dimanche 15 septembre 2013

Emily Boilletot de Bémont, souvenirs émouvants


Mes souvenirs sur Bonne-maman

Notes rédigées par Jean Madelin, son petit-fils en Juillet -Août 2005 

Voici les notes de Jean Madelin (1923- 2006), rédigées en juillet et août 2005. Il évoque avec chaleur, sa grand-mère Emily. Ses souvenirs d'enfant nous permettent de la rendre vivante. 

Savigny les Beaune
La maison de mes grands-parents Delafon, à Savigny les Beaune, reste un des lieux porteurs de bien des souvenirs.
Carte postale de Savigny les Beaune
Nous y avons passé des semaines entières de vacances. En outre, au moins à partir de notre séjour à Nancy, nos grands parents, qui pouvaient difficilement se séparer de leur fille, mais qui redoutaient aussi la rigueur de l’hiver à la campagne venaient s’installer dans un petit appartement. A Nancy ce fut Place Carrière, tout proche de la Place Stanislas, donnant sur un parc. A Orléans, ce fut d’abord rue Chaude Tuile, près du Grand Cimetière, puis 14 rue de la Gare, un appartement loué auprès de nos propriétaires, les Soudé. Combien de fois avons-nous été prendre des repas ou passer un moment chez Bon papa et Bonne maman, ce qui soulageait souvent Maman, Odile Delafon épouse Madelin. 
Ces vacances et ces visites, nous les faisions presque toujours Yves Madelin, mon frère,  et moi, ensemble. On nous expédiait même aux vacances de Pâques, tous deux seuls, à Savigny. Quand nous venions seuls, nous couchions dans deux chambres contigües avec la chambre des grands-parents dans un quartier facile à chauffer. 
Edouard Delafon
Quant à l’été, Bon papa, Edouard Delafon participait largement aux frais de vacances, une ou deux fois à Ventron dans les Vosges, puis ensuite presque toujours au bord de la mer, en particulier à Pornichet où la guerre nous a rejoint en 1939. Et naturellement ils nous y accompagnaient. En allant de Savigny à Pornichet, Bon papa nous emmenait quelquefois en voiture, une belle Renault, voyage au long cours, où je me souviens ne pas avoir toujours été rassuré. En forêt de Loches, j’arrête Bon papa : « la malle n’est plus sur le porte bagage arrière » ! . Demi tour et nous retrouvons la malle au bord de la route. 

Voiture Renault en 1939


Cette fréquentation, comme les écrits que Bonne maman a pu laisser - elle en a détruit elle-même beaucoup - me permettent d’essayer de tracer quelques traits de sa personnalité. Je pense que son Père Anatole Boilletot de Bémont (Sosa 30) et peut être encore plus sa mère Nina Deleau (Sosa 31) , d’un milieu cultivé, ont donné à leurs filles une éducation relativement intellectuelle pour l’époque. Antoinette Emily et sa sœur Henriette avaient toutes deux des aspirations à la lecture, à la musique. Henriette cherchera plus tard à être institutrice. Anatole et Nina devaient avoir une belle bibliothèque de livres contemporains français et de livres étrangers. La passion de Bonne maman pour Walter Scott et Dickens devait s’y enraciner. Nous trouvions à Savigny des trésors dans les livres d’aventure, dont les Jules Verne, ou la Semaine de Suzette.

La semaine de Suzette
Bonne maman nous lisait des Walter Scott ou autres aventures. 

Ouvrage de Walter Scott
Ont-elles suivi des cours particuliers. Je le pense, car je ne les vois pas fréquenter les petites écoles rurales, naissantes, plutôt destinées aux petites filles pauvres. Or tous les postes d’Anatole, comme percepteur, se trouvent dans de petites villes rurales, Ham, Ay, Aillant-sur-Tholon… Nina sa mère avait sûrement une éducation musicale. Anatole, ne l’oublions pas, avait fait toutes ses études chez les jésuites de la rue de Vaugirard, avec une formation littéraire poussée, en grec et latin. Nos arrières grands parents étaient donc d’une bourgeoisie cultivée. 

La lecture a toujours tenu une place très importante dans sa vie

Il s'agit de lecture surtout de romans, soit empruntés en bibliothèque, soit publiés dans des revues littéraires. Dans "les lettres du Maroc", Emily donne une liste des livres lus est impressionnante, et elle ne cesse de les recommander à sa fille Odile. 

Bonne Maman, Emily Boilletot de Bémont épouse de Edouard Etienne Lucien Delafon écrivait beaucoup 

Elle écrivait des textes comme ses poèmes ou ses conférences. Mais surtout elle entretenait une correspondance très abondante. Elle écrivait à maman tous les deux ou trois jours, parfois tous les jours. Et elle avait aussi une correspondance fréquente avec des membres de la famille ou d’anciens amis. Tout naturellement cette correspondance était plutôt adressée du côté Boilletot et Aubry. Ses lettres de 1940 à 1942, conservées par maman, sont d’un intérêt inégal, mais sur certains points constituent une petite chronique des événements surtout en 1940, à Château Gonthier. En hiver surtout, et dans les périodes où elle n’avait pas à recevoir ses enfants, elle tricotait beaucoup, recevant des journaux de mode pour lui donner des modèles, et commander des laines. Weldon, Welcome Moro. C’était surtout des vêtements de bébés, paletots, chaussons, culottes qu’elle distribuait autour d’elle en cadeaux 

Bonne maman aimait la musique

Elle jouait fort bien du piano, et aimait s’y mettre pour jouer des pièces dont elle avait une bonne réserve. Je pense qu’elle a été amenée à accompagner les offices à l’église avec l’harmonium. Elle aimait nous chanter des chansons anciennes, en particulier de Botrel, qui avait sa préférence.

Théodore Botrel

Bonne maman avait une passion pour tout ce qui touche à la mer,

Surtout la mer sauvage des Côtes du Nord. Elle avait emmené ses enfants en vacances à Saint Quay, à Perros Guirec. Le costume marin était de mode. Nous avons une photo de Maman, petite fille avec son frère François, en costumes marins. Et c’est sûrement elle qui avait poussé Bon papa à nous offrir des vacances à la mer, même si c’était à Pornichet où elle trouvait une mer plus paisible. Je pense qu’elle trouvait dans le caractère sauvage de la côte de granit rose, l’expression d’un tempérament passionné.

Bonne Maman s’est passionnée pour plusieurs causes. 

Ce fut d’abord la cause de la place des femmes dans la société. Elle a fait plusieurs conférences dans le cadre de la Ligue nationale pour le vote des femmes, où elle défendait leur activité dans la vie quotidienne, et la vie civique. La ligue nationale pour le vote des femmes a été crée en 1914 par Mme Ducret-Metsu.  Etonnamment moderne, elle plaidait pour le vote des femmes, dès 1935. Elle a pu voter en 1945, accomplissant l’une de ses ambitions.

Premier vote des femmes - 1945
Elle aimait parler, s’exprimer devant les autres, communiquer sa flamme. Ce fut aussi la place des femmes dans l’Eglise, avec de nombreuses activités paroissiales, et en particulier une sorte de catéchisme de persévérance pour les jeunes filles de Savigny-les-Beaune, où elle tentait de les ouvrir à toutes les exigences de la vie sociale moderne, en même temps que sur les conditions d’une vie chrétienne. Elle était sûrement pédagogue. Son billet sur « la vendange » reflète ce souci.

La vendange « On ne va pas à la messe pendant la vendange » lança Yvonne de sa voix jeune, je ne sais plus à quel propos. La petite tête blonde aux cheveux coupés approuvait fièrement ce théorème, les beaux yeux couleur de source riaient gaîment dans le visage clair… Yvonne aux yeux de source pure, petit cœur très bon, mais léger, oh! si léger « col pluma al vento », quel mal vous me fîtes ce jour là par votre parole inconsidérée, qui me perça comme un trait ! En étais je donc là après ces mois de travaux et de veilles, après mes brillants espoirs de bien à faire, de régénération morale et chrétienne à accomplir ? Quel coup pour mon orgueil, de constater que je n’avais pu encore faire comprendre à mes filles l’importance, la grandeur, la beauté du sublime sacrifice ! Relève toi mon âme, ne te laisses ni décourager, ni abattre. « Sursum corda », les semailles sont faites dans de la bonne terre. Que la pluie et le soleil de ton amour, ô mon Dieu les fasse germer et croître pour les récoltes éternelles !... Il est certain et nécessaire que de larges permissions sont accordées par vos pasteurs dans ces périodes de vendange, pendant lesquelles la température exige un travail prompt et rapide. Mais si vous le vouliez bien, enfants, ne pourriez vous le Dimanche dispenser à Dieu au moins quelques minutes de votre temps, à ce Dieu qui vous a donné la vigne, qui la fait mûrir et prospérer ? Quand le son de la cloche de votre village annonçant « le Dieu levé » arrivera jusqu’à vous, porté par le vent d’Ouest, agenouillez vous sans respect humain parmi les ceps et sous le grand ciel déjà bas d’Octobre, qu’un élan de foi et d’adoration monte de votre cœur vers le Christ Jésus. Dîtes lui : "Mon Dieu, des compagnes plus heureuses que moi te prient à cette heure dans ton temple en chantant tes louanges. Le jus du raisin que je tiens dans ma main devient sur l’autel à l’instant même ton sang précieux auprès du pain des Anges. Ah ! Que ne puis je les adorer moi aussi, les consommer et m’anéantir en eux ! Mon Dieu accepte du moins ma prière et mon amour " Et cette prière au milieu des pampres pendant le « Dieu levé » sera écoutée, votre vendange sanctifiée et bénie. « Le Dieu levé » expression de votre pays, expressive et naïve qui me touche et me charme. « Dieu levé » en croix jadis sur le Golgotha pour nous, pour nos péchés, « Dieu levé » encore pour nous aujourd’hui sur l’autel par les mains du prêtre, levé pour nous bénir et nous attirer à Lui !... Qu’est ce que la vendange à votre point de vue et au mien ? Ces deux considérations feront aujourd’hui l’objet de cette avant dernière « causerie ». La vendange c’est le moment de l’année pour le vigneron où il espère enfin recevoir la récompense des durs travaux dont j’ai fait passer devant vos yeux cette année les travaux successifs, le moment de la récolte des grappes soignées et préservées jusqu’à ce jour avec tant de soins et de peines. Pour vous, enfants, la vendange c’est un temps de plaisir double. Vous vous réjouissez d’avance, - les départs en groupes joyeux dans les matins déjà froids, à pied ou sur les grands chars remplis de paniers, de tendlins( ?) et de cuves dans l’une desquelles le chien de la maison aboie joyeusement. – la cueillette des beaux raisins blancs ou noirs que vous picorez comme des grives gourmandes en riant aux éclats. Les repas si gais au pied des ceps dans les rayons du soleil déjà frileux de l’automne commençant, dans le cadre de ce riant paysage lamartinien de vignes, de vallons et de prairies où le grand poète des « Méditations » promenait il y a cent ans son beau profil désabusé. Enfin les retours dans le soir tombant, où bien lasses, mais si joyeuses encore votre chant pur s’élève entre les vignes, dépouillées , ainsi que celui d’un oiseau attardé qui regagne son nid…. 
Antoinette Emily Delafon - Ecrit vers 1932 

Elle a laissé un grand souvenir chez certaines d’entre elles, devenues des femmes influentes dans Savigny. Monsieur le Curé pouvait compter sur elle. Son insertion dans la vie sociale, était aussi vécue à travers de nombreuses visites et des contacts avec des personnes âgées. Le billet  On ne se cause pas met en scène des personnes qu’elle visitait. Elle était très à l’aise avec des gens simples. A plusieurs reprises elle s’est attachée à réconcilier avec l’Eglise des personnes au moment de leur mort.


On ne se cause pas 
La journée va être chaude encore. Allons Poil dur, profitons de la bonne fraîcheur matinale pour faire une petite promenade, mais où aller ? Tiens j’ai une bure à reporter à Madame Amable Bonvouloir, tout au bout du village…mais je réfléchis que je m’en suis servie l’autre jour pour porter du lait chez Madame Lapointe et j’ai du l’oublier chez elle. Nous allons monter par les Guettes. Partons vite en route… (Sur le chemin) Regardons la belle nature comme disait ma bonne Grand maman. La campagne, ce matin est un tartan écossais. Le ciel et les fonds sylvestres de Bouillant sont du bleu foncé des jours de chaleur, les arbres plus rapprochés, d’un vert soutenu. Et tous ces papillons blancs dansant sur les fleurs violettes du sainfoin sont les mouchetures de l’étoffe. Je crois que tu me comprends avec tes beaux yeux intelligents, Pol dur et que tu admires comme moi l’oeuvre divine. Qu’il est donc agréable de causer en marchant avec un bon chien qui vous écoute et ne vous contredit jamais.. Mais nous voici arrivés chez Madame Lapointe. Tiens sa maison est fermée, elle est déjà partie aux vignes, je vais demander à Madame Bonbec de vouloir bien se charger de ma commission. Nous entrons chez Madame Bonbec, je crois qu’il est trop tôt car elle nous apparaît dans un déshabillé rustique qui n’a rien du genre Watteau. « Bonjour Madame Bonbec, nous vous dérangeons, Poil dur et moi. J’ai laissé mercredi chez Madame Lapointe la bure de madame Amable Bonvouloir. Si elle pouvait la lui rendre de ma part cela m’éviterait de sortir par cette chaleur » (Madame Bonbec) « Madame excusez moi j’étais en train de me coiffer. Madame lapointe n’ira pas chez madame Amable Bonvouloir, elle ne lui cause pas. » Moi interloquée, à part) Elle ne lui cause pas, serait elle devenue muette ? « Alors Mme Bonbec vous pourriez peut être reporter la bure, c’est si près d’ici. » (Mme Bonbec) « Oh non madame, car on ne se cause pas non plus » (Moi de plus en plus interloquée) « Comment vous aussi, Mme Bonbec c’est donc contagieux. Allons je vous dis au revoir, je reviendrai chercher la bure un autre jour » (Sur le chemin du retour) Comprends tu cela Poil dur ? Ces bonnes dames, excellentes toutes trois, et qui ne se causent pas, pour quelle raison ? J’y suis. Oui ce doit être cela, il parait que dans les villages la jalousie et le ressentiment sont fréquents. Alors peut être que le gamin de Mme Lapointe a cogné celui de Mme Amable Bonvouloir. Ou bien le chat de celle ci prend il plus de souris que la Minette de Mme Bonbec. De là des conversations aigres douces, on en vient à ne plus se parler et voilà tout. Ah Poil dur je rêve d’un pays « où tout le monde se causerait » par ce qu’il n’y aurait que des gens bons sachant supporter les petits défauts des uns et des autres…Tu lèves le nez en entendant parler de « jambon », oui il y aurait du jambon pour les petits enfants et les pauvres bêtes misérables, chiens et chats affamés, ainsi que tu l’étais quand je te pris sous ma protection. Et à tous les habitants de cet heureux village je dirais « Aimez vous les uns les autres et ne vous endormez jamais, ne laissez pas passer une nuit avec au cœur, le moindre ressentiment envers votre prochain…Tes yeux ont l’air de me dire : »Comment l’appelleriez vous ce pays là ma bonne maîtresse ? » « Je l’appellerais Caritas. Et si tous étaient comme celui là…mais ce n’est qu’un beau rêve, vois tu mon bon chien
La Rurale - Emily Boilletot de Bémont

C’est le moment de parler de sa foi chrétienne 

Cette foi l’animait constamment. Elle était même pieuse, recherchant la messe en semaine, son chapelet, la lecture des psaumes. Qui lui avait donné cette éducation chrétienne forte ? Peut être son père Anatole, éduqué, à la jésuite, peut-être sa mère Nina, peut être aussi la fréquentation des catéchismes et des cours de persévérance dans les diverses villes où son père était en activité. En tous cas, les aspirations à la vie religieuses de sa sœur Henriette montrent que la foi était forte chez les de Bémont. Ma mère Odile m’a dit souvent qu’elle avait dû avoir une heureuse influence, sur Bon papa, et sur sa belle mère, « Mémé », car le côté Delafon était plus proche d’une bourgeoisie assez éloignée de l’Eglise. Une chose me frappe en lisant ses textes c’est la marque que donnait à sa piété la perspective de la mort : « Lorsque viendront pour moi le soir et la nuit sombre »…dit elle souvent d’une façon ou d’une autre. Mais c’était en même temps une perspective marquée par une foi forte en une autre vie, la « résurrection ». « Dans le soir éternel, au bout de ma journée, mon Dieu ce sera Toi… » Jeunes enfants nous n’entrions pas beaucoup dans cette perspective. Et je ne suis pas sûr que Bon papa l’y suivait toujours. 

Une autre passion était la défense des animaux

Les chiens ont toujours tenu une grande place dans sa vie, héritière de son père qui ne rêvait que de son ou ses chiens de chasse. Elle était une avocate ardente de la Société protectrice des animaux (SPA). Là encore elle a multiplié les interventions publiques, comme par exemple son plaidoyer contre les corridas. Ce trait de sa personnalité nous faisait un peu sourire et même nous agaçait parfois. 

Bonne maman aimait la mer, je l’ai déjà dit. Mais je veux souligner que ces vacances passées à la mer la remplissaient de bonheur, un bonheur qu’elle voulait, partagé. Mais c’était la mer bretonne, car la Bretagne répondait à son tempérament un peu romantique, les cimetières, les calvaires, les landes et les rochers. Elle a aimé avec passion, au moins rétrospective, - car sur le moment elle se plaint beaucoup de la chaleur et des mouches - le Maroc, où elle a accompagné Bon papa en campagne en 1924- 1925. Elle nous parlait toujours avec nostalgie du Maroc, où elle avait souffert de la solitude, pendant les « colonnes » de son mari, de l’éloignement de ses proches, mais où elle avait trouvé une vie sociale très particulière avec les familles d’officiers. Elle avait aimé le soleil, les paysages la rencontre avec des marocaines simples. Sabine a tapé de larges extraits de ses lettres « marocaines » qui reflètent tout un pan de sa vie. 

C’est le moment de dire combien Bonne maman aimait la nature et la contemplait avec bonheur. 

Elle aimait les fleurs, les bois, les ruisseaux. Ses poèmes sont une description continuelle des beautés de la nature. Elle ne se préoccupait guère de ce jardin de Savigny, dont elle laissait le soin à Bon papa. Mais elle aimait y admirer les tulipes, les seringuas, les glycines. Elle aimait surtout ces promenades en campagne avec son chien. 

Faut il parler de sa « vie mondaine » ? 

Selon la coutume de l’époque les relations étaient étroites avec tout le milieu militaire, et elle y comptait de très bons amis. Le relatif long séjour à Alençon lui avait permis de tisser des liens dont elle parlait souvent plus tard. On se rendait visite, on se recevait, les enfants se connaissaient. Maman m’a souvent parlé d’amitiés de cette époque. 

Et puis il y a eu tout le réseau d’amis 

Il s’est constitué à Savigny-les-Beaune auquel j’ai été associé avec Yves, grâce aux « réceptions » et aux « goûters » Bien sûr il y avait sur place les de Vaulchier, les Chandon et de Nicolay, Mlle Berbès et son frère, et d’autres dont j’oublie le nom. Mais il y avait aussi des liens avec Pernand, Pommard, les de Grasset, de Courtivron, de Ternay, et à Beaune quelques familles de marchands de vin comme les Bouchard, et Blanlot. Il y avait donc de temps à autre grande réception à la maison, où nous guettions les arrivées et vivions cet événement dans la coulisse, profitant aussi des bons gâteaux offerts aux invités. Il y avait même de temps en temps des « déjeuners » pour quelques personnes choisies, venues de plus loin. Depuis la veille, Bonne maman veillait sur la cuisinière pour faire un menu de qualité, car Bon papa aimait que cela soit bien, alors que Bonne maman se serait contentée de pâtes. Dans ces circonstances la coulisse était encore plus de rigueur, nous déjeunions à part ou avant, et nous contentions de suivre les événements de loin. Et Bonne Maman se laissait entraîner par Bon papa dans les réceptions « rendues ». C’est à l’une de ces occasions que l’auto de Bon papa est entrée dans un mur dans une descente vers le château de la Roche Pot, causant à Bonne maman une frayeur qui lui faisait un peu redouter l’auto. Mais je trouve que Bonne maman aux goûts si simples, se pliait assez bien à ce genre de relations. C’était une autre planète que la vie quotidienne avec les gens de Savigny, qui lui rappelait le temps des relations de garnison. Parmi ces amis de nos grands parents, nous nous étions fait des amis, de notre âge, ce qui nous amenait à accompagner nos grands parents quelque fois ou à participer à notre place à la réception. Par exemple les d’Angerville, et bien sûr les de Nicolay. Elle accueillait volontiers pour nous ces « petits amis », dont les de Suremain, Christian et Francis, étaient des habitués de nos jeux et de nos promenades. 

La cuisine à Savigny

C'était un sanctuaire où nous ne pouvions entrer que pour rapporter légumes et fruits venant du clos. Mais cette question de la cuisine était pour Bonne maman une préoccupation constante, avec l’aide de cuisinières parfois bien, parfois médiocres. En tous cas Bonne Maman y passait beaucoup de temps, et se montrait capable de réaliser de très bons menus. Elle excellait dans la pâtisserie, et collectionnait les recettes prises dans les journaux de mode, et cherchait à les réaliser. Mais il faut se représenter ce qu’était accueillir pendant l’été « les Madelin et les Delafon » avec une bande de jeunes enfants toujours affamés, stimulés par le grand air. Bonne maman se donnait beaucoup de mal, même si Maman et tante Lily s’en mêlaient au besoin. 

J’ai de cette grande maison de Savigny un souvenir de rêve. 

Nous arrivions, venant de Beaune, où Bon papa était venu nous chercher avec l’auto, par le grand portail qui donnait dans une belle cour, avec au fond les écuries et la grange. Deux escaliers permettaient d’entrer dans la maison qui était surélevée, au dessus de caves, et de la cuisine. Par un escalier à gauche de l’entrée de la cuisine, le seul couramment utilisé, nous arrivions dans la grande salle à manger, puis à gauche le grand bureau de Bon papa avec la table « Ange », bureau qui donnait sur le jardin. A gauche de la salle à manger, le salon qui ne servait jamais et les appartements de nos grands parents avec deux chambres pour enfants. Au 1er étage les appartements Delafon, avec plusieurs chambres. Donnant dans le jardin, « le pavillon » auquel on accédait par une terrasse. Ce pavillon était la résidence des « Madelin », en été. Une grande chambre et derrière deux petites chambres où nous couchions Yves et moi, en fait les chambres des garçons d’écurie. En sortant du bureau, sur la gauche un parterre de buis taillés devant une Orangerie. A gauche aussi il y avait un petit bâtiment avec des pièces inutilisées, sinon des rayonnages de bibliothèque ? Et puis il y avait ce grand jardin, un parc à nos yeux d’enfant où nous faisions des tours de France en vélo, où nous faisions des cérémonies de déguisements, nous pouvions jouer dans un petit ruisseau artificiel en y faisant circuler des bateaux, et où nous étions libres d’inventer toutes sortes de jeux. Et de chaque côté, - nous étions entre deux rues, - deux petites terrasses nous permettaient d’inspecter ce qui se passait dans la rue. (Ce parc a été morcelé en un lotissement bien laid, et la maison a été divisée en plusieurs logements). Il y avait bien sûr le clos, à 500 m de la maison, en face de la gare, traversé par la petite rivière, le Rohin. C’était un lieu de travail, car nous y aidions à cueillir les légumes, à cueillir les fraises, à ramasser les fruits. Mais nous pouvions aussi jouer beaucoup autour de ce ruisseau, en y faisant des barrages et en y construisant de petits bateaux. Il y avait aussi une vigne et un tennis. C’était un but de promenade auquel nous entraînait Bon papa et j’en garde bon souvenir. (Ce clos a été acheté pour y construire un foyer atelier-CAT- pour handicapés, animé par les Papillons Blancs que maman,  Odile Delafon a eu l’occasion de visiter) Cette maison de Savigny a eu une fin difficile, due tout à la fois à la terreur engendrée par la guerre et l’état de santé de Bon papa qui commençait sûrement à se manifester par certains symptômes. Ils ont déménagé précipitamment en Mai 1940, pour louer une maison à Château Gonthier, déménagement qui a laissé sur place beaucoup de choses. Puis la maison a été louée et finalement un acte de vente a été signé peu avant Noël 1940 ; Mais pendant ce temps les locataires étaient partis et la maison occupée par des allemands qui ont dispersé le mobilier et les objets restants. L’acheteur n’a pu prendre possession qu’ensuite. 

Bonne maman était de santé fragile,

Avec des problèmes intestinaux qu’elle avait dû ramener du Maroc ou qui s’y étaient aggravés, et aussi des bronchites à répétition, nées de ce temps très dur vécu pendant la guerre de 14, à Alençon et à Versailles. Elle était donc toujours « au régime », et se plaignait souvent de ses maux. Ce mauvais état de santé ne fera bien sûr qu’augmenter avec l’âge.  Et c’est le souvenir de continuels problèmes de santé qu’elle nous laisse, et qu’elle laisse aux plus jeunes qui l’ont connues vivant à la maison. Ce qui nous agaçait pas mal était l’usage intempestif qu’elle faisait du pendule, se soignant par l’homéopathie, portant un jugement sur ses médecins, à coup d’indications du pendule. Après la mort de Bon papa, elle a été un peu tout le temps dans l’errance, vivant tant tôt chez nous ou proche de chez nous, ou chez les François Delafon. A Orléans elle a habité un temps Fg St Vincent chez Mme Wedrichowska, plus tard aussi dans une petite chambre rue de l’Oriflamme. Pendant le séjour à Orange, elle a habité chez nous à Orange, puis chez des religieuses à Chabeuil. Mais il fallait sans cesse veiller sur son alimentation…Surtout à partir de Château Gonthier et d’Angers, Bonne maman est devenue d’une nervosité et d’une instabilité extrême par moments. A cela s’ajoutait un trait de caractère qui nous frappait : le souci constant de la propreté. Elle pratiquait sans cesse des soins d’hygiène corporelle, des mains bien sûr. 

Elle a résisté ! ... jusqu’à 79 ans. Toute la période de Château Gonthier et Angers a été très difficile, surtout Angers avec l’aggravation des symptômes de la maladie de Bon papa. Elle s’y est montrée très énergique, mais souvent dépassée. C’est pourquoi nous avons été à plusieurs reprises l’aider et la soutenir. Et les difficiles problèmes du ravitaillement pendant la guerre s’y sont ajoutés. Elle voulait même toujours se priver pour nous. Quelqu’un, que je n’ai jamais vu, mais dont j’ai sans cesse entendu parler, a pesé sur l’état psychologique de Bonne maman : sa sœur Henriette, dont la vie était très décousue, après sa séparation d’avec son mari, Monsieur Thérond. Elle était sans cesse à la recherche d’activités sans que cela débouche. Elle a donc été souvent proche de la clochardisation. Nos grands parents ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour l’aider, mais c’était très difficile. Par contre ils ont aidé énormément ses enfants, Albert, un peu déficient mental, Micheline qui s’est mariée et Annie, infirme que maman elle-même a essayé d’aider le plus possible. Si j’en parle, c’est que cette « tante Henriette » était sans cesse présente en filigrane dans la vie de nos grands-parents et un peu la nôtre. Maman et l’oncle François se sont toujours intéressés surtout à Albert et Annie. J’ai beaucoup suivi Annie pendant mes séjours à Paris. Il n’y a plus aucune descendance dans cette branche, seule Micheline s’étant mariée et n’ayant pas eu d’enfants. Au fond, après Angers qu’elle a quitté après la mort de Bon Papa, elle n’a plu eu de « chez elle » continu, vivant plus souvent au rythme des malles pour aller de l’un chez l’autre. 

Bonne maman est morte à Reims

Elle habitait chez nous rue Ponsardin, le 4 mars 1954 à 79 ans. Elle repose avec Bon papa au Grand cimetière d’Orléans où une tombe de la famille Delafon avait été reprise au moment de la mort de Bon papa.




Timbale de naissance en argent de Emily Boilletot de Bémont

vendredi 30 août 2013

Marcel Bourgoin, prisonnier au Stalag IIB Hammerstein



PRISONNIER, LE 16 JUIN 1940

Cinq ans seulement après son mariage, Marcel Bourgoin, mon grand-père, est  rappelé à l’activité militaire le 2 septembre 1939 en qualité de Sergent chef. Il est fait prisonnier le 16 juin 1940. Après avoir été « stocké dans un camp à Auxerre », il est envoyé au Stalag II B en Poméranie.
Souvenons-nous
«  Après 3 jours de voyage dans un train à bestiaux, nous arrivons sur le lieu  de destination. Nous approchons d’un terrain entouré d’une double clôture de barbelés où il y a plusieurs baraquements. Sur le portail, l’inscription STALAG IIB… » 
Pétales d’une rose blanche Stanisław Gryniewicz 

Dessin de Marcel Bourgoin Prisonnier Camp d'Hammerstein le 11 septembre 1940 (Archives familiales)

STALAG II B Hammerstein

Le stalag II B est  créé fin septembre 1939. Il dépend de la Kommandantur de la Zone militaire II  basée à Szczecin (Stettin). Il est situé à côté de Czarne (nom allemand : Hammerstein) de la région de Człuchów (nom allemand : Schlochau) à l’emplacement du polygone militaire.
Situation géographique Stalagh 2B

Un des premiers camps de concentration

En avril 1933, trois mois après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, on crée ici un des premiers camps de concentration destinés aux prisonniers communistes allemands et aux opposants du régime national-socialiste. Ce camp est fermé après quelques mois d’existence et les prisonniers sont transportés ailleurs. Les locaux sont ensuite occupés par l’armée. Probablement à cause de ces conditions d’existence antérieure, le gouvernement allemand décide d’organiser  un camp pour prisonniers de guerre. Il est très proche de la frontière entre le IIIème Reich et la Pologne. Le transport est facile, le terrain très forestier et peu d’habitants.

Devenu camp de prisonniers



Entrée du camp d'Hammerstein - Archives Croix Rouge

Au début au Stalag IIB, il n’y a que des prisonniers polonais de l’armée Pomorze suite à la guerre contre la Pologne début 1939. Le premier commandant du camp est le colonel Janus, ensuite le major Van Heydebrand. Au Stalag  IIB, il existe un hôpital pour les prisonniers organisé par des prisonniers médecins polonais, qui devient avec le temps l’hôpital central  pour les prisonniers de la région de Szczecin. En été 1940, après la capitulation de la France, on ramène dans ce camp des prisonniers français, aussi bien de l’armée métropolitaine que de l’armée coloniale, puis des soldats belges, hollandais et des anglais qui combattent  en France . En 1941, après la campagne des Balkans, des prisonniers yougoslaves arrivent. Après l’automne 1941, suite à l’attaque de la Russie par Hitler, pendant la première phase de la guerre, on ramene des russes par dizaine de milliers. A cette époque, est créé un nouveau camp de l’autre côté de la voie de chemin de fer. Deux camps distincts sont organisés : Lager Nord et Lager Ost qui portent un nom commun, Stalag IIB Hammerstein. C’est dans ce camp, que mon grand père est amené, dans des trains à bestiaux successifs, dans un très long périple.

Fleischerei Wilke

Mon grand-père, exerce la métier de Boucher. Il est donc affecté,  comme prisonnier de guerre, MATRICULE 86/96,   au KOMMANDO N°210, dans une boucherie « fleischerei » dirigée par Emil Wilke située à Hammerstein, 33 preussischesstrass. Son camarade de captivité, André Desvallois, Charcutier à Limoges  est son ami pour la vie et témoigne. Comme mon grand père il est amené au Stalagh dans des wagons à bestiaux. André reste prisonnier de 1939 à 1945. La boucherie Wilke prépare la viande destinée aux militaires allemands. Les 11 prisonniers français sont rejoints chaque jour par 20 travailleurs allemands. Les prisonniers français dorment dans un baraquement en bois chauffé par un poêle à bois. Le baraquement est situé contre la boucherie. Ils dorment sur place. Des lits à trois étages sont disposés dans la petite salle rudimentaire avec un seul lavabo. Ils disposent du minimum pour manger mais arrivent à soustraire à leurs geôliers quelques morceaux de viande qu’ils font griller en cachette directement sur le poêle. Le soir, avant de dormir leur seule occupation est de jouer aux cartes. Parfois ils sont autorisés à se baigner dans un lac. Il en garde un souvenir émerveillé. Mais jamais ils sont autorisés à se rendre au village. Marcel devient vite chef d’équipe dans ce petit groupe de prisonniers et coordonne le travail de tous. Lorsque Marcel quitte la boucherie deux ans plus tard, il dit avoir perdu un frère.


Marcel Bourgoin et les 11 prisonniers français à la Fleischerei Wilke - Stalagh IIB (Archives familiales)

Après la libération, les deux couples amis et ne se quittent plus de vue. Mon grand-père parle quelques mots d’allemand et il aime s’en souvenir. Il  est un ardent partisan de la réconciliation franco allemande.  Sous son impulsion , Chailley est jumelée à un village allemand « Gladbach ».

Livret militaire Marcel Bourgoin (Archives familiales)
Marcel Bourgoin Carte anciens combattants (Archives familiales)


Bande dessinée de René Tardi 

Pour aller plus loin


Site Stalagh 2B
Marcel Bourgoin au stalagh 2B

lundi 26 août 2013

Chailley, village Bourguignon de mes Ancêtres

Entrée de Chailley
Sophie Boudarel nous a proposé de centrer nos recherches, dans le cadre du #généathème, sur le village de nos ancêtres.
Situation de Chailley (1) 
C'est bien volontiers que je vais évoquer avec vous le village de mon enfance, où j'ai passé mes vacances auprès de mes Grands-Parents :
le petit village rural de Chailley dans l'Yonne 
en Région    Bourgogne.



Vue sur  Chailley depuis la colline du Haut Bouton- Yonne
L'environnement est vallonné et  boisé avec des cultures céréalières de plus en plus importantes du fait du remembrement et de l'installation de poulaillers pour l'élevage intensif de poulets alimentant l'usine volaillère Duc installée à l'entrée du village, qui emploie 200 salariés. La colline du Haut Bouton domine le village, où étaient exploitées des anciennes carrières appelées les Perrières. Une jolie Chapelle a été érigée au XIXe siècle, appelée Chapelle de la Bonne Mort. Dans ce blog, d'autres articles évoquent l'histoire de cette commune.
Chailley, mon village d'enfance
Chailley est le village où mes grands-parents vivaient. J'y ai passé la quasi totalité de mes vacances. J'ai aimé ce village au pied de la Forêt d'Othe. Je me souviens, de mes grandes ballades en vélo avec mes cousins, des cabanes que nous construisions dans les bois, des baignades dans l'eau glacée de l'Armançon, de la malle à déguisements, du grenier qui recélait des merveilles. Quelle liberté nous avions en ce temps là ! Pas de téléphone portable pour nous surveiller. On nous faisait confiance. En fin de journée, nous allions chercher le lait à la ferme, à pied, et nous croisions les voisins avec lesquels ma grand mère échangeait les nouvelles. Des souvenirs très doux qui raisonnent en moi pour toujours. C'est une impression étrange de passer ses vacances dans le lieu de ses ancêtres. Mon grand-père était né à Chailley et il connaissait tous les habitants. Il aimait son village et  cet attachement l'a amené à en devenir l'élu municipal puis le Maire. Actif, il savait innover, et apporter son énergie à son village. Pourtant, la Branche des BOURGOIN n'était pas native de ce village mais de Saint-Julien du Sault dans l'Yonne. Le père de mon Grand-père, Alphonse Etienne BOURGOIN, né dans l'Yonne à saint Julien-du-Sault,  est venu faire son apprentissage de Boucher dans cette commune. Il a rencontré une jeune fille Berthe GODARD et ils se sont mariés à Chailley alors qu'elle n'avait que 17 ans. Ils ont créé ensemble une boucherie et un abattoir situés Grande rue de Chailley, dans la maison des Parents de Berthe. Par les souvenirs familiaux,  je savais uniquement (avant de me lancer dans mes recherches généalogiques) que la famille BOURGOIN était venue s'installer à Chailley à cette époque, et que les parents de Berthe GODARD venaient de Cerisiers (Yonne).
Peut-on alors parler de Village des Ancêtres ? 
Pourtant, je sens que dans cet endroit, il existe une histoire familiale. Je décide donc, il y a quelques mois, de partir à la recherche des lieux où sont nés et ont vécu les anciens. La recherche généalogique se précise. De ces semaines de recherches, via les archives départementales de l'Yonne, je constate que la présence de ma famille à Chailley est beaucoup plus ancienne que je le croyais. Chailley est bien un village familial car plusieurs générations d' ancêtres  des branches BAILLET, BERGERE, VIE, TRUCHY y sont nés ou y ont vécu. Cette présence remonte au moins au XVIIIe siècle.

Etienne Alphonse BOURGOIN,
mon arrière Grand-père
  • La Branche des GODARD  s'est s'installée à Chailley après 1851. C'est à cette date que  Joseph Adolphe Prudent GODARD, Sosa 52,  né le 14 juin 1830 à Fournaudin (89) s'est marié. Il fut sabotier et Cafetier au Café de l'Union situé Grande rue à Chailley. Marié à Eleonore Louise VELLARD, Sosa 53, née à Cerisiers 89, ils auront deux enfants Zéphirin Bruno GODARD, né à aux Chapelles, commune de Cerisiers le 6 octobre 1852 qui deviendra Limonadier à Paris, et Romulus Casimir GODARD, Sosa 26,  né le 9 mars 1854 à Cerisiers, les Chapelles, marié à  l'âge de 27 ans  avec Marie Victoire BAILLET, Sosa 27, née à Chailley le 19 juin 1860. Il auront une fille Berthe Elmire GODARD, Sosa 13, née le 1° aout 1885 à Chailley. Celle-ci  se marie avec Etienne Aphonse BOURGOIN, Sosa 12. Berthe GODARD et Etienne Alphonse BOURGOIN, mes arrières-grands-parents auront deux enfants Martine et Marcel. Ce dernier, mon Grand-père, né à Chailley le 27 mars 1905,   exercera le métier de Boucher à Chailley et en deviendra le Maire. Il se mariera avec Germaine GUIBERT, ma Grand-mère née à Auxerre (voir article Mariage) . Ils auront deux enfants dont Arlette, ma mère.
  • La Branche des BOURGOIN s'installe à Chailley le 2 mars 1903, date du mariage de Berthe et Alphonse.
  • La Branche des BAILLET (Marie Victoire BAILLET est l'épouse de Romulus GODARD) est installée à Chailley  depuis 1803, date de la naissance de Hilaire Mammes BAILLET, Sosa 108,  né le 28 novembre 1803 à Chailley, Grand-père de Marie Victoire. Il se mariera avec Françoise Eugènie BERGERE.
  • La Branche des BERGERE est installée à Chailley depuis 1815. Françoise Eugènie dite Mam'Nini BERGERE est née le 10 mars 1839 à Chailley. Le Père de Françoise BERGERE, Edme Félix Nicolas BERGERE, Sosa 110,   né à Chailley le 23 octobre 1815 à Chailley exercera le métier de Boucher. Il était marié à Marie Adeline VIE.
  • La Branche des VIE est installée à Chailley depuis 1791 (sans doute auparavant) . Marie Anne Adeline VIE, Sosa 111, est née le 16 octobre 1816 à Chailley. Son père Paul Vincent VIE, Sosa 442,  Charpentier est né à Chailley le 7 mai 1791 à Chailley et s'est marié le 6 février 1779 à Chailley avec une Chaillotine, née en 1794, Marie Françoise TRUCHY Sosa 223.
  • La Branche des TRUCHY remonte à 1794.
Arbre généalogique de mes ancêtres à Chailley (logiciel Héredis Mac)

La présence de mes ancêtres dans la commune de Chailley remonte donc au moins à 1791.
Acte de naissance et de baptême de Paul Vincent VIE Sosa 442 - 1791
Je pense que je peux remonter encore dans le temps puisque  Antoine Alexis VIE était installé dans la commune en qualité de Charron avant 1791. Mes faibles connaissances en paléographie m'empêchent encore de déchiffrer les registres paroissiaux de cette époque qui sont très difficilement lisibles. Je ne m'avoue pas vaincue pour autant ! Aujourd'hui leurs descendants vivent  encore à Chailley :  mon oncle actuellement Maire de la Commune et sa cousine Nicole. Mon frère, mes deux cousines germaines et moi-même avons installé nos maisons à proximité, témoignant ainsi de notre attachement à ces lieux et à nos racines.

vendredi 2 août 2013

L'amour dans les ruines en 1918 ou le mystère d'une photo

La cousine germaine de ma mère m'a confié des photos et des documents concernant son grand-père Charles Eugène TEILLAS, né le 24 février 1891 à Valence (Drôme), Capitaine du 279e Régiment d'Infanterie et mort au combat  à Révillon en Picardie le 1e octobre 1918.

J'ai remarqué en particulier cette photo datée du 1e septembre 1918 portant la mention manuscrite "L'amour dans les ruines...".
L'amour dans les ruines 1918
Dos de la carte - Poème d'amour

Au dos de cette carte est rédigé ce joli poème :

Que signifie cette belle allure
De cette jolie femme et de ce capitaine ?
Ce n'est pas étonnant que la guerre dure !
Nos soldats ne font que fredaines...
Où diable l'amour va-t-il se nicher ?
Jusque dans ces pauvres demeures
Où le boche vient seulement de passer,
L'amour le suit à quelques heures...
En effet, c'est là que (illisible) et sa mie
Vivent un peu de leur amour,
Ce fut du cher bonheur en cette vie
Si semée de malheureux jours...

Signature Capitaine commandant la 14e compagnie du 279e Infanterie



La cousine m'a assuré que la photographie représentait Charles Eugène TEILLAS et  Fernande DEMEAUX son épouse.
Capitaine Charles Eugène TEILLAS

Toutefois, je m'interroge. Les épouses des militaires sur le front, pouvaient-elles se rendre dans des tranchées ? Est-ce vraisemblable que ce soit bien la photo de ses grands-parents ? Il est vrai que le capitaine lui ressemble (voir photo ci-dessus) . N'est-ce pas plutôt une carte postale ? Elle ne serait qu'une évocation de leur amour et non la photographie de ses ancêtres ? Où est la vérité historique ?
J'ai besoin des lumières des spécialistes de la Grande Guerre pour y voir plus clair.
Merci de votre aide.