mercredi 9 octobre 2013

Photo de 1964, toute une époque

#généathème...Ma contribution 


Arlette,  Institutrice en 1964

1964

J'aime cette photographie noir et blanc datée de 1964. Elle n'est pas de bonne qualité mais le sourire du sujet principal l'illumine. Il s'agit d'une photographie prise dans une classe de cours préparatoire. 

La blouse

L'institutrice a revêtu sa blouse, boutonnée jusqu'au cou. Elle  a innové en tentant les motifs et sans doute la couleur. En qualité d'élèves, nous avons du attendre mai 68 pour obtenir la fin de l'obligation du port de la blouse à l'école. C'était, pour nous collégiens, une de nos "revendications" ! 

Le taille-crayons

L'institutrice est assise derrière son bureau de bois vernissé. A droite de la photo, le taille-crayon collectif est prêt à l'utilisation. C'est la "maîtresse" qui taille les mines des crayons de papier, à l'aide de la manivelle placée à l'arrière. Il s'agit d'éviter les dépôts de copeaux de bois au pied de des chaises des écoliers. Le réveil, tourné vers la classe, rythme le temps du travail scolaire. C'est un réveil moderne et pliable, proche de nos réveils actuels. D'autres objets sont plus insolites. Je remarque les deux bocaux; le plus petit semble contenir des graines, le plus grand, de l'eau...Servent-ils à des expériences de science naturelles ? L'institutrice tient de la main droite son stylo-plume en action, prêt à annoter les cahiers et à corriger les devoirs des enfants.  

Sérénité

Une certaine sérénité émane de cette photo. L'institutrice exprime une satisfaction, voire un bonheur d'être immortalisée dans sa fonction, à son poste de travail. Le photographe est anonyme. Une seule mention a été inscrite au dos de la photo : 1964. 

Vocation

Conservée dans les cartons, j'ai retrouvé cette photo de ma Mère. J'aime ce souvenir de son activité professionnelle qu'elle a tant aimée. Une carrière entière, de l'âge de 15 ans à 55 ans, l'a menée  de l'école normale d'instituteurs, en passant par l'école rurale, l'école primaire jusqu'à  la direction d'une école maternelle. Une vocation et le bonheur d'enseigner émanent de cette photographie de l'année 1964. Toute une époque... 

mercredi 2 octobre 2013

Organisation d'une généalogiste amateur

Je "pratique" la généalogie en amateur. Mon organisation est donc tout à fait empirique, en constante évolution pour s'adapter à mes besoins. Pour répondre à la proposition de Sophie Boudarel qui a lancé l'initiative du #généathème, je vais présenter ma modeste organisation.

1.  Archives familiales

Classement documents archives
Mon premier travail fut de trier et de classer, de façon chronologique, les documents familiaux qui m'ont été confiés ou dont j'ai entrepris la collecte. Les pièces d'identité, cartes d'associations, articles de presse, lettres, contrats de vente... se trouvent dans des classeurs,  glissés dans des pochettes plastiques et datés. Une douzaine de classeurs sont rangés dans une bibliothèque. Une grosse boite regroupe les documents qui restent à trier. Car je deviens le réceptacle de nouveaux documents.
Le travail d'archiviste n'est jamais clos !


2. Photographies

Le tri des photos anciennes, que j'ai reçu de ma mère, a demandé un gros travail. La reconnaissance des personnes m'a demandé du temps. Des visites chez des oncles et tantes ont été nécessaires. Mes parents ont été sollicités. Mais les souvenirs s'estompent vite et certains visages restent anonymes... J'ai choisi le rangement dans des grands classeurs destinés à protéger les cartes postales anciennes. Je souhaite garder en bon état ces photos anciennes. Là aussi le tri chronologique a été choisi. Les noms des personnes reconnues ont été indiqués et autant que possible les lieux également. Ces albums sont appréciés par les anciens comme par les plus jeunes de la famille. Ils sont régulièrement consultés et comme leur protection est satisfaisante, la consultation peut se faire sans détériorer les photographies. Les souvenirs des personnes et des époques sont ainsi partagés.

Albums photos anciennes

3. Cartes postales

Mes ancêtres, du côté maternel,  s'écrivaient de nombreuses cartes postales. Ma mère (toujours elle!)  les avait conservé dans des boites de chaussures, en carton. J'ai plaisir à les lire une après l'autre, à découvrir les destinataires, les auteurs, les signatures, les écritures ... J'ai classé ces cartes postales par département, après les avoir placé dans des pochettes plastiques adéquates. Là encore, nous pouvons les consulter tout en les protégeant du temps. Je voyage, à travers ces jolies cartes, virtuellement, avec mes ancêtres. J'adore ces cartes de voeux, d'anniversaires...tellement kitsch. J'en ai fait une collection.
Cartes postales annciennes


4. 0 Papier ?

Je ne tiens ni carnet, et pratiquement aucun dossier papier. J'ai privilégié l'informatisation au maximum. J'écris via Word, je scanne mes documents et photos utiles, je sélectionne les archives numérisées. J'effectue le marquage des photos et leur tri sélectif avec i-photo qui me permet les retouches, re-cadrages , sélection par nom, lieux, découpage automatique des visages. Je classe mes documents informatiques par dossiers et sous-dossiers très bien visualisés sur mac. Mon organisation est simple avec un dossier par branche familiale, des sous dossiers par nom, divisés, par prénom et nom, puis par type de documents. En cas de besoin, j'imprime mes documents ou synthèse. Un ipad me permet de me déplacer avec les arbres par l'application Hérédis et les photos sans internet, les prises de notes.  Je me sens à l'aise avec cette organisation. 
Dossiers et sous dossiers

5. Logiciel de généalogie Hérèdis

Après hésitations, essais divers, j'ai choisi le logiciel Hérédis Mac pour commencer l'informatisation de mes données généalogiques. J'ai saisi toutes les données papier dont je disposais issues  de recherches diverses de membres de la famille. J'ai  dû, bien sûr, les vérifier une à une. J'ai trouvé plusieurs erreurs que j'ai  corrigé par la consultation des archives en ligne. A chaque fois, je complète ma généalogie sur Hérédis. Rapidement une première base a été constituée. Le travail ne faisait que commencer ! J'ai entrepris de remonter le plus loin possible dans le temps pour retrouver le nom et les lieux de vie de mes ascendants. Le travail se poursuit toujours  et il est peut être approfondi sans cesse. Pour ces recherches plus poussées, je me laisse guider par mes envies. Je choisis une personne et j'élargis mes recherches. Je me laisse porter aussi par mes découvertes. La généalogie reste ainsi une aventure, avec des obstacles, des découvertes, des points de lumière, des avancées, des remises en causes... La généalogie c'est aussi un pourvoyeur d'émotions: joie , énervement, étonnement...
J'ai utilisé planète généalogie, mais je trouve pas cet outil  utile et probant. Peu d'utilisateurs sont présents, pas assez d'arbres et un accès peu ludique.


5. Généanet

Le logiciel généanet est un excellent complément pour mes recherches. Des contacts fructueux ont été établis avec d'autres généalogistes. Des branches se retrouvent reliées. L'arbre est accessible à tous et en particulier à ma famille. J'informe  les auteurs des arbres lorsqu'il m'arrive de leur emprunter une partie de leur recherche. J'ai toujours eu des retours de généalogistes heureux que leur recherches soient utiles. Ma recherche a pu avancer et j'ai retrouvé des cousins généalogiques à proximité de chez moi et même les rencontrer. J'apprécie beaucoup cette plateforme. La mise à jour avec Hérédis via gedcom se fait correctement mais j'hésite à le faire trop souvent car je dois apporter des corrections sur généanet à chaque exportation. Des améliorations sont sans doute à apporter pour faciliter les liens. A moins que ces difficultés proviennent de mes manipulations, inadéquates ?

Généalogie Généanet


7. Blog

C'est en consultant les blogs Chroniques d'antan et Lesort-Madelin que j'ai eu envie de faire de me lancer dans l'aventure du blog. Histoire de familles est né avec l'objectif de rendre accessibles et consultables mes recherches sur internet.  Elles sortent de mon bureau. De plus, je me  motive pour faire vivre le blog et écrire des articles. Je formalise mes recherches sur l'histoire de mes ancêtres et aime à les appréhender pour leur redonner vie. Le lien entre généaologie et histoire me semble évident. L'histoire des hommes et des femmes se replace parfois dans la grande histoire. Leurs vies sont toutes différentes et si semblables aussi. Je me plais à trouver une dimension philosophique à mon "travail" puisqu'il débouche sur une réflexion sur la vie, le destin, la mort. Plus j'approche d'un être passé, plus je me sens riche d'un vécu. Mais pas de lyrisme...

8. Twitter

Ma dernière découverte est tweeter. Ouvrir un compte, se confronter à l'échange d'informations, communiquer sont des manières trés ludiques de conforter ses recherches et approches généalogiques. Je progresse plus vite en étant en alerte sur cette actualité. Je sais que je ne suis pas seule à chercher dans mon coin. C'est donc un aiguillon dans ma propre démarche.

Conclusion...provisoire

En fait, je pensais n'avoir  rien à dire sur ce thème... J'ai donc repoussé la date pour écrire cet article.   J'ai lu  avec plaisir les articles des autres bloggeurs. Je me suis lancée, un peu par défi. Et voilà que je me trouve à parler de généalogie, de mon approche personnelle... Comme quoi la recherche sur les autres est souvent recherche sur soi ! Et puis on peut partir d'une idée de départ et parcourir des chemins sinueux avant d'ouvrir d'autres horizons. N'est-ce pas là un peu la quête des passionnés de  généalogie ?







dimanche 22 septembre 2013

Pierre Colin, Résistant fusillé en 1944 au Fort de la Doua


Catherine Colin a reçu de son père, il y a quelques années, un petit livre broché «Visages d’aviateurs» rédigé par le  Lieutenant-Colonel Pierre Paquier aux éditions du survol, daté de 1947. 


Visages d'aviateurs

Visages d'aviateurs du Lieutenant Colonel Pierre Paquier 1947


Cet ouvrage a été relié en cuir bleu, vraisemblablement par Irène Colin, née Girard, son épouse. 
Le livre bleu recèle un très beau texte intitulé « Le petit Colin » (en référence à sa petite taille de 1,60 m ) qui évoque la vie militaire et le décès de Pierre Colin, le Grand-père de Catherine. Ce héros familial a beaucoup marqué son fils Gabriel Colin, le père de Catherine, et en conséquence la vie familiale. 



Aviateur
Pierre Colin, Aviateur
Catherine me confie ce « livre bleu » qui va me servir pour reconstituer la vie de son grand-père paternel. Bénéficiant d’une base fort bien écrite, je lance une enquête généalogique et historique relatée dans cet article.


Naissance à Toul en 1900

Pierre Colin est né à Toul le 11 août 1900.
Bulletin de naissance de Pierre Colin



Famille maternelle alsacienne : les Schaal et les Jung

François Xavier Schaal et Emilie Rustique Jung (les grands parents de Pierre Colin)

Pierre Colin est le sixième et dernier enfant d’une famille protestante, d’origine alsacienne. Sa mère, Emilie Marceline Marie Schaal, née le 5 avril 1864 à Valenciennes (Nord), a pour parents François Xavier Schaal né le à Geispolsheim (Bas Rhin), maréchal-ferrand au 6° régiment de Dragons et Emilie Rustique Jung née le 26 janvier 1833  à Offendorf dans le Bas Rhin. Ses grands parents maternels, Jean Jung, cordonnier (1761-1794) et Marie Madeleine Fuchs (1761-1832) d'une famille de tisserands , habitent Geispolsheim, près de Strasbourg. Ils quittent l’Alsace après la défaite de guerre de 1870 et s’installent à Toul, non loin de la frontière.


Famille paternelle Colin : une ascendance inconnue

Le père de Pierre Colin est  Eugène Colin. Il est né le 2 septembre 1849 à Pantin. Eugène porte de la nom de sa mère Virginie Colin car il est né de père inconnu. 

Acte de naissance d'Eugène Colin
Appelé comme soldat en 1870, il s'engage dans la carrière militaire. Il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur le 11 juillet 1896, en qualité de Capitaine du 94° régiment d'infanterie. Pierre Colin, ne connaitra pas son père Eugène car le capitaine meurt en 1900, quelques semaines avant la naissance de l’enfant. Son épouse, Emilie Marceline Marie Colin née Schaal, mariée à Toul, le 21 août 1884 avec Eugène, élèvera les 6 enfants, seule et sans fortune.


Les frères Colin s'engagent dans la carrière militaire

La famille est installée à Toul à la veille de la grande guerre. Dans cette garnison, bourrée de troupes, c'est déjà l'ambiance du Front. Imprégnés de cet environnement, avec un grand-père alsacien, les 3 fils Colin s'engagent dans la carrière des armes. Les deux soeurs Colin, Marthe et Lucie se consacrent à l'enseignement et exercent leurs fonctions au lycée de jeunes filles de Metz. L'une d'entre elles fut Surveillante générale de cet établissement de 1919 à 1948. 

Le 2 août 1914, la guerre éclate et les trois frères ainés, Georges, Robert et Jean s’engagent. Pierre Colin, le plus jeune,  reste à Toul avec sa famille et poursuit ses études au Collège de Toul. Le 13 juillet 1916, il obtient son baccalauréat série latin-sciences devant la Faculté des Lettres de Nancy.

La même année, Georges-Robert Colin, son frère ainé, lieutenant au 2° Zouaves sera tué à l’attaque de Douaumont, à la tête de sa section d'assaut. Le 11 août 1918, Pierre a 18 ans et décide de revêtir l’uniforme du 135° régiment d’infanterie dont son frère Jean-Eugène  (1896-1972) commande une compagnie. Il part rapidement pour le front, à la conquête de l’Alsace. Jean Eugène poursuivra sa carrière militaire brillamment jusqu'à être promu  Général de Brigade.


Ecole spéciale de guerre Saint-Cyr en 1920

Après l’armistice, Pierre est reçu au concours de l’Ecole spéciale militaire. Il entre à Saint-Cyr, le 29 octobre 1920 dans la promotion la devise du drapeau.  A la sortie de l’école, il signe un engagement de 8 ans dans les forces aériennes. Le 1° octobre 1922, Pierre est nommé sous-lieutenant. Il va suivre pendant deux ans les cours des différentes écoles pratiques d’aviation : Avord, Istres, Bordeaux, Cazaux. A Istres, en février 1923,  il décroche son brevet de pilote sur un Spad 34. 

Camp d'aviation d'Istres



Spad 34 -1923

Le 1° octobre 1924, Pierre Colin est nommé lieutenant et rejoint le 3° régiment d’aviation de chasse à Châteauroux.  Il se porte volontaire pour partir au Maroc, au sein du 37° régiment d’aviation. 


La guerre du Rif (Maroc) 1924-1926



En effet, depuis 1912, la France et l’Espagne administrent le Maroc en échange du soutien au Sultan chérifien.  Or Abd-el-Krim, jeune chef rifain crée dès 1921 une armée en rassemblant 65 000 hommes des tribus du nord du Maroc, région située en zone espagnole. Les Espagnols doivent reculer et l’armée française désigne le Colonel Paul Armengaud au commandement de la seule unité aéronautique au sein du commandement des troupes au Maroc. Il commande le 37 ° régiment d’aviation, qui va être déployé dans la région montagnarde du Rif. Pierre, Affecté à la 1° escadrille de Fez, composée d’une dizaine de Breguet, vole comme pilote accomplissant de nombreuses missions en vue d’endiguer l’insurrection marocaine contre les Français et les Espagnols. Il précède les colonnes d’infanterie, sur des Breguet 14 et participe à l’attaque la résistance avec des bombes et des mitrailleuses. C’est la guerre du Rif. 


Breguet 14

Pierre Colin sera abattu en flammes près de Bou-Redoub au cours d’une mission. Il est cité 3 fois par le général commandant supérieur des troupes au Maroc, en 1925. 


Chevalier de la Légion d'honneur en 1930

Après la capitulation et la capture d’Abd el Krim, en 1926, Pierre rentre en France et rejoint le 2° régiment d’aviation où il prend le commandement de la 6° escadrille. 

Légion d'honneur Pierre Colin
Il est promu capitaine le 25 décembre 1929 et décoré de la légion d’honneur le 1° janvier 1930.


Instructeur en Grèce en 1931

Il est affecté  à Athènes en Grèce comme instructeur de l’aviation de chasse hellénique. Le Roi de Grèce le nomme officier de l’ordre du Phénix pour « services signalés rendus aux aviateurs grecs des camps de Tatoï, Larissa et Salonique ».


Croix ordre du Phénix Gtèce



A son retour en France, Pierre est affecté à la 8° escadre de chasse. Le 18 août, il est victime d’un grave accident d’aviation sur le multiplace Bloch 200. Le 15 septembre 1938, Pierre Colin est nommé commandant. 
Bloch 200

 Commandant du groupe de chasse I/8 à Hyères - 1939

A la déclaration de guerre, le 2 septembre 1939,  Pierre Colin commande, au camp d’aviation d’Hyères le groupe de chasse I/8 qui a pour insigne un écu suisse recouvert du trident ailé de Neptune.
Insigne groupe de chasse I/8
 Le groupe est équipé des nouveaux avions Bloch 152. 



Bloch 152


Son groupe va intervenir dans des missions de protection sur l’Aisne et la somme où les combats font rage. Mais l’armée allemande domine, avec ses Messerschmitt 110.


Messerschmitt allemands 110


Devant l’avancée allemande, le commandant Colin reçoit le 9 juin l’ordre de se replier à Brétigny et d’attaquer les ponts de bateaux que les allemands ont construits sur la seine dans la région de Rouen les Andelys.  Mais l’artillerie allemande pilonne et il lui faut se replier sur Châteauroux, pour protéger les ponts de la Loire où déferle la foule des réfugiés.  

Pour avoir remarquablement combattu en mai et juin 1940, il est promu Officier de la Légion d’honneur. Un de ses pilotes témoigne, retrace l’auteur du livre « C’était avant tout un entraineur. Au sol il ne nous laissait guère de trêve. Il nous menait au terrain le matin à quatre heures. Nous ne quittions avec lui la piste d’envol qu’à la nuit tombée … Il nous imposait une forte discipline, l’esprit de patrouille d’abord ».


Professeur à l'école d'artillerie de Montpellier en 1941

En 1941, Pierre Colin, maintenu dans l’armée d’armistice ou armée de Vichy, est affecté à l’état major du sous secteur de défense aérienne du sud-est, puis détaché comme Professeur d’aéronautique à l’école d’artillerie anti-aérienne de Montpellier. Mais il souffre de ne plus voler. Le 11 novembre 1942, lors de la dissolution de l’armée d’armistice, il obtient un « congé d’armistice ». L’idée lui vient de quitter la France pour rejoindre les chasseurs alliés en Angleterre.


L'entrée en clandestinité en 1943

Au printemps 1943, il entre dans la clandestinité où il se lance sous les pseudonymes de George-Robert (les deux prénoms de son frère tué en 1916 à Verdun). On le voit circuler en auto et en moto, vêtu d’un pull Lacoste et d’un pantalon de toile. Six mois durant, il assure la préparation de l’atterrissage des avions venu d’Angleterre, aménage les réseaux d’espionnage, recueille des parachutistes. Le commandant Colin devient la cheville ouvrière de la résistance dans les Cévennes. Il organise des groupes de combat de près de 2000 hommes. Ses adjoints sont  le commandant Louis Maurel, ingénieur  et Maurice Popouneau, chargé de l’intendance. Il organise aussi la désertion des soldats étrangers incorporés de force dans la Wehrmacht, en particulier luxembourgeois. Il recueille les déserteurs, leur procure des vêtements civils et les aide à traverser la frontière.

Un groupe de 18 luxembourgeois soldats doit déserter avec armes et bagages. Pierre a tout préparé. Mais les soupçons de la gestapo gagnent du terrain. Un traitre se glisse parmi les déserteurs. L’alarme est donnée. Les soldats sont arrêtés. Neuf d’entre eux sont accusés de haute trahison et fusillés sur le champ. Les autres ont envoyés Front russe.

Un soir de juillet 1943, un officier de la police allemande qui suit l’affaire se présente au domicile du commandant Colin. Il est absent. Le fils Robert part attendre son père à la gare de Montpellier, car il revient de Paris et le prévient. Pierre ne rentrera pas chez lui. Les amis de Pierre Colin lui demandent de quitter la France.


L'arrestation en octobre 1943 à Montpellier

Le 1° octobre 1943, sur de nouveaux indices, les services de la police allemande exercent une surveillance  sur le commandant Colin. Le 8 octobre 1943 à 10 h du matin, la police allemande appréhende à son arrivée à Carnon un luxembourgeois connu sous le nom de Jacques. L’homme se rendait à un lieu de rendez vous fixé par Popouneau en vue de préparer les détails d’une nouvelle désertion. Le soir même Colin, Popouneau et Maurel sont arrêtés par la police au 9 rue Pasteur à Montpellier, le petit appartement où est installé leur poste de commandement. Le compte rendu de cette arrestation est consignée par écrit le 9 octobre 1943 par M. Ménard, le Commissaire Central qui l'adresse à Monsieur le Préfet Régional. 


Document arrestation de Pierre Colin 9 octobre 1943 (1)


Document arrestation de Pierre Colin 9 octobre 1943 (2)



Le site web, les pierres vives prend appui sur l'histoire de l'arrestation de Pierre Colin pour mettre en évidence les liens qui pouvaient exister, à cette époque, entre les services de police allemands et français. Je vous invite à cliquer sur ce lien pour que des questions soient posées. : les liens entre police allemande et française.

Tous les trois sont conduit à la Gestapo dans la « chambre spéciale de questionnement » où ils subissent quatre jours d’interrogatoires. Ils se confinent dans le mutisme et sont enfermés au fort d’Aurelle et maintenus au secret. Le 22 décembre 1943, le colonel allemand Hagen fait connaître qu’aucune «condamnation n’a été prononcée contre le commandant Colin mais que l’instruction suit son cours».

Condamnation à mort en 1944

Le 26 janvier 1944, la police allemande autorise la famille de Pierre à venir le voir à la prison militaire de Montpellier. 

La dernière visite de sa famille
Madame Colin, Robert et Gabriel  ont une entrevue de deux heures dans la grande bâtisse.  Le commandant Colin a changé physiquement, est peu reconnaissable mais il garde courage. L’entrevue de Pierre Colin avec sa famille s’achève.  En quittant la prison, le fils ainé Gabriel se retourne et surprend dans la cour le regard de son père qu’il verra pour la dernière fois. En fait le 17 janvier 1944 , il avait été condamné à mort par le tribunal militaire. Les enfants n'en savaient rien.

L'acte d'accusation
L’acte porte quatre chefs d’accusation : 
« Le ressortissant Pierre Colin, français, est condamné à être passé par les armes pour les actes suivants : 
1. commandant de l’armée secrète en zone sud,
2. espionnage, 
3. détournement de soldats de leur devoir militaire, 
4. préparation à des attentats terroristes ». 

Départ pour le Fort Montluc 



Fort Montluc - Lyon
Le lendemain, le 27 janvier 1944,  enchainé à ses deux camarades par des menottes, Pierre est transféré à Lyon en wagon cellulaire. Il passe ses derniers instants au Fort de Montluc à Lyon dans une cellule sans air et sans lumière.


Le général français Ruby obtient une audience du commandant de la 19° armée allemande le général Von Sodenstrene qui a signé l’ordre d’exécution pour obtenir la grâce de Pierre Colin. L’entrevue a lieu le jeudi 10 février 1944 au quartier général de la Wehrmacht.  Les démarches ne sont pas couronnées de réussite.


L'exécution le 21 février 1944 au Fort de la Doua à Lyon

Dernière lettre


Le 21 février, Pierre écrit une lettre à son frère Jean dont voici le texte : 


Lettre de Pierre Colin à son frère Jean (21 février 1944)



«  Lyon, 21 février, 
Mon cher Jean,
Le pasteur vient de m’assister ; dans deux heures ma vie terrestre aura pris fin et que Dieu soit loué de m’avoir fait sentir sa présence toutes ces dernières semaines. Condamné à Montpellier le 17 janvier, j’ai été transféré à Lyon en attendant la décision concernant ma grâce et celle de deux camarades. Cette grâce nous est refusée. Soyez courageux et plein d’espérance comme je le suis et toi mon cher frère sois le messager auprès de ma chérie, de mes fils, de Maman et de mes soeurs. 
Je pars en chrétien et en soldat, confiant et serein.Qu’il soit pardonné à nos ennemis et que nos enfants ne soient pas élevés dans la haine ; qu’ils soient « toujours prêts » à exécuter ou à subir les sentences de Dieu. Adieu à tous. Je vous embrasse en Jésus-Christ. Pierre »


Ce lundi 21 février 1944, à 16 h, une automobile de la Wehrmacht transporte les trois condamnés de la prison militaire au lieu d’exécution, le stand de tir de Lyon la Doua. A 16 h 30, Pierre est placé contre le parapet et trois minutes plus tard, il tombe.



Lors de l’exécution, le pasteur allemand Curt Georgi d’Osterrode va l’assister.  Il raconte «  Je garde du commandant Colin, l’impression d’un homme d’une tenue très forte, très maitre de lui, n’ayant jamais manifesté la moindre appréhension. Presque enjoué dans la conversation, il parlait beaucoup des siens. Volontairement détaché de tout ce qui n’était point sa famille ou sa foi religieuse, il lisait fréquemment la bible. »




Le soir même, la notification de l’exécution est faite par les autorités allemandes 

«le 21 février 1944, 
le ressortissant français Pierre Colin ancien commandant né le 11 août 1900 à Toul en dernier domicile à Montpellier 4 rue de Verdun 
a été condamné à mort le 17 janvier 1944 par un conseil de guerre pour avoir favorisé l'ennemi. 
Le jugement a été exécuté aujourd’hui. 
Tribunal du commandement du secteur d’armée France sud STL N° 596/43»


Notification de l'exécution de Pierre Colin (21 février 1944)




Obsèques nationales en 1945

Le corps fut retrouvé en août 1945 et identifié au Fort de la Doua à Lyon ainsi que ceux des autres fusillés. Le lieu précis de l’exécution par fusillade de ces résistants est le « Mur des fusillés ». 60 corps ont été rendus à leurs familles ; les 17 autres corps, dont certains portent la mention Inconnu sont inhumés sur l'autre versant de la « Butte des fusillés ».
Le 30 septembre 1945, la ville de Lyon célèbre des obsèques nationales des 77 corps de résistants retrouvées dans le Fort de Lyon.


Cimetière militaire de la Doua depuis 1954

Inauguré en 1954 et aménagé par le Ministère des anciens combattants et victimes de guerre, ce cimetière national est situé à Villeurbanne sur un ancien terrain militaire et d’entraînement de l’armée française. 

La Nécropole abrite 6210 tombes, dans lesquelles sont inhumées des militaires Mort pour la France 3622 lors de la Première Guerre mondiale et 2723 lors de la Seconde . Elle honore la mémoire des combattants français, mais aussi celle des ressortissants des anciens territoires coloniaux et protectorats, et alliés tombés lors des guerres de 14/18 et 39/45. Elle abrite également les sépultures de militaires des contingents tués en Indochine (1946-1954), en Algérie (1954-1964) et au Liban (1975-1983).

Cimetière militaire de la Doua




Une plaque apposée en 1995, au “ Mur des Fusillés ” commémore le souvenir du sacrifice de 78 patriotes fusillés par les Allemands sous l’Occupation, près de la butte située au centre de la Nécropole. 
Liste des 77 victimes face au peloton d'exécution allemand


Ces résistants fusillés entre octobre 1943 et juillet 1944 étaient tous retenus à la prison Montluc après avoir été condamnés pour faits de résistance par le tribunal militaire allemand qui siège à Lyon de 1943 à mai 1944 et dont la compétence s’étend à tout le sud de la France. Pierre Colin fait partie de cette triste liste.

Aujourd’hui Pierre Colin repose, dans le carré des Fusillés,  au cimetière militaire de la Doua à quelques mètres du lieu de l’exécution, à la Nécropole Nationale de la Doua, créée en 1954 et située 30 avenue Albert Einstein 69100 VilleurbanneEn 2014, sa petite fille Catherine Colin,venue lui rendre hommage, a pris cette photographie.



Tombe du Commandant Pierre COLIN, Carré des Fusillés 
Nécropole Militaire de la Doua - Lyon



La base aérienne Pierre Colin de Nîmes

En 1973, la Base aérienne 726 à Nîmes est officiellement baptisée du nom de Pierre Colin. Elle est fermée depuis 1996.
Monument Pierre Colin Base aérienne 726