnage
L’actualité de ce jour du 22 décembre 1956 est concentrée sur les évènements du bloc soviétique. Une française Raymonde Soubine,  33 ans, agent des services de renseignements d’un pays du bloc soviétique, la Tchécoslavquie, est arrêtée pour espionnage. 


                 
22 décembre 1956 : l'ultimatum des mineurs hongrois



                                                                                                                                                                     

La grève des mineurs hongrois
Les mineurs  en grève en Hongrie demandent la démission de M Kadar, le retrait des troupes soviétiques présentes depuis le soulèvement du 23 octobre, des dispositions pour des élections libres. L’insurrection de Budapest dure quelques semaines, fait 2800 morts et 20 000 blessés du côté hongrois et 700 morts et 1600 blessés du coté russe,  avant d’être écrasée définitivement en janvier 1957, avec l’exécution de 225 Hongrois accusés d’avoir participé à cette insurrection.



 
             
     

La crise du Canal de Suez
Le 22 décembre 1956 : La crise du canal de Suez est un conflit entre l’Egypte et l’alliance entre kla France et le Rotyaume Uni , suite à la nationalisation unilatérale par l’Egyspte de Nasser du canal de Suez, lieu stratégique de transport maritime international  entre l’Europe et l’extreme orient.

     
           
Crise Canal de Suez Décembre 1956 - Journal Sud Ouest
      

Après l'opération de Suez, qui voit, à la demande des USA,  l’ONU s’interposer dans le conflit entre Israel alliés des Français et britanniques, et l’Egypte,  les dernières forces franco-britanniques quittent Port-Saïd le 22 décembre 1956.


                                                   
                                    
                                    
Sortie du nouveau film de Gallone avec Françoise Fabian
Sur le plan culturel, ce jour là , Michel Strogoff est le 3ème ouvrage de Jules Verne porté à l’écran par le metteur en scène italien Carmine Gallone avec l’actrice Françoise Fabian.

Affiche film Michel Strogoff 1956

Publicité Manufrance
Sur le plan commercial, Manufrance, manufacture  de Saint Etienne, lance sa publicité pour la machine à coudre Omnia au prix de 32500 francs.



Naissance de la Dauphine par Renault
Naissance en 1956 de la Voiture Renault appelée "Dauphine"

27 Décembre 1956 : retour à la maison-école

Pendant le séjour à la clinique, et le congé de maternité, faute de remplaçant, mon père, revêtu de sa blouse grise en coton, rassemble les 2 classes allant de la classe enfantine à la classe de fin d’études.

Dans la journée, je suis installée dans la cuisine du logement de fonction, la pièce la plus chaude. La porte donne sur la classe de ma mère. Une jeune fille me garde mais ma mère vient régulièrement surveiller son bébé.

Ma mère avec moi dans les bras devant l'école de Courcelles

L’apparition du biberon
Ma mère m'allaite à la naissance. Très vite, son lait est décrété mal adapté à ma nourriture. Les biberons faciles à  nettoyer sont en vente sur le marché. Ils sont en verre et c’est avec le biberon que je suis nourrie.  Le premier lait en poudre apparaît.

Publicité pour le biberon 1956

Le bain
L’eau courante n’est pas installée dans le logement de fonctions de mes parents instituteurs. Il faut aller chercher l’eau à la pompe. Elle est très froide, voire glacée.  Elle est réchauffée au feu de la cuisinière à bois avant d’être versée dans la cuvette en plastique.
Le bain de bébé en 1956

                          
Les langes
Le bébé est emmailloté. Un linge triangulaire est placé entre les fesses du bébé, et grâce à un savant croisement du même linge et une épingle à nourrice, le bébé est enveloppé fermement. Puis apparaissent les brassières et les culottes bouffantes en coton. Les couches en tissu, sont lavées chaque jour. Le berceau est installé dans la pièce la plus chaude de la maison, la cuisine, avant d’intégrer la chambre de mes parents puis ma chambre personnelle.


Mon père me porte emmaillotée en langes 1955
Le landau
Le beau landau sert à me promener dans les rues de campagne, protégé par sa capote épaisse. Il sert aussi à me garder, bien calé par des coussins. Il fait froid sur le carrelage du sol.
Mon landeau en 1956


Le pot
Il est en bois avec un petit dossier à l’arrière. Le pot est installé dans le trou au centre du meuble. C’est un grand progrès. Mon arrière grand-mère Anna Lajeat surveille mes progrès. 
                                        

Le pot en bois 1955


En guise de conclusion provisoire ...

J'ai vécu mes 3 premières années dans l'école de Courcelles, au milieu des champs, dans cette nature préservée et reculée du Morvan.  C'était une autre époque. J'en garde le souvenir d'un espace protecteur,  paisible, un amour de la campagne, un sentiment de plénitude. On est marqué à tout jamais par sa petite enfance.