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lundi 8 juin 2015

G comme GOULVIN Maréchal-Ferrant


Mon voisin et ami Régis GOULVIN vient me voir avec des registres comptables de son grand-père qui était Maréchal-Ferrand dans le village du Fays. Il me raconte ses souvenirs d'enfant et aimerait en savoir plus sur sa famille. 

Livres de compte des GOULVIN-GOBRY, Maréchal-Ferrand au Fays

Jules Léon GOULVIN est l’arrière-grand-père de Régis.  Il sait qu'il est né à Coulours.
Me voici partie à la recherche des actes numérisés et je trouve un Jules GOULVIN,  né le 18 mars 1875 à Coulours. Il est indiqué que son père Pierre GOULVIN est déjà Maréchal à Coulours.  
Acte de naissance de Jules Goulvin à Coulours 89




J'ai de la chance car sur l'acte de naissance est mentionné la date de son mariage le 25 avril 1900, avec Hortense Gobry née en 1879 à Turny.

Voici son acte de mariage


Acte de mariage Jules Goulvin et Hortense Gobry à Turny Yonne


Une photo de son mariage est prise en 1920, devant la maison familiale située Grande rue au Fays (actuelle rue des puits) m'est confiée par son petit-fils Régis qui s'est plongé dans tous ses cartons,  motivé par ces premières recherches. C'est une bien belle découverte que cette jolie photo de famille. Elle est en très bon état et tous les participants se présentent sous leur meilleur jour. Incroyable cette photo est prise devant la maison familiale que Régis habite aujourd'hui. Quelques larmes sont vite essuyées de ses yeux quand il m'apporte cette relique.

Photo de Mariage GOULVIN-GOBRY 1920


Jules GOULVIN
Hortense GOBRY

Je découvre les visages des grands-parents et arrières grand-parents de Régis et mes recherches prennent chair.

J'ai trouvé trace, dans le recensement de 1911 du hameau, le nom de Désiré GOBRY, Maréchal. Jules va donc s'installer au Fays où il exercera son métier avec son beau-père. Régis se souvient que sa fonction principale est de ferrer les chevaux. Il prépare aussi le ferrage des roues des charrettes et fabrique des outils en métal sur sa forge. Le père d’Hortense, Désiré GOBRY est donc lui aussi maréchal-ferrant domicilié au Fays, comme le confirme cet extrait de papier journal tiré des archives de Régis. 


M. GOBRY exerce également le métier de Taillandier comme l’indique une lettre qui est adressée avec une facture de son fournisseur en date de 1910. 


Le Taillandier est un forgeron spécialisé dans la confection des outils tranchants consistant à fabriquer des ciseaux, cisailles, haches...

Livre de comptes 1905...Belle écriture

Comme quoi, les cartons rangés dans les greniers, les caves, les granges recèlent des trésors de famille ! Et des émotions oubliées qui ressurgissent !





mercredi 18 juin 2014

N comme Nourrices en 1787

#ChallengeAZ

Il est  surprenant de constater que, dans les registres de décès de mon village de Turny dans l'Yonne, le nombre d'enfants décédés jeunes et placés en Nourrice est très nombreux.

Des artisans ou de marchands de la capitale placent leur bébé à la campagne.

Je ne connais pas la raison de ces placements : manque de place dans l'habitation, horaires difficiles du travail, souhait de donner une bonne alimentation à leur enfant, placement dans une campagne saine et verdoyante ? ...

J'imagine plusieurs raisons, mais je ne sais laquelle privilégier.

Les nourrices de Turny, hameau de 500 habitants situé dans l'Yonne en Bourgogne, a accueilli de nombreux enfants de Paris. Combien ? Nous ne saurons sans doute jamais car seuls sont recensés ceux qui sont décédés dans la commune.
                                                       
Au 18ème siècle,  un grand nombre d' enfants sont malheureusement morts en bas âge. La mortalité infantile est très importante puisqu'un enfant sur quatre meurt avant d'atteindre l'âge d'1 an.

Le Curé de Turny a noté de façon méthodique les noms, les métiers des parents, ainsi que le nom des nourrices.

Pour exemple, j'ai choisi l'acte de décès intitulé "Mortuaire d'enfant de Paris " daté du 5 octobre 1787


Acte état civil Mortuaire d'enfant de Paris à Turny en 1787

Je déchiffre, malgré mes difficultés dans la lecture de certains actes,  les termes suivants :

" Le jour du 5 octobre 1787 a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse par moi Curé soussigné, le corps de Jean Jacques fils de François  Verrineur et de Marguerite Prévôt ses père et mère demeurant à Paris rue de la Roquette faubourg saint Antoine Maison du Marchand de vin ... confié aux soins de Marie Anne Dubois femme de feu Pierre Dubois, nourrice ... âgé de 5 mois et demi environ. L'inhumation s'est faite en présence de sa nourrice qui a déclaré savoir signer et d'Edme Augustin Beau étudiant qui a signé avec nous. "

Je constate que les parents ne sont pas présents à l'inhumation. Le placement est-il une sorte d'abandon, n'ont-ils pas les moyens financiers de se rendre sur place, ou  n'ont-ils été informés que plus tard ? Je ne peux faire que des suppositions.

Notre petit Jean Jacques, mort à 5 mois, n'est pas le seul nourrisson placé à la campagne à cette époque.

Paul Vasseur, dans son ouvrage Protection de l'enfance du 4° au 20° siècle,  rapporte que en 1780 sur 21 000 enfants qui naissent annuellement à Paris, 19 000 sont envoyés en nourrice. Si ces chiffres sont vérifiés, c'est un véritable phénomène de société.

C'est ainsi qu'une économie locale en Bourgogne, se développe :  celle des nourrices "sur place" qui nourrissent de leur lait les bébés et élèvent les enfants de la ville parfois pendant plusieurs années. Ces nourrices apportent un complément de revenu à la famille. Ce "travail" c'est aussi celui des recruteurs appelés "meneurs" qui  convoient les nourrissons dans leurs allers et retours, apportent des nouvelles des enfants aux parents.

Pour tenter de moraliser et réglementer cette activité, en 1781, le code des nourrices est publié.









 






lundi 9 juin 2014

I comme Institutrice



#challengeAZ

Institutrice, la vocation de ma mère

Arlette Bourgoin, ma mère à 18 ans (1953)

Ma mère, Arlette BOURGOIN, a toujours rêvée d’être Institutrice. Née en 1935 dans un petit village de l’Yonne en Bourgogne,  elle est une bonne élève. Enfant, elle rassemble tous ses cousins pour jouer à la maîtresse et elle a déjà une autorité naturelle. C’est tout naturellement qu’elle poursuit ses études au cours complémentaire d’Auxerre et qu’elle se présente, à la fin de la troisième,  au concours d’entrée et réussir son intégration à l’école normale d’Auxerre.

Elle intègre la promotion de l’école normale de 1951 à 1955. La devise en est « l’ardeur fera notre réussite ». C’est le passage obligé pour devenir Institutrice.

Les écoles normales  sont construites comme des « châteaux du savoir » avec des bâtiments solides, une cour, un parc. La discipline est rigoureuse. Entrer dans une école normale s’apparente à une entrée dans les « ordres ».    


Ecole normale d'institutrice d'Auxerre en 1950

C’est l’internat. Une école rigide. Des cours stricts. Un uniforme.  Le jeudi après midi, les normaliennes ont le droit de sortir en ville, rangée en rang et encadrées par leurs surveillantes ; Pas question de croiser le regard d’un garçon.

L’école normale veut donner le même bagage culturel et pédagogique aux instituteurs pour que les enfants aient tous le droit à la même éducation. Cette unification, cette « normalisation » permet à tous les élèves de bénéficier des mêmes chances.
Charles Péguy en 1890 décrit ces instituteurs comme les « hussards noirs de la république ».

Les normaliennes vivent dans un quotidien austère. Il en est presque militaire. Promenade surveillée le jeudi après midi,  et sortie libre uniquement le dimanche. L’école normale d’Auxerre de filles est dirigée par Mme Santucci. Avec son comportement d’abbesse, elle fait en sorte que son établissement ressemble à un monastère laïque. Tenue de rigueur à l’intérieur mais aussi à l’extérieur. Toute jupe trop courte est prohibée. Les sorties des normaliennes dans les rues d’Auxerre, en rangs bien ordonnés, sont accompagnées et surveillées par leur professeur. Recommandation est faite de ne pas regarder les normaliens si on les croise et de baisser les yeux.

L’emploi du temps d’une élève normalienne est celui ci : lever à 6h, étude pendant une heure, petit déjeuner et ménage jusqu’à 8h. Cours de 8h à 12h, déjeuner, récréation. Cours de 14h à 17h, goûter avec études de 17h à 19h, diner puis étude du soir de 20h à 21h. Les principales matières enseignées sont les lettres avec la grammaire, l’orthographe, la connaissance en littérature, les rédactions et compositions; L’histoire et la géographie; les sciences avec les mathématiques, l’arithmétique et la géométrie; Le dessin et la musique; Le sport; La pédagogie, avec l’éducation à l’hygiène et à l’économie domestique. Les élèves Maîtres passent un examen chaque trimestre qui donne lieu à un classement dans chaque promotion.

Après 21h,  les normaliennes s'installent pour leur nuit dans leurs grands dortoirs.  Les lits sont serrés, peu d'intimité est autorisée, le calme requis et le chauffage est assuré par des poêles au charbon comme dans les classes de cette époque. Cela n'empêche pas nos normaliennes d'Auxerre se prendre en photo en cachette dans le dortoir. De ces photos volées, de ces moments de joie, ma mère en a toujours gardé la trace. 

Dortoir de l'école normale d'Auxerre en 1952



L' école normale d’Institutrice est strictement séparée de l’école normale de garçons. Il faut donc des trésors d’ingéniosité pour que futurs instituteurs et institutrices se rencontrent. Le premier mai était organisé une rencontre dans la campagne environnante pour un pique nique. En mai 1952, la promotion 1950-1954 des garçons rencontre celle des filles 1951-1955 à laquelle appartient Arlette. C’est alors que mes parents se rencontrent pour la première fois.

A la fin de leurs études, le précieux Certificat d’aptitude pédagogique leur est délivré par l’Inspecteur d’Académie qui leur donne le droit d’enseigner dans les écoles primaires.

Le 7 juillet 1953, Arlette devient titulaire du baccalauréat de l’enseignement secondaire Première Partie série Moderne devant la faculté des sciences de l’université de Dijon. L’année suivante en 1954 elle obtient le baccalauréat sciences expérimentales.

Le 30 décembre 1955, l’inspecteur d’Académie de Dijon, en résidence à Auxerre, lui délivre le Certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement dans les écoles primaires.


Certificat d'aptitude pédagogique 1955



C’est donc en octobre 1955, qu’Arlette débute enfin son métier d’Institutrice.  Elle est affectée, pour son premier poste à l’école primaire de Festigny dans l’Yonne. Elle a 20 ans. D’abord stagiaire, elle devient titulaire le 01 janvier 1956.

Mon père Jean Battut est nommé à Clamecy dans la Nièvre qui n’est distant que de 15 kilomètres ce qui leur permet de se retrouver les jeudis et dimanche. Ma mère conduit sa vespa et retourne à son école le soir avec le même véhicule. En avril 1955, ils se marient et obtiennent un poste double à l’école primaire de Courcelles dans la Nièvre.


Mes parents en Vespa -1955


A partir de septembre 1956, Jean et Arlette Battut exercent à l’école de Courcelles, dans la Nièvre. Le village rural est situé à 13 km de Clamecy. Le bourg est édifié sur les dernières pentes du coteau. L’habitat est dispersé et se sépare entre le bourg et le hameau de Chivres . L’école est bâtie entre les deux villages et regroupe 42 élèves et 2 classes : celle des grands dédiée à mon père et celle des petits affectée à ma mère.

Arlette et Jean, jeunes Instituteurs  dans la cour de l'école de Courcelles en 1955


En décembre 1956, je vais naître dans cette région isolée du Nivernais. J'aime bien dire que je suis née dans une école. Je reste fidèle à cette école laïque, lieu de connaissance et d’émancipation. Tirer le meilleur de tous et des plus faibles. Donner à chacun sa chance. Porter les valeurs de la République. Je rends hommage à mes parents et ces fameux hussards de la république qui ont permis à tous l’accès à l’école, avant que les transports en commun permettent les regroupements dans les villes.

Je termine cette évocation de l’Institutrice rurale de cette époque en vous livrant le témoignage affectueux d’une ancienne élève de ma mère qui me l’a adressé par mail, peu après son décès. Croyez vous que de nos jours une ancienne élève, 50 ans après, témoignerait ainsi de son ancienne Institutrice ?

Témoignage d’une ancienne élève d’Arlette – mail de 2010 -
« Je suis une ancienne élève" des Battut" ! Votre maman m'a appris à lire avec "Poucet et son ami l'écureuil" !! 7 mois avant j'arrivais de mon Italie natale et cette découverte a été un grand bonheur ! Je me souviens de votre naissance qui intriguait beaucoup les petits que nous étions, nous avions la consigne de ne pas faire de bruit à la récréation pour ne pas vous réveiller et un jour votre maman a ouvert le rideau de la chambre qui donnait sur la cour pour que nous puissions vous admirer , que de souvenirs datant de plus d'un demi-siècle!! Je garde cette  image  de votre maman , jolie ( très) les yeux bleus et très douce , elle savait mettre en valeur chacun de nous; par exemple Félicité  qui arrivait d'Espagne , elle était plus âgée que les autres enfants de la classe , avait des difficultés à se mettre à niveau mais  votre maman lui mettait toujours un" bon point " pour la frise qu'elle dessinait dans ses cahiers , et moi, eh bien,  je trouvais ça injuste car elle ne savait pas bien lire !! Mon amie Martine qui était dans la même classe que moi  a connu votre maman ensuite comme enseignante et la retrouvait lors de réunions pédagogiques , elle m'en a parlé avec chaleur . C'était l'heureux temps des écoles de campagnes »
Liliane Perret, ancienne élève d’Arlette Battut née Bourgoin.


Sources
Collection personnelle photographies et cartes postales
Témoignages



vendredi 6 juin 2014

F comme Frochot, Ferblantier

#Challenge AZ 2014


FROCHOT Louis Ernest, Profession FERBLANTIER

Louis Ernest FROCHOT

Louis Ernest FROCHOT, mon ancêtre par alliance, est né le 4 juillet 1877 à Grancey-le-Château en Côte d'or en Bourgogne. Son père François FROCHOT, né le 21 janvier 1841 à Selongey en Côte d'or, exerce le métier de FERBLANTIER. Sa mère Jeanne Marie CAILLET est née le 26 mai 1842 dans le même village.

Acte de naissance de Louis Ernest FROCHOT 1877


Le FERBLANTIER est celui qui fabrique ou qui vend des outils ou ustensiles en fer blanc comme des casseroles, bassines, lanternes... C'est une appellation qui proviendrait de fer-blanc c'est à dire un acier recouvert d'une fine couche d'étain.

Louis suit les traces de son père. Après un apprentissage dans un tour de France, il demeure à Chailley avec sa mère, où il travaille comme Ferblantier, son père étant décédé.  Il se marie à 24 ans, le 9 juillet 1901 à Chailley avec Rose Marie Victoire GABUET, 22 ans,  née le  2 mai 1879 à Chailley où elle demeure avec ses parents, Georges GABUET, Boulanger et Marie Sidonie VIE.

Il s'installe définitivement dans ce village de l'Yonne, Chailley avec sa famille, son fils Henri, l'aîné, né en 1904 à Chailley qui prendra sa succession et ses filles Suzanne et Germaine.

Trés entreprenant, il installe un beau magasin à son nom, 57 grande rue, dont il nous reste un cliché de 1930.


Magasin Louis FROCHOT à Chailley - Yonne 1930


En 1913, la Mairie lui confie la fabrication du beffroi municipal en zing qui orne toujours l'hôtel de ville.  Il a reçu la cloche commandée à un Maitre horloger du Jura en vue sonner l'heure de la République en lieu et place de l'église.

Le beffroi en zing de la Mairie de Chailley fabriqué par  Louis FROCHOT

Son affaire se développe. Il imprime du papier à son entête.
 
Papier à entête de l'entreprise Louis FROCHOT en 1935

Il fabrique des pompes à eau, des cuves, et vend aussi des articles de ménage en éclairage, chauffage, et même des machines à laver...


Pompe électrique de Louis Frochot avec son fils Henri







Cuve d'eau réalisée par Louis Frochot

Louis FROCHOT a réussi et la famille est relativement aisée, en témoigne la photo de la cour de sa maison avec ses 3 enfants.

Louis Frochot en famille

En 1938, il installe le téléphone qui porte le numéro 5  et possède une belle Renault 6 CV, de type NN, voiture qui lui fut prise par les Allemands le 17 juin 1940, est-il noté sur son récépissé de déclaration des automobiles.


 
Certificat véhicule en 1938 Renault 6 CV NN



Renault NN 1930



Son fils Henri, né en 1903, continuera à fabriquer à la main girouettes, marquises, gouttières, réservoirs de récupération d'eau. Il deviendra ferblantier lui aussi puis plombier et reprendra le magasin de son père. Il ferme le magasin à sa retraite car les villes attirent les clients. Il transmet la clientèle à son fils Etienne FROCHOT, mon oncle, qui exerce toute sa vie comme un plombier de qualité et reconnu dans le même village.

Louis fait partie d'une véritable "dynastie" de 4 générations de Ferblantiers-plombiers.

J'ai beaucoup de respect pour ces savoirs et savoirs-faire transmis de générations en générations. J'ai la fierté de rendre honneur à Louis FROCHOT.



Sources
Archives personnelles de Etienne FROCHOT, son petit-fils
Etat civil de Côte d'or
Etat civil de l'Yonne









mardi 19 novembre 2013

Un siècle de bouchers



A travers les archives et photographies familiales, j'ai pu retracer le parcours professionnel de Marcel Bourgoin, mon grand-père. 


Mes ancêtres maternels ont exercé la profession de Boucher pendant 3 générations, dans le même village de Bourgogne, Chailley dans l'Yonne. La tradition a débuté en 1909, avec Alphonse, mon arrière grand-père, et a pris fin avec Gérard, son petit-fils, en 2000. A travers cette histoire de générations durant un siècle, nous suivons l'évolution d'un métier, de l'artisanat de proximité à l'industrie internationale.

Alphonse Bourgoin, le pionnier en 1909

Le pionnier c'est Alphonse, Etienne Bourgoin.  Né le 29 novembre 1876, il est originaire du village de Saint-Julien du Sault dans l’Yonne. 

Acte de naissance d'Alphonse Bourgoin en 1876

Il est le deuxième d'une fratrie de 4 garçons et 1 fille. Son père Etienne est vigneron greffeur. Son grand-père Etienne est cultivateur. Alphonse, l'aîné des garçons, n'hésite pas à quitter la maison familiale pour se rendre à Chailley, village animé de 800 habitants,  situé à  31 kilomètres. 


Distance entre Saint Julien du Sault et Chailley- Yonne



En ce début de siècle, Chailley abrite encore 3 fonds de boucherie. Alphonse  fait son apprentissage dans l'un d'entre eux. Il est peu de métiers plus anciens que celui de boucher, et il en est aussi très peu qui aient donné lieu à de plus nombreux règlements, dans l’intérêt surtout de la santé publique. En France, à l’origine et même assez loin dans le Moyen Age, il ne fut exercé que par un petit nombre de personnes, ou même seulement par quelques familles où les fils succédaient aux pères. Alphonse ne succède pas à son père. Il se lance dans un métier tout neuf pour lui.


Alphonse Bourgoin en 1914
Cette photo datée de 1914 met en scène Alphonse, âgé de 38 ans,  placé à gauche de l'image, cigarette à la bouche, sabots en bois aux pieds. Il vient d'abattre, avec ses deux collègues, un boeuf qui sera dépecé, préparé, et vendu aux clients. Qu'ils ont l'air fiers de leur travail ! Le fendoir, sorte de hache placée sur la bête est impressionnante. A cette époque, le boucher choisit ses viandes sur pied, dans des foires aux bestiaux ou directement dans les fermes. Il les transporte vivants dans dans son abattoir situé à l'arrière de son magasin,  les abat, les découpe, les stocke. Il vend cette viande à ses clients.
Berthe Godard ép. Bourgoin

En 1914, Alphonse dirige sa propre boucherie située Grande rue à Chailley. En effet, c'est dès 1909 que, Alphonse, entreprenant décide de s'installer à son compte. Soit 6 ans après son mariage le 2 mars 1903 avec Berthe Elmire Godard, la fille du sabotier et du cafetier du village Romulus Godard. Alphonse a 26 ans, Berthe seulement 17 ans.






La Boucherie en 1915

Romulus installe sa fille et son mari dans un espace à côté du café. Ainsi s'ouvre la boucherie Bourgoin qui va connaitre une prospérité certaine. Derrière le magasin, dans un grange de la maison familiale, est créé un abattoir, vaste espace dédié à l'abattage des bêtes et à leur dépeçage (Voir photo ci-dessus). 

La boucherie Bourgoin en 1915

J'aime cette jolie photo de 1915. Alphonse, Berthe et leur fils Marcel enfant,  posent devant leur boucherie qui jouxte le café de Romulus Godard, leur père et beau-père qui sert les clients installés à l'extérieur. D'après les écrits, l'installation se serait faite en juillet 1915. C'est peu après son mariage, que Berthe accouche de son premier enfant Marcel Bourgoin, mon grand-père. Elle est âgé de 19 ans. Sa soeur Martine nait le 24 avril 1911. En 1915, elle accouche d'un enfant sans vie.



Boucherie Bourgoin à Chailley vers 1930
Quelques années plus tard, en 1930, la famille se laisse photographier devant la belle boucherie Bourgoin. Berthe Godard se tient sur la plus haute marche, Alphonse à sa gauche et Martine sa fille à sa droite. La boucherie est pimpante avec ses grilles blanches et ses rideaux que l'on tire en cas de chaleur. Il n'y a pas encore de vitrine réfrigérée. La ventilation dans un local frais est une manière empirique de conserver la viande. Mais cela nécessite de bien traiter l'animal et sa carcasse, en évitant les souillures lors des opérations de dépouille, d'éviscération et de découpe. Le fils Marcel, suit sa scolarité à l'école primaire de Chailley avant de rejoindre, après son certificat d'études, la boucherie familiale. Le CAP de boucher n'est créé qu'en 1920. Son père lui apprend donc le métier. Il travaille aux côtés de son père avant de  prendre sa suite.

Marcel Bourgoin, la deuxième génération en 1933


Alphonse décède brutalement à l'âge de 57 ans. Le fils Marcel devient le patron de la boucherie en 1933 . Il est âgé de 28 ans. L'année suivante, il épouse à Auxerre, Germaine Guibert qui le rejoindra à Chailley et tiendra la boucherie avec lui. Un an plus tard, en 1935,  le couple donne naissance à leur fille Arlette, ma mère. Marcel est soudain projeté dans la vie d'adulte et de chef de famille. 
Boucherie Bourgoin 1936
Marcel et Germaine
Il s'acharne au travail et transforme la boucherie de son père en un commerce prospère. Lui aussi, choisit ses animaux sur pied, les transporte, les abat, les découpe et vend la viande à ses clients. La commune ne compte plus que deux bouchers concurrents mais la boutique est pleine. Les journées sont longues. Il se rend, tous les 15 jours,  aux Halles à  Paris  acheter des bovins de qualité, qu'il transporte à l'aide de la camionnette de l'épicier, son ami. Pour répondre à la demande croissante, Il élève des animaux dans ses prés ou les sélectionne dans les fermes environnantes. Il travaille ainsi jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Je raconte cette période dans un autre article du blog. Il sera fait prisonnier, libéré, dénoncé puis caché sous une fausse identité jusqu'à la libération. Après la guerre, il élève ses deux enfants et les 3 enfants de sa soeur, veuve de guerre. Il se trouve contraint à développer son affaire pour assurer la survie de toute la famille. Il n'hésite pas à diversifier ses activités avec l'aide de son épouse Germaine.

Marchand de bestiaux

A cette époque, le boucher de village va chercher ses bêtes dans les fermes des alentours, les abat lui même, les découpe pour les vendre à la boutique ou en tournée en passant de village en village.

Carte d'acheteur 1949

L'abattoir

Pour évoquer l'abattoir, j'ai fait appel à mes souvenirs de petite fille. Ne lisez ces lignes que si vous avez le coeur bien accroché !

"Je me souviens de l’arrivée du porc ou du bœuf dans l’abattoir, ouvert sur la cour. Le porc hurle comme s’il savait sa dernière heure arrivée. Le bœuf ne veut pas sortir du camion. Pourtant le scénario est immuable. Le veau est attaché vivant par les pieds arrières et levé en haut d’une poulie. D’un coup sec il est égorgé et son sang chaud est recueilli dans une bassine. Très rapidement ses viscères s’amoncèlent sur le sol. Toutes les parties vont servir à la boucherie et à la charcuterie. Rien n’est perdu. Le grand frigo installé à côté garde la qualité de la viande. Si pour le porc, les cris raisonnent encore dans ma tête, pour le bœuf c’est terrible. La bête se tient debout, droite et fière. Mon grand père tient une massue, appelée Merlin américain  et d’un seul coup il doit frapper entre les deux yeux frontalement. L’homme et la bête. L’animal s’effondre net. Allongée au sol, gisante, elle est également dépecée. Le travail est plus long, délicat. Il faut respecter tous les muscles, les morceaux. Les poils de la peau du porc sont brulés avec de la paille en feu, en dégageant une odeur nauséabonde. La peau du bœuf sèche dans un coin de l’abattoir au sol en attendant qu’elle soit vendue".

L'abattoir en 1955

Les morceaux de viande sont rangés dans la chambre froide appelée Glacière. Jusqu'aux années 1950, la glacière est réfrigérée par des énormes pains de glace. Ils sont livrés par camion, protégés par de la sciure et installés à l'intérieur du local réfrigéré. 


Les "tournées"

Marcel Bourgoin apporte la viande aux personnes sans véhicule et qui ne peuvent se déplacer. Le « tube » est rempli de viande.
Le tube des "tournées" en 1957



Il roule et klaxonne à l’entrée du village. Il s’arrête à un endroit stratégique du village. Les gens sortent de leurs maisons et s’agglutinent à l’arrière du camion. Certains ont passé leur commande la semaine précédente. C’est rapide. 
D’autres hésitent et mon grand père doit leur "faire l’article". Il ferme son camion une fois que les clients sont servis et ont fini leur conversation. Il repart jusqu’au village suivant. Ces tournées lui permettent de compléter ses revenus et ma grand mère tient seule la boutique. Je ne sais pas si ces tournées sont  rentables. Beaucoup de temps et de travail pour une maigre recette. Il cesse ses tournées les dernières années.

La charcuterie

A l'arrière de la boutique est installé "le laboratoire". C'est dans ce local d'une propreté irréprochable que sont façonnés, les boudins noirs en chapelet, les saucisses, les rillettes, les terrines, les jambons... 

Logo Charcuterie Bourgoin


Le développement en 1963

Dès 1963, mon grand père comprend  que sa boucherie artisanale ne peut suffire à son activité, à celle de son fils Gérard,apprenti boucher et à son neveu Alain Charlot.  Il impulse un changement d’importance. Son idée originale est la fabrication et la vente de nouveaux produits.  Ma grand-mère, excellente cuisinière,  imagine des rillettes de lapin au chablis. Ces rillettes sont appréciées. Gérard Bourgoin et Alain Charlot décident de fabriquer ces rillettes à plus grande échelle. Encore faut-il pouvoir les conserver pour pouvoir élargir les ventes. Gérard achète la plus grande cocotte minute qui existe sur le marché,  une « Seb »  de 15 litres. Puis vient l’idée de pasteuriser ces rillettes dans des pots en verre.  Alain invente le premier appareil de production avec un système de contre-pression à air comprimé permettant aux couvercles de tenir longtemps sur les pots en verre. Le système de conservation étant au point, des quenelles de volailles au chablis complètent la gamme de produits. Gérard se charge de la vente dans des charcuteries de l’Yonne et élargit la vente à la région parisienne, transportant ses produits dans une 2 CV camionnette. Les produits sont regroupés sous le nom "la Chaillotine", nom des habitantes du village.

Article de L'Yonne républicaine 1966
La qualité de ces produits est vantée par la presse locale et est reconnue par un prix au concours international de Stockholm en 1966.

La troisième génération : la création de l'usine la Chaillotine en 1966


Mes grands parents accompagnent et encouragent cette expansion. L’ingéniosité des deux cousins rend possible un tel challenge. C’est en 1966, que le fils Gérard Bourgoin décide de créer une SARL à capitaux familiaux pour employer une trentaine de personnes dans les bâtiments aménagés dans une ancienne ferme de Chailley. En 1968, la SARL Bourgoin se transforme en SA à capitaux encore exclusivement familiaux qui est la première en France à se lancer dans la découpe de dinde. Le  consommateur français découvre les premiers les rôtis de dindonneau et  les escalopes de dinde sous vide.

Le premier logo de la Chaillotine 1970

De 1970 à 1973, des bâtiments neufs sont construits à l’entrée du village. L’extension est progressive et La Chaillotine s’agrandit jusqu’à atteindre 9 400 m2. Une gamme de produits diversifiés est élaborée : pintadeau et lapin farci, escalope de dinde, dindes entières, brochettes de dindonneau, produits surgelés…L’extension des bâtiments en 1971 en fait une usine de 3 800 m2 dont la capacité d’abattage est de 1 500 tonnes par an. L’expansion se poursuit de façon impressionnante durant les années 70 à 90.

Usine la Chaillotine en 1971 à l'entrée de la commune de Chailley


Groupe industriel BSA de Gérard Bourgoin en 1985

L’entreprise rachète de nombreuses sociétés, se diversifie et se tourne vers l’international. Le Groupe BSA ( Bourgoin société anonyme) est créé en 1985. En 1996, l’entreprise devient le numéro un mondial de la découpe de volaille fraiche, avec les marques Douce France, Duc, Tilly, Farmstead. Toutefois, en 2000, le groupe BSA n’évite pas le dépôt de bilan. La société Duc poursuit son activité à Chailley sur l’ancien site du groupe.