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mercredi 9 octobre 2013

Photo de 1964, toute une époque

#généathème...Ma contribution 


Arlette,  Institutrice en 1964

1964

J'aime cette photographie noir et blanc datée de 1964. Elle n'est pas de bonne qualité mais le sourire du sujet principal l'illumine. Il s'agit d'une photographie prise dans une classe de cours préparatoire. 

La blouse

L'institutrice a revêtu sa blouse, boutonnée jusqu'au cou. Elle  a innové en tentant les motifs et sans doute la couleur. En qualité d'élèves, nous avons du attendre mai 68 pour obtenir la fin de l'obligation du port de la blouse à l'école. C'était, pour nous collégiens, une de nos "revendications" ! 

Le taille-crayons

L'institutrice est assise derrière son bureau de bois vernissé. A droite de la photo, le taille-crayon collectif est prêt à l'utilisation. C'est la "maîtresse" qui taille les mines des crayons de papier, à l'aide de la manivelle placée à l'arrière. Il s'agit d'éviter les dépôts de copeaux de bois au pied de des chaises des écoliers. Le réveil, tourné vers la classe, rythme le temps du travail scolaire. C'est un réveil moderne et pliable, proche de nos réveils actuels. D'autres objets sont plus insolites. Je remarque les deux bocaux; le plus petit semble contenir des graines, le plus grand, de l'eau...Servent-ils à des expériences de science naturelles ? L'institutrice tient de la main droite son stylo-plume en action, prêt à annoter les cahiers et à corriger les devoirs des enfants.  

Sérénité

Une certaine sérénité émane de cette photo. L'institutrice exprime une satisfaction, voire un bonheur d'être immortalisée dans sa fonction, à son poste de travail. Le photographe est anonyme. Une seule mention a été inscrite au dos de la photo : 1964. 

Vocation

Conservée dans les cartons, j'ai retrouvé cette photo de ma Mère. J'aime ce souvenir de son activité professionnelle qu'elle a tant aimée. Une carrière entière, de l'âge de 15 ans à 55 ans, l'a menée  de l'école normale d'instituteurs, en passant par l'école rurale, l'école primaire jusqu'à  la direction d'une école maternelle. Une vocation et le bonheur d'enseigner émanent de cette photographie de l'année 1964. Toute une époque... 

lundi 16 septembre 2013

Louis Madelin, Académicien : point de vue sur la généalogie en 1912


Extrait d'un très beau texte de Louis Madelin 
sur le clocher de Neuville aux bois

Louis Emile Marie Madelin, né le 8 mai 1871 à Neufchâteau dans les Vosges, a été élu en 1927 élu à l'Académie française. Député des Vosges, Docteur es Lettres, Historien, il a écrit de nombreux ouvrages de référence. C'est le frère de René Madelin Sosa 12, mon arrière grand-père, le fils de Amédée Madelin Sosa 24 et de Marie Félicité Bonnet Sosa 25.

En 1912, il écrivait dans le journal de la Pichardière, dans lequel les hôtes de cette maison familiale située à Neuville aux bois dans le Loiret, se sont exprimés pendant 60 ans :   
La Pichardière
Louis Madelin, dans cet extrait, évoque la généologie. Son texte est touchant. Je suis heureuse de partager avec vous les écrits de mon illustre ancêtre.

"...Je plains beaucoup et bien sincèrement les familles qui sont dans l’impossibilité de retrouver leurs racines. 

J’entends qu’on peut conserver des généalogies. Mais que cela est sec ! 

Si vous ne situez pas ces aïeux dans le décor où ils sont nés, où ils ont grandi, souffert, aimé, travaillé, prié, où ils ont vieilli et où ils sont morts ; 

Si vous ne les pouvez évoquer dans les champs, les bois, les maisons, les églises, les foyers, sous le ciel qui ne change pas, alors que tout change, vos généalogies sont des papiers bons à classer dans les cartonniers ;

Nous, nous avons une meilleure fortune que la plupart de ceux mêmes qui gardent la mémoire des bisaïeux et tris aïeux : chaque pierre, chaque arbre un peu vénérable et jusqu’à certaines mottes de terre nous rendent ces ancêtres présents malgré nous. 

Ceux dont nous connaissons les noms furent hommes de loi, presque tous soldats.

Mais il est impossible que leurs ancêtres n’aient pas été des vilains, des serfs attachés à la glèbe
Et c’est là, si paradoxale que paraisse cette affirmation, qu’est la vraie noblesse. 

Ce mot « serf attaché à la glèbe » dont les instituteurs modern style veulent faire un ferment de révolte dans le cœur de leurs élèves, je le trouve si beau. 

Il faut croire qu’ils y étaient attachés par autre chose que la contrainte puisque, libérés il y a longtemps, ils y sont restés attachés par l’amour.

Nous avons beau travailler à servir la patrie et à illustrer, dans la mesure de nos moyens, la famille à laquelle nous avons le bonheur d’appartenir, nous ne ferons jamais tant pour la France que ceux qui l’ont faite et pour la famille que ceux qui l’ont constituée. 

C’est à eux que je pense souvent et comme leurs tombes ont disparu et qu’aucun monument ne les rappelle, j’ai élu le clocher de Neuville comme leur monument. (...)"

Clocher de Neuville aux bois
Loiret

mercredi 3 juillet 2013

Les Godard : 3 générations de sabotiers


Jusqu'au début du XXème siècle, dans les campagnes, chacun portait des sabots en bois sauf les plus pauvres qui eux étaient contraints d'aller nu-pieds. Le sabotier était l'un des métiers ruraux le plus implanté en France. 
Plusieurs de mes ancêtres étaient Sabotiers. J'ai pu le constater en effectuant mes recherches pour construire mon arbre généalogique. Trois générations de sabotiers se succèdent de 1802 à 1940. J'ai pu reconstituer ce parcours des générations avec l'aide des archives numérisées du département de l'Yonne, en Bourgogne.

Mes informations de départ 
Je disposais de quelques photos de Romulus GODARD et des souvenirs de son arrière-petite-fille, ma mère.  Il était sabotier à Chailley. Il venait de la commune de Cerisiers dans l'Yonne, m'a-t-on dit. Personne n'en savait plus. Je connaissais son ancien atelier, petite maison située dans la cour de la maison familiale. Il n'y avait plus d'outil, malheureusement. Par contre le grenier regorgeait  de dizaines d'ébauches de sabots que Romulus avait creusé de ses mains, peut-être à l'aide d'une machine. On n'avait pas le droit d'y toucher. Comme si cela restait une richesse insoupçonnée. Sans doute, avait-on vu Romulus passer des heures à travailler et cette interdiction témoignait de la valeur ancienne de ces sabots en cours. Elle témoignait aussi de la fin d'une époque, celle où les habitants de Chailley et des environs portaient les fameux sabots en bois. L'importance de cette activité dans la Forêt d'othe est  soulignée par une carte affichée dans le musée communal de Saint Florentin, en cours de réhabilitation. Cette carte réalisée par M MILLOT, ancien Professeur au Collège,  indique par un petit sabot en bois, collé sur la carte,  l'existence de M GODARD, sabotier à Chailley. C'était mon aïeul. Moi qui ne l'avais pas connu, je décidais de partir à sa recherche. 

Comment m'y prendre pour aller plus loin 
J'ai bien sur commencé à chercher via le site Généanet les traces de la famille Godard. Mais pas d'informations sur Romulus. Je devais donc me plonger, au hasard, dans les archives numérisées. J'ai sélectionné la commune de "Cerisiers", et les actes de "Naissance" et j'ai parcouru les archives patiemment. Avec le risque que cette information soit totalement fantaisiste. 
Page écran archives numérisées Yonne
Registres de la commune de Cerisiers Yonne
Romulus GODARD, le dernier Sabotier de la famille
Soudain, la joie :  le nom de GODARD Romulus Casimir est apparu. Il était bien né à Cerisiers (information exacte !) le 9 mars 1854.  Ouf ! Enfin un fil à tirer pour en connaitre plus sur sa filiation. Cet acte mentionne clairement les noms de ses parents Adolphe GODARD âgé de 23 ans, demeurant au hameau des Chapelles, exerçant la profession de sabotier. Son épouse était Eléonore VELARD âgée de 22 ans, manœuvrière. Il me restait donc à remonter la piste. Je décidais de chercher la trace de ses parents dans la même commune. C'était mon hypothèse parce que à cette époque, on circulait peu. Pari réussi.
Acte de Naissance de Romulus Casimir GODARD 9 mars 1854

A la rencontre de Joseph Adolphe Prudent GODARD
Je retrouve donc la trace du père de Romulus, GODARD Joseph Adolphe Prudent, Sosa 52, né le 14/06/1830 à Fournaudin, Hameau des Chapelles,  canton de Cerisiers. Son père Joseph GODARD était lui-même "Sabottier" (orthographe utilisée) à Fournaudin commune de Cerisiers , âgé de 28 ans et sa mère Marie Colombe BADET,  sans mention de son âge.  
  
Acte de Naissance de Joseph Adolphe GODARD 14 juin 1830

Son père GODARD Joseph Jean Baptiste, le premier Sabotier de la famille Sosa 104, est né le 22/11/1802 à Boeurs-en-Othe 89. Il a été également Sabotier à Fournaudin, Hameau des Chapelles. Pour le retrouver, j'ai remonté les archives en calculant la date de naissance supposée à 1802. Problème, en 1802, nous sommes dans le calendrier révolutionnaire. Nous sommes dans le premier jour du mois de frimaire de l'an onze de la république. Une conversion était nécessaire. Merci Internet. C'est le fils de Joseph GODARD manouvrier marié à Marie Anne FONTAINE domiciliés à Boeurs-en-Othe, Hameau de la Grande Jaronnée. La lignée des sabotiers démarre donc avec Joseph Jean Baptiste GODARD. Le savoir-faire se perpétuera pendant 3 générations. 

Acte de naissance Joseph Jean Baptiste GODARD 22 novembre 1802

Le métier de sabotier a donc fait vivre trois générations. Pourtant, il a fallu associer à cette activité la profession de Cafetier pour compléter les revenus de la famille. Ou alors, on peut penser que le métier de sabotier avait rapporté suffisamment d'argent pour pouvoir s'installer dans un village rural en qualité de commerçant, installer une vraie maison, et créer une activité de Cafetier.
Etre sabotier nécessitait un savoir faire et  une  dextérité pour manier quelques outils, le bois des arbres dans le coin d'un atelier. Ce savoir-faire se transmettait de père en fils. Les sabotiers vivaient souvent à proximité des forêts pour trouver leur matière première. C’était  le  cas pour mes ancêtres qui vivaient au pied de la  Forêt d’Othe, dans l’Yonne.  

Pèlerinage aux Chapelles
Puisque mes ancêtres avaient vécu au Hameau des Chapelles, je décidais de m'y rendre. Je savais que c'était près de Cerisiers et vive Mappy pour retrouver la carte détaillée des environs. Sur une petite route blanche à 5 km de la commune, est indiqué "les Chapelles". Je vais emprunter, en haut d'une colline,  le chemin des loges évoquant les anciennes huttes de bucherons, appelées Loges . Ce chemin, devenu une petite route,  mène au hameau situé dans une forêt d'Othe désormais "mangée" par les nombreuses cultures de céréales. Des maisons de caractère rénovées cohabitent avec des   constructions neuves. Ce circuit de mémoire est émouvant. 
Sabotier dans la Forêt d'Othe
La forêt d'Othe est une vaste forêt française située entre la Champagne au nord, et la Bourgogne au sud. Le sabotier était chargé d'abattre les arbres, les débiter, les dégrossir. Le bois était celui des charmes très présents dans la forêt d’othe, au bois dur et résistant, des hêtres, des chênes, des bouleaux. Les femmes s'occupaient souvent de la finition et des décorations. Les enfants eux étaient en charge du transport et de l'entretien du feu. Il faut avoir en tête l’imposante Forêt d’Othe. 
J’ai retrouvé deux cartes postales de Fournaudin, datant de 1904. Le chemin de terre laisse circuler la charrette à travers une épaisse forêt de hêtres et de charmes. 
Arces
En Foret d'Othe d'Arces à Fournaudin CPA  1904
Fournaudin
La Forêt d'othe près de Fournaudin CPA 1910 environ
A la même époque, une carte ancienne fige pour l’éternité un bucheron de la forêt d’othe avec sa serpe et son tablier de coton. 
Bucheron de la Foret d'Othe CPA 1910 environ
Une loge de bucherons datée de 1912 témoigne de la dureté des vies dans la forêt d’othe. C’étaient sans doute les conditions de vie de mes ancêtres GODARD au XIXe siècle.
Loge de bucherons de la Forêt d'othe à Sormery Yonne CPA 1912
Au milieu du XIXème siècle, la profession évolue. La demande en sabots devient de plus en plus importante : le sabot est porté par les paysans en campagne et dans les villes également.  Les sabotiers ouvrent de plus en plus des boutiques et partagent leur temps entre bourg et bois. 
Sabotiers au travail en Bretagne

La première machine à sabots fera son apparition. Les artisans se rapprochent des bourgs, pour bientôt s'y installer à demeure, leur atelier jouxtant la loge ou la maisonnette. 
Ils ajoutent souvent à leur métier ceux de cabaretier et de barbier,ce qui sera le cas des GODARD.

Le travail du sabotier
Les grumes de bois étaient débitées en rouelles à la scie-harpon (ou passe-partout) à la longueur d'un sabot, puis fendues selon leur grosseur. 
Le creusage des ébauches
L'ébauche de la forme extérieure était obtenue à la hache à bûcher . Je me souviens très bien des ébauches entassées dans le grenier de la maison familiale, témoignant du travail de mes ancêtres.
Une ébauche réalisée par Romulus Godard - Grenier familial 


L'étape suivante se fait sur le petit établi sur lequel est fixé un grand sabre orientable, très tranchant, le paroir, avec lequel est façonné l'extérieur de la pièce. Ensuite, vient le creusage sur la coche, à l'aide de la tarière puis de diverses cuillères. Le boutoir est ensuite mis en œuvre pour former semelle et talon. Et c'est parfois l'épouse qui se charge des finitions au racloir, avant de teindre au noir de fumée, au brou de noix ou plus tard au vernis.
Sabot à bride

Avec le temps, le bridage apparaît, c'est la pose d'une bande de cuir en forme de croissant à l'avant du sabot, qui va apporter un meilleur confort à la marche. 
Ces brides pourront resservir pour plusieurs paires de sabots successives.

Sabotier et Cafetier
C’est sans doute ainsi que Joseph Adolphe Prudent GODARD est venu s’installer à Chailley, village actif à l’orée de la forêt d’othe et à 15 km de Fournaudin. Entreprenant, il crée le Café de l’Union dans la grande rue du village. Il exerce, pour compléter ses ressources, le métier de cafetier. La diligence qui relie Chailley à Saint Florentin, s’y arrête et les voyageurs peuvent s’installer devant la boutique, installée dans la maison familiale.
Son fils, Romulus GODARD, exercera sa profession de sabotier Grande Rue à Chailley dans un atelier proche de la maison familiale, que j'ai évoqué plus haut.
Sabotier
Romulus GODARD Sabotier devant son atelier en 1933
Il exercera aussi, à la suite de son père, le métier de Cafetier. 
Chailley
Romulus Godard Cafetier au Café de l'Union à Chailley Yonne
Son frère Zéphirin GODARD préféra s’exiler à Paris pour exercer le métier de Limonadier 10, rue Beaurepaire près de la gare du Nord. Il se fera inhumer dans le cimetière de Chailley dans une stèle de pierre calcaire surmontée du triangle du libre-penseur. La tradition familiale fut préservée, laïque et républicaine puisque que les deux frères portaient des prénoms républicains Zéphirin et Romulus. (un autre sujet d'article !)
Au début du XXe siècle, les scies mécaniques et les techniques nouvelles se généralisent. Les sabots vont être fabriqués en usine à la chaîne. Après la Première Guerre Mondiale, la profession décline à cause de l'exode rural et l'arrivée des galoches. Le gendre de Romulus, Alphonse Etienne BOURGOIN installera une Boucherie à côté du Café, activité qui emploiera trois nouvelles générations.

Mes ascendants généalogiques
Grace à Joseph Jean Baptiste GODARD, j'ai été en relation avec un "Cousin"généalogique sur Généanet qui m'a permis de remonter jusqu'à mon ascendant Edmé GODARD né vers 1589, décédé en 1675 à Bellechaume dans l'Yonne. Il me reste à mettre à jour le logiciel Hérédis !


vendredi 28 juin 2013

Marcel Bourgoin, Maire de Chailley - Yonne



Marcel Bourgoin
Marcel Bourgoin, Sosa 6 est né à Chailley (Yonne) le 27 mars 1905. C'est mon Grand-père. Amoureux de son village, il a travaillé à Chailley comme Boucher (je reviendrais sur ce métier) et a été élu municipal de 1944 à 1983. J'ai souhaité rendre hommage à son engagement municipal et à son mandat de Maire de la commune. Je me souvenais de lui quand, enfant, je me rendais chez mes grands-parents. Tous les matins de la semaine, il se coiffait de son chapeau noir ou gris, portait sa sacoche sous le bras et se rendait à la Mairie comme on part au travail. Il  s'installait à son bureau en bois, échangeait avec la secrétaire de mairie fidèle, ouvrait son courrier, recevait ses administrés qui savaient le trouver présent et disponible, signait les lettres, demandes et autorisations. Chaque mois, le conseil municipal  se réunissait autour de table ovale de la salle du conseil située au rez de chaussée. Mon grand père conduisait les délibérations qu'il avait préparé avec soins. Il ne souffrait guère la contestation, d'après les souvenirs des anciens. Le secrétaire de séance consignait à la main les délibérations sur le registre archivé dans la locaux de la mairie.

Comment trouver des traces ?

Mes souvenirs admiratifs de mon grand-père ne me permettaient pas de retracer son action municipale. Je me demandais donc comment j'allais m'y prendre pour retracer cette longue période d'engagement local.

Des photos
Je fouillais dans les archives qui m'avaient été confiés par ma mère. Des photographies non triées et des cartes postales anciennes. Dans les albums de ma Grand-mère Germaine Guibert-Bourgoin, de rares photos de mon grand-père dans ses fonctions municipales. De plus ou moins bonne qualité. Je pouvais les mettre de côté mais cela ne saurait me suffire.
Des témoignages
Je décidais d'interroger le souvenirs de ma tante Nicole Frochot, qui était restée au village. Elle a fouillé ses cartons dans lesquels elle avait rangé des documents d'époque : bulletins de vote, profession de foi souvent jaunis et à travers lesquels je revis les combats électoraux locaux animés.
Une vidéo
J'ai retrouvé une cassette vidéo qui avait été réalisée par mon oncle lors du décès de mon grand-père en 1991. Il avait retracé des points forts de leur vie. Quelle difficulté pour retrouver un magnétoscope, le brancher, et lire ce document fatigué. S'exprimaient quelques administrés qui évoquaient l'action de grand-père en tant qu'élu, en lui rendant hommage. C'est bref, mais le personnage se dessinait avec plus des contours plus précis.
Les registres municipaux
Je remercie la mairie de Chailley qui m'a ouvert ses registres du conseil municipal afin que je puisse relater les principales décisions prises par les conseils municipaux sous son autorité. J'ai pu plonger dans les registres reliés conseil municipal à la Mairie de Chailley. Les décisions et vote de chaque conseil sont minutieusement consignés. J'ai pu retracer les principales réalisations municipales au cours des mandats. J'ai regretté ne pas retrouver dans ces registres, les discussions ou interventions des élus qui auraient permis de donner un peu plus de caractère et de vie aux descriptions. Mais seuls les votes sont retranscrits. Je vais devoir m'appuyer sur les faits pour évoquer cette action municipale et retracer un bilan des mandats de Marcel Bourgoin, en hommage à mon grand-père.

1944 : Le début de l’engagement municipal 


Plan de Chailley en 1949
Dès l’après-guerre, par décret du 2 février 1944, des dispositions législatives imposent à chaque conseil municipal de désigner des délégués chargés de concourir à la révision de la liste électorale en vue des élections de 1945. Le 12 novembre 1944, la nouvelle municipalité de Chailley se conforme à ces obligations. Les membres de l’ancien conseil municipal sont maintenus et des nouveaux sont nommés par décret par M. le Préfet.  Les anciens sont Paul Chauvet, Casimir Combes, Léon Manigaut, Alexandre Darde, Gaston Renuzeau. Les nouveaux conseillers nommés par décret sont Georges Mulot, Marcel Bourgoin, Camille Moreau et Georges Thomas. Le Maire Paul Chauvet est installé ainsi que le premier-adjoint Casimir Combes. Georges Mulot est désigné délégué auprès de l’administration. Lors du conseil municipal du 18 mai 1945, suite aux premières élections après guerre, Paul Chauvet est réélu Maire et René Vallet, premier-adjoint. C’est donc dès 1944, que mon grand-père s’engage pleinement dans l’avenir de sa commune. La reconstruction, après ces périodes douloureuses, est difficile. Les hommes manquent à l’appel. Les familles sont décimées et pansent leurs plaies. La vie reprend ses droits et la tâche est immense. Marcel Bourgoin, enfant de Chailley, s’implique  depuis toujours dans la vie de son village. Jeune, Marcel Bourgoin est nommé conseiller municipal par Monsieur le Préfet en 1944, à la Libération, puis il est élu puis réélu sans interruption depuis 1947 en qualité d’adjoint pendant 9 ans puis en qualité de maire pendant 18 ans.

La réfection du réseau électrique
Le 26 juin 1946, le conseil municipal décide de la réfection des réseaux électriques enlevés par ordre des autorités allemandes. Il est indispensable de réparer le réseau électrique et de pourvoir à nouveau à l’éclairage des rues et places publiques de la commune. Des habitants se souviennent des lampes à pétrole et des coupures électriques nombreuses. La réparation ne suffit pas à répondre aux nouveaux besoins de la population en électricité. En 1949, la création d’un syndicat d’études est projetée, pour la modernisation électrique qui regroupe les communes environnantes. Le nom est Syndicat d’études pour la modernisation de la distribution de l’énergie électrique dans la région de Saint Florentin-Brienon. Le projet est financé en partie par souscription publique avec l’édition de 400 obligations de  5 000 francs chacune.
La bataille de l’eau potable
Un puits public à Chailley
Depuis 1938, un projet d’adduction d’eau a été déposé par l’Ingénieur Robert au nom du syndicat d’alimentation en eau potable pour la région de Saint-Florentin auquel Chailley est affilié. Mais il faut attendre février 1947 pour que Saint Florentin donne son accord de principe pour qu’une partie de l’eau de la source du Vaudevanne soit attribuée aux habitants de Chailley. Cette cession prend son effet en 1949 et permet à Chailley de disposer d’1/5° de la source soit les 100 premiers m3Le conseil municipal du 6 juillet 1945 constate les fuites considérables s’étant produites dans les fontaines alimentant la population de Chailley en eau. Les puits publics sont en mauvais état et la qualité de l’eau potable est dangereuse pour l’hygiène.
Un long processus s’enclenche pour gagner la bataille de l’eau. Certains habitants de Chailley se souviennent encore de l’époque où, enfants, ils vont chercher l’eau au puits. L’eau courante arrive dans les maisons. Les corvées ménagères s’allègent. Le confort gagne le village. On est en 1953.

L’hommage aux morts de la guerre

Le 6 février 1947, le conseil municipal décide de faire graver sur le monument aux morts le nom des victimes de la guerre. Les noms de Lespagnol Félix, décédé, Cormeau Lucien et Bourgoin Henri fusillés, Chambrelan Raymond mort en déportation, Roland Butteau engagé volontaire sont les noms proposés. 

1959 : Elu Maire Adjoint

Le 12 février 1959, Marcel Bourgoin, alors simple Conseiller municipal, est élu  1er adjoint au Maire Gaston Renuzeau. 

14 mars 1965 : Marcel Bourgoin est élu Maire 


Profession de foi élections de 1965

Les réalisations communales du Maire Marcel Bourgoin 1965-1983


Aux élections du 14 mars 1965, Marcel Bourgoin présente sa liste intitulée « Liste de rénovation municipale et de progrès économique et social ». Il trace les lignes de son futur mandat. « Nous avons accepté de solliciter vos suffrages… dans le but d’œuvrer efficacement pour que notre Chère Commune soit de plus en plus prospère, que l’entretien des bâtiments collectifs, de nos écoles, de nos routes et de nos chemins soit meilleur. Il y a en outre des initiatives à prendre. A cet égard, dans le cadre de la décentralisation industrielle, nous pourrons sans doute provoquer l’installation d’une petite usine qui animerait l’économie locale, ferait prospérer notre commerce et augmenterait les ressources de la Commune par la taxe locale…Tous nos efforts porteront sur la bonne administration, la bonne gestion des affaires communales, pour le bien de tous les Chaillotins ». 

Assainissement - Trottoirs
Le premier dossier qu’il traite est celui de l’assainissement de la commune. Le besoin se fait sentir de compléter l’équipement de Chailley et du Vaudevanne par un réseau d’égouts. Le service du génie rural des eaux et forêts procède, à la  demande du conseil municipal, à l’étude d’un avant-projet général d’assainissement.  C’est en 1969 que démarre ce projet qui aboutit en 1979. Cet assainissement est suivi de la création quelques années plus tard des trottoirs et de l’évacuation des eaux pluviales.
Rénovation des bâtiments communaux
Les bâtiments communaux sont rénovés, comme il l’avait promis. En 1970, débute la rénovation de la Mairie, conduite par l’Architecte Louis Colin d’Auxerre. C’est la période des grands travaux dans la commune.
Ecoles du Bourg
Marcel Bourgoin sait que la vitalité du village implique le maintien puis le développement des écoles. Il s’investit pleinement dans ce chantier qui lui tient à cœur. Les deux écoles du Bourg connaissent des gros travaux de réhabilitation. Les travaux s’élèvent à la somme de 9 852 francs. En 1973, la classe enfantine qui devient l’école maternelle est installée au centre du village ;  en 1975 est créé un poste à temps partiel d’agent municipal pour aider l’institutrice.
Développement industriel
L’entreprise La Chaillotine prend de l’expansion et emploie de plus en plus d’ouvriers à Chailley. En 1970, le conseil municipal donne un avis favorable à la demande d’extension de l’entreprise et de l’implantation de la société Les traiteurs bourguignons. La zone industrielle de Chailley est lancée.
Desserte téléphonique
En 1979, la desserte téléphonique de la commune, prévue en 1977 est terminée.
Constructions
Du fait du développement de l’entreprise locale, la demande de logements s’accroît. C’est pour cette raison que le conseil municipal autorise en 1973 la construction de pavillons individuels sur une parcelle de 2 ha 50 sur le chemin des rompies. L’avant projet est la construction de 20 logements HLM sur deux tours de 3 niveaux. Heureusement c’est le projet de pavillons qui est retenu. Chailley connaît son premier lotissement.
Bulletin de vote Elections municipales de 1971
Association de communes
Fort du développement de sa commune, Marcel Bourgoin pense que des communes associées pèsent davantage vis-à-vis des instances départementales. Il est le précurseur des communautés de communes connues de nos jours.   Il impulse un projet d’association entre les deux communes de Chailley et de Turny. En 1974, une demande de fusion est déposée auprès du Préfet. Elle est acceptée et le conseil municipal comprend 13 élus, 6 pour Chailley et 7 pour Turny.Toutefois, L’association ne dure que 4 ans. Turny souhaite reprendre son autonomie. Une pétition des habitants est envoyée aux pouvoirs publics. Le Préfet décide le 19 décembre 1978, la séparation des deux communes associées et le conseil municipal est dissout le 31 décembre 1978. De nouvelles élections se déroulent les 11 et 18  février 1979. Le nouveau conseil municipal se compose de Marcel Bourgoin, Willy Deketelaere, Suzanne Brière, Etienne Frochot, Marcel Félix, Henri Laperche, Jean Cyganko, Charles Marty, Jean Paul Chartron, Anne Marie Allot, Pierre Dumoulin, Bernadette Tomaszewski. Marcel est réélu Maire.
Activités sportives
Le conseil municipal, sous l’égide de son Maire, subventionne les activités sportives de la commune. C’est ainsi qu’en 1971, les procès-verbaux de la Mairie indiquent que le conseil municipal décide d’accorder une somme de 1 200 francs à la section cycliste de l’entente sportive florentinoise pour l’organisation de deux courses cyclistes prévues à l’occasion de la fête patronale du 25 juillet 1971. En 1975, Chailley accueille le passage du Tour de France. La subvention pour cet événement est de 500 francs. Avant la fin de son mandat de Maire, sont créés un terrain de football à l’entrée du village et un terrain de tennis près du cimetière.
Personnes âgées
La commune accueille des résidents permanents mais aussi des retraités de la région parisienne de plus en plus nombreux. Marcel Bourgoin est à l’initiative de la construction d’un équipement destiné aux ainés. Une salle est édifiée. Des rencontres, repas, tournois de jeux de société, etc... sont organisés. Elle est gérée par l’association «Les Colchiques» dont mon grand-père devient le premier Président.
Bibliothèque
Le conseil municipal met à la disposition de la bibliothèque une classe préfabriquée à partir de 1979. La bibliothèque est installée dans ses locaux actuels lors du mandat suivant.
Combats municipaux
La vie municipale est active à Chailley. Les opposants sont regroupés autour de M. Charbonnier. Il présente à chaque élection une liste d’opposition. Les campagnes électorales sont parfois virulentes. En 1971, André Charbonnier est élu conseiller municipal. Il obtient 5 voix pour sa candidature de Maire. Marcel avec 7 voix est réélu Maire. Le conseil municipal est partagé. Il se compose de Willy Deketelaere élu premier-adjoint, André Charbonnier, Marcel Félix, Jacques Renuzeau, Germain Leloup, Charles Marty, Guy Jalouzeau, Raymond Grellat, Gabriel Compagnon, Etienne Frochot et Louis Charton. Etienne Frochot est nommé responsable de la commission des bâtiments communaux et de la commission des eaux.
 
Mairie de Chailley
1983 : A la fin de sa mandature,  après 39 ans d’engagement municipal,
Il écrit une lettre aux électeurs et électrices
  Avec mes collègues du conseil municipal, je me suis efforcé, dans la mesure de mes moyens, d’améliorer le patrimoine communal : logements sociaux, réseaux d’eaux et d’assainissement, écoles, bâtiments communaux, trottoirs…etc. Le montant de vos impôts est nettement moins élevé que dans de nombreuses communes environnantes. Il est vrai que nous sommes aidés par l’usine alimentaire qui supporte 60 % de l’imposition totale. Ne demandant pas le renouvellement de mon mandat (il y a un âge où il faut être raisonnable) je souhaite que vous apportiez vos voix et toute votre confiance à la liste d’entente municipale qui se présente à vous. 
Je resterai toujours tant que je le pourrai, à votre disposition. 
Vive Chailley     Le Maire sortant 

Témoignages

Etienne Frochot, Conseiller municipal : «  C’était un homme à qui on faisait confiance. On le sentait capable de gérer une commune. Il avait bien géré sa petite affaire…Il était capable de diriger les autres….Marcel, c’était l’homme de confiance de la commune »
Mme Laperche, Secrétaire de mairie de 1966 à 1978 «  Il a fait faire un grand pas en avant à la commune »
M Pourrain, Conseiller général : «  C’était un homme mesuré mais qui ne restait pas en arrière. Il n’avait pas peur de faire les investissements qui convenaient pour sa commune puisse évoluer et les gens puissent vivre avec leur temps. C’est un des signes caractéristiques de Marcel Bourgoin »
Véronique Battut-Bourgoin, sa petite fille « Je le vois s’habiller avec soin, visser son chapeau sur sa tête, porter son sac en cuir sous le bras et descendre chaque jour à la mairie. Il prend à cœur sa fonction. Les habitants viennent à des heures impromptues pour le voir. Il est toujours disponible. Les appels téléphoniques sonnent à toute heure. Ma grand-mère répond souvent. Les disputes de voisinage, les inondations, les feux de broussailles tout est traité par le premier magistrat de la ville.  Je me souviens de cet appel téléphonique en pleine nuit. Un habitant menace de tirer sur tout le monde, enfermé dans sa maison.  C’est la panique. Mon grand père se rend sur place, la nuit, appelle les pompiers volontaires et ne revient qu’au petit matin épuisé. L’affaire a trouvée une issue positive. Le forcené a cessé son chantage. Ma grand-mère et moi avons eu tout de même très peur. Je me souviens  de son bonheur d’assumer cette fonction, de se sentir utile pour son village. Il est attentif à chacun, disponible, représente de façon efficace sa commune. Pendant ses mandats successifs, il a le souci de préserver et l’ambition d’améliorer le patrimoine communal. »