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mardi 10 juin 2014

J comme Jeanne, 8 enfants, décédée à 30 ans !



 #ChallengeAZ

Il est une femme dont on pourrait ne jamais parler. Il s'agit d'une ancêtre, Jeanne de SAINTE MARIE. Elle a eu une vie courte, de nombreux enfants, est décédée jeune. Une vie banale. Pas une héroïne.  Juste une femme de son époque. Elle porte pourtant un nom prestigieux.  Ses ancêtres étaient remarquables.

Son mari  René MADELIN, épousé à l’âge de 21 ans, a eu une carrière militaire exemplaire devenant Général de Division. 

Mais d’elle pas ou très peu de témoignages, quelques photos jaunies, des bribes d’informations, un état civil… Une ancêtre dont personne ne parle.

C’est pourquoi je vais profiter du ChallengeAZ pour évoquer sa courte et douloureuse existence.

Permettez-moi de prendre partie et d'avoir de l'empathie, même si mes recherches sont sourcées.

Jeanne de SAINTE MARIE est née le mardi 29 avril 1873  dans la belle maison familiale d'Arcueil. 

Jeanne de Sainte Marie enfant
Son père Raoul Adolphe Louis Marie de SAINTE MARIE  est un riche négociant et industriel,  né le 14 novembre 1846 à Arcueil. Il est fabricant de capsules métalliques et il dirige l' usine de la Roche qu'il a acheté en 1882 au sieur Comrie ainsi que ses brevets d'invention. (cession enregistrée à la préfecture du département de la Seine- Source Gallica). 

Il s’est marié en première noce avec Marie Eugénie POURRAT née le 9 novembre 1851 à Neuilly sur seine, fille du de Colin Eustache Alfred POURRAT,  Commandant de l’Ecole Polytechnique et petite-fille de Pierre POURRAT, papetier, Député, sous préfet et Maire d’Ambert en Creuse.

Elle avait tout pour être heureuse et choyée dans une belle famille. Pourtant ses photos reflètent un air grave, triste. On ressent les souffrances intérieures de cette personne. 

Car des souffrances, elle en a connu au cours de sa courte vie.

Elle affronte tout d'abord la disparition de sa mère qui décède à ses deuxièmes couches en 1874, à l'âge de 26 ans. Jeanne, l’ainée n’avait qu'1 an. Sa petite soeur meurt le jour de sa naissance. Son père se remarie 3 années plus tard avec Laure MICHELOT.

Jeanne, après son mariage, accouche de 8 enfants dont 2 vont décéder en bas âge. Il s'agit de André décédé le lendemain de sa naissance en 1898 et de  leur fille Anne Marie qui meurt à 2 ans en 19002 d'une méningite. De ces décès, il reste une lettre de Jeanne à la dernière épouse de son père Laure MICHELOT.  La lettre date du 12 septembre 1898 et elle l'informe du décès son petit André, jumeau de François MADELIN. Voici quelques extraits forts et touchants :

" Je ne me doutais guère en t'écrivant hier que ce matin j'aurais vu mourir mon cher petit André, quelle affreuse chose ! ... Cela a été si vite fait que je me demande encore si c'est vrai... Et avec cela René qui est au loin...Je l'attends avec une triste impatience... André avait ses grands yeux fixes et une respiration pénible... Il a mal dormi...Le médecin a dit que c'était des convulsions...J'ai vu sa respiration s'en aller petit à petit jusque ce que tout soit tout à fait fini... J'étais si fière de mes cinq petits et ma seule consolation est de regarder ceux qui me restent mais le vide n'en est pas moins là" 


Jeanne de Sainte Marie à 28 ans



Elle accouche le 20 janvier 1903 de son dernier fils Antoine. 

Jeanne meurt le 11 octobre 1903 à Châteauroux, 66 avenue de Paris, à 30 ans d’une péritonite infectieuse foudroyante due à une nouvelle grossesse, extra–utérine.Elle laisse 6 orphelins.

Une triste histoire d’une vie parsemée de deuils douloureux. 

Jeanne de SAINTE MARIE est une femme de son époque, une époque les femmes ont beaucoup d'enfants,  où des enfants meurent  à la naissance ou de maladies infantiles, où les femmes accouchent chez elle et où elles décèdent trop souvent en couche.

En tant que généalogiste amateur, je m'interroge bien souvent sur la destinée humaine.Je souhaite que grâce à la généalogie et aux recherches que j’ai pu faire, Jeanne reste intemporelle.

Présomptueux non ?



Sources

Gallica

Leonore (base Légion d'honneur)
Ecole Polytechnique
Etats civils
Archives Philippe Madelin














Les archives de TOUL ont brûlé en 1939 ...


Mail des archives du 54, le 10 juin 2014

Mes recherches sur Eugène COLIN et Emilie SCHAAL sont bloquées par la disparition par le feu des Archives de Toul en 1939.

Quel dommage !



Madame,

Suite à votre courriel du 06 juin 2014, sachez que nous n’avons pas l’acte de mariage d’Eugène COLIN et Emilie Marceline Marie SCHAAL à TOUL le 21 août 1884.

Les archives de TOUL ont entièrement brûlé en 1939 et une recherche dans le peu d’archives reconstituées a été infructueuse.

Restant à votre service, je vous prie de recevoir, Madame, l’expression de mes salutations respectueuses.


Conseil général de Meurthe-et-Moselle, DIRDEVE
Hélène Say
Directeur des archives départementales
1 rue de la Monnaie - CS 75202 - 54052 Nancy Cedex
Tél. 03 83 30 90 90
Fax 03-83-37-81-11
archives54@cg54.fr          

jeudi 5 juin 2014

E comme Eugène ou Grosse Epine Généalogique

#ChallengeAZ 2014

Cher Eugène, une véritable épine généalogique !!!
Je compte sur votre aide, chers généalogistes.



Extrait d'acte de naissance de Eugène COLIN 1849


J'ai retrouvé l'acte de naissance d'Eugène COLIN dans la base Léonore de la Légion d'honneur.

Il est né le 2 septembre 1849 à Pantin en Seine Saint Denis.
Il se marie avec Emilie Marceline Marie Schaal le 24 août 1884.
Il meurt le 27 mai 1900 à Toul.

Jeune soldat appelé de la classe 1869, il suit les cours de l'Ecole militaire d'infanterie. Il effectue une carrière militaire avant de devenir Colonel Commandant du 94ème Régiment d'infanterie. Il est alors décoré comme Chevalier de la Légion d'Honneur en 1896 par le Ministre de la Guerre. 

J'apprends, dans cet acte de naissance qu'il est né à Pantin. Sa mère est Virginie COLIN et son père est inconnu. Il porte donc le nom de sa mère.  Elle est âgée de 26 ans à sa naissance et demeure à Paris rue Saint Denis n°277.

Or je ne connais pas le lieu de naissance de Virginie. J'ai cherché, cherché en vain. 

Je n'arrive pas à remonter ses origines. Voici une vraie épine généalogique. 

Si des généalogistes confirmés peuvent me conseiller, je les remercie par avance !





mercredi 4 juin 2014

D comme Desnoyers, l'ancêtre au bras coupé


Une évocation familiale : l'ancêtre au bras coupé

#Challenge AZ

Catherine Colin évoque son oncle au bras coupé. Elle garde le souvenir d'un daguerréotype (procédé photographique mis au point par Louis Daguerre)  placé au dessus de son canapé en velours moutarde chez sa grand-mère Odile Delafon-Madelin qui représentait celui qu'elle qualifiait comme un héros.





Un mystère sur son nom, son âge...
Je pars à la recherche.
Enquête généaologique et historique.

Je trouve assez vite, dans sa généalogie,  un homme qui s'est fait arracher un bras dans la bataille d'Iena.
C'est un oncle tout de même éloigné, ancêtre de la 6° génération de Catherine Colin.

L'affaire s'est déroulé en 1814 !

Comment se fait-il que cet évènement soit resté aussi présent dans l'histoire familiale ?
Nous ne saurons jamais comment se transmet la mémoire.

Sans doute François Desnoyers, l'ancêtre au bras coupé, est-il apparu comme un être d'exception.

Puisqu'il est aussi présent dans cette mémoire familiale, je décide de partir à la quête d'informations sur cet homme et faire renaître son histoire avec les éléments dont je vais disposer. Cet article est le fruit de cette démarche.

Effectivement la vie de cet homme n'est pas banale et mérite d'être retracée.

L'homme au bras coupé s'appelle François DESNOYERS.

Louis Marie François Desales DESNOYERS est né le 21 octobre 1787 et baptisé le 30 octobre de la même année  en l'église de la la Paroisse de la Commune de Neuville aux Bois dans le département du Loiret. Son père est Marie Jean François DESNOYERS, Conseiller du Roy, Procureur de son Baillage de Neuville. Sa mère est Caroline NIVET née en 1765.

Extrait acte de naissance de Louis Marie François Dessales DESNOYERS
Elève brillant  il obtient en 1806, le 2ème prix du concours général de Mathématiques en qualité d'élève du Lycée Napoléon à Paris.
Concours général de François Desnoyers

Il intègre l'Ecole Polytechnique pour devenir élève sous-lieutenant à l'Ecole d'application de Metz du 1° octobre 1808 au 27 juin 1809.

Il devient Lieutenant en second au 6ème Régiment d'Artillerie à Cheval du 27 février 1809 au 30 janvier 1812.

En 1810, j'ai retrouvé le témoignage, transcrit par Jean-François Robert, de sa participation à la guerre d'Espagne à travers une  lettre à sa mère datée de 24 avril 1810 "Mon cheval courre comme un diable après les Espagnols et ne s’effraye nullement du sifflement de leurs balles, musique qu’il entend cependant pour la première fois, ainsi que son maître ; mais quoique les gredins en veuillent bien à mon colbac, ils ne peuvent l’atteindre ! J’avoue cependant que la première fois que j’ai entendu ronfler le boulet, j’ai courbé le dos ; la deuxième fois j’ai baissé la tête et la troisième fois, je suis resté raide comme un manche à balai…"


En 1811, il est affecté à la guerre du Portugal. Voici un extrait de sa lettre écrite de Thomar (Portugal) le 2 mars 1811 à sa mère : 
"… Nous avons des privations, mais ma santé n’en ayant nullement souffert, je les ai bien oubliées, et je redoute peu celles que nous avons encore à éprouver peut-être ; d’ailleurs notre compagnie ayant toujours été à l’avant-garde, nous n’avons pas encore été des plus malheureux et nous avons perdu très peu d’hommes…" 

Il devient Lieutenant en premier du 6ème Régiment d'Artillerie à Cheval du 30 janvier 1812 au 14 février 1813.
Dans sa lettre du 1° mai 1812, il écrit à sa mère de Salamanque en Espagne: 

"J’ai, pendant cette retraite, fait un apprentissage un peu rude des fatigues de la guerre ; de bien anciens militaires disent n’avoir jamais fait de campagne plus pénible ; je n’en suis nullement las, mais tout le monde n’est pas de mon avis, sans compter ceux qui ne peuvent plus dire le leur… Mon cheval a eu le même bonheur que moi, la disette et les intempéries l’ont fait maigrir, mais il a vu la moitié de ses camarades, avec une complexion plus vigoureuse, rester pour jalonner la route. Sans doute un peu de philosophie l’a préservé des souvenirs et des inquiétudes ; il n’a pas la « maladie du pays » ; son père était anglais, ces messieurs sont, dit-on, de grands philosophes…"


Il est décoré Chevalier de la Légion d'honneur par décret impérial du 14 septembre 1813.
François Desnoyers,  Diplôme de Chevalier  de la Légion d'Honneur 

Le 16 octobre 1814,  il est blessé gravement durant la bataille de Leipzig appelée La Bataille des nations et se déroule du 16 au 19 octobre 1813. C'est la plus grande confrontation des guerres napoléoniennes et la plus grande défaite subie par Napoléon 1°.


Sur un champ de bataille très étendu (15 km de large) où les combats s'étalèrent sur 4 jours entre le 16 et le 19 octobre 1813, Napoléon assembla au final environ 190 000 hommes contre 400 000 pour la sixième coalition constituée par l'Empire russe, l'Empire autrichien, le Royaume de Prusse et le Royaume de Suède.

Il témoigne dans une lettre à sa mère :
" J’ai eu le bras cassé à un demi pouce de l’épaule à Leipzig le 16 octobre à 4 h du soir, dans une bataille la plus épouvantable que jamais hommes se soient donnée, et la vue de tant de malheureux, bien plus que moi, a sans doute été un premier motif de consolation. Je crus cependant que l’épaule était cassée et qu’il n’y avait pas de remède ; heureusement eut lieu le contraire et cette circonstance me fit regarder les paroles du premier chirurgien qui me dit qu’on allait me couper le bras, comme de vraies paroles de bénédiction. Un heureux hasard fit passer à ce moment le célèbre baron Larrey, le premier opérateur du monde. Il se chargea de ma dissection et un quart d’heure après, sans de grandes souffrances, et sans pousser un seul cri, j’ai eu le bras déboîté dans l’épaule, absolument comme le Général d’Aboville"


C'est donc au cours de cette sanglante bataille que François Desales Desnoyers eut un bras arraché par un boulet de canon.

A cette époque, une telle blessure avec ses complications signifiait à coup sûr une mort certaine, il fut cependant sauvé par le grand chirurgien Jean-Dominique Larrey qui par chance passait par là et qui l'amputa  du bras directement sur le champ de bataille.

Chirurgien Jean Dominique Larrey

Après sa blessure, il devient Capitaine en résidence fixe à la direction de l'artillerie de Cherbourg du 15 novembre 1814 au 18 octobre 1815 puis  Chef d'escadron et admis à la pension de retraite de 1600 francs le 18 octobre 1815. 

Il épouse alors Marie CécileVictoire DUCLOUX, native de Neuville aux bois, le 7 octobre 1816 à Paris et décédée le 21 octobre 1830.

Il a trois filles :

- Caroline Eugénie DESNOYERS née en 1817 à Neuville aux Bois qui épouse le 8 février 1838 Jules BONNET Avocat à Paris, ancêtre de Catherine COLIN, descendant d'une famille de grands bourgeois. 
- Louise Félicité DESNOYERS née en 1820 
- Marie Geneviève Cécile DESNOYERS née en 1827 

En tant qu'invalide de guerre, il est nommé Administrateur de l'Ecole Polytechnique et Directeur des études pendant de longues années. 
Son domicile à la retraite est le 16 rue Saint Roch Paris 3ème.
Il est décédé le 9 janvier 1846 à Paris (Seine), inhumé au Cimetière sud Montparnasse à Paris.



Voici donc retracée les péripéties de l'ancêtre au bras coupé.



Sources
Etats civils de Neuville aux Bois dans le Loiret
Archives Légion d'honneur (Base Leonore)
Archives Philippe Madelin (Journaliste)
Article de Jean-François Robert publié dans le n°11  de VPF 11/2000
Les amis du patrimoine napoléonien