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lundi 1 juin 2015

A comme ARRESTATION de Pierre COLIN en 1943

ARRESTATION de Pierre COLIN en 1943

 #Challenge AZ 

En cette semaine de  « Panthonéisation » de 4 résistants de la dernière guerre mondiale, je souhaite évoquer mes recherches généalogique et historiques qui m’ont permis de reconstituer l’arrestation pour faits de résistance d’un de mes ancêtres généalogiques.



Pierre COLIN 1900-1944

Pierre Colin, 6ème enfant d’une famille protestante

Pierre Colin est le sixième enfant et le dernier enfant d’une famille protestante. Il est né le 11 août 1900 à Toul où sa famille maternelle (les Schaal) a dû se replier en 1870 du fait de l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne. Il est Lorrain par son père Eugène Colin, Capitaine au 94ème Régiment d’Infanterie qui meurt quelques semaines  avant sa naissance et Alsacien par sa mère. Sa mère Emilie Marceline Schaal élèvera seule les 6 enfants, sans fortune. A la déclaration de la guerre d’août 1914, les 3 frères sont mobilisés. Pierre poursuit ses études au collège de Toul et obtient son bac en juillet 1916.
Bulletin de naissance de Pierre Colin 11/08/1900

Pierre s’engage dans l’armée en 1918,  à 18 ans

Marqué par ces évènements familiaux, le 11 août 1918, à l’âge de ses 18 ans,  il s’engage au 133ème Régiment d’Infanterie dont son frère Jean-Eugène commande une compagnie. Au lendemain de la première guerre mondiale, Pierre est reçu au concours de l’école spéciale militaire et entre à Saint-Cyr. Le 2 octobre 1920, à la sortie de l’école, il signe un engagement de 8  ans dans l’aéronautique militaire. Avec le temps, les nombreuses affectations, il est promu Officier de la Légion d’Honneur 
« pour avoir remarquablement combattu au cours des opérations de mai-juin 1940 ».

Pierre noue des contacts avec la Résistance dès 1940

Après la signature de l’armistice le 22 juin 1940 entre Philippe Pétain et le 3ème Reich allemand,  le commandant Colin souhaite rejoindre la France libre. Son frère Jean Colin l’en dissuade au double motif qu’il a une famille et qu’il a une influence à exercer sur les jeunes. Il noue alors des contacts avec la Résistance naissante. Familialement sensibilisé par l’incorporation des jeunes Luxembourgeois dans les rangs de la Wehrmacht, il met sur pied une filière de désertion qui procure à ces jeunes des effets civils, des hébergements de repli et les orientent vers un maquis ou une organisation de passage de frontière.

Pseudo "Georges Robert"

Du fait du risque de dénonciation pour organiser la désertion de l’armée allemande, son action est dangereuse.  Son pseudonyme est George Robert (les deux prénoms de son frère tué en 1916 à Verdun). Six mois durant, il assure la préparation de l’atterrissage des avions venus d’Angleterre, aménage les réseaux d’espionnage, recueille des parachutistes. Le commandant Colin devient la cheville ouvrière de la résistance dans les Cévennes. Il organise des groupes de combat de près de 2000 hommes. Il organise aussi la désertion des soldats étrangers incorporés de force dans la Wehrmacht, en particulier luxembourgeois. Il recueille les déserteurs, leur procure des vêtements civils et les aide à traverser la frontière. Le 1° octobre 1943, sur de nouveaux indices, le réseau de la Gestapo se resserre sur le commandant Colin. Une surveillance est exercée. Un soir, un groupe de 18 luxembourgeois soldats doit déserter avec armes et bagages. Pierre a tout préparé. Mais les soupçons de la gestapo gagnent du terrain. Un traitre se glisse parmi les déserteurs. L’alarme est donnée. Les soldats sont arrêtés. Neuf d’entre eux sont accusés de haute trahison et fusillés sur le champ. Les autres ont envoyés sur le front russe.

Arrestation en 1943

Le 8 octobre 1943 à 10 h du matin, la police allemande appréhende à son arrivée à Carnon un luxembourgeois connu sous le nom de Jacques. L’homme se rendait à un lieu de rendez-vous fixé par Maurice Popouneau en vue de préparer les détails d’une nouvelle désertion. Le soir même Pierre Colin, l’adjudant Maurice Popouneau et l’ingénieur en chef des poudres Louis Maurel sont arrêtés par la Gestapo, 9 rue Pasteur à Montpellier, le petit appartement où est installé leur poste de commandement. Cette arrestation est effectuée dans des circonstances mal définies.

Selon le site Pierres vives de l'Hérault une collaboration officieuse s'établit entre les services allemands et français pour la poursuite des opposants au régime nazi. Cette collaboration se concrétise après la rencontre entre Oberg, commandant des SS et de la Police et Bousquet, Secrétaire général de la Police de Vichy, en 1942. Dès lors, la répression prend une nouvelle envergure, la lutte contre le « terrorisme » mobilise de façon de plus en plus importante, les forces allemandes, Gestapo, et Wehrmacht et les forces françaises.

Le rapport de M Ménard, Commissaire central de la Région de Montpellier

Ce qui est horrifiant et renforce cette  thèse de l’alliance entre forces françaises et forces allemandes, c’est que j’ai retrouvé via Internet, le rapport écrit par le Commissaire de  la région de Montpellier, Intendance de police à Monsieur le Préfet Régional daté du 9 octobre 1943, et signé M. Ménard, commissaire central.

Cette copie de ce rapport est transmise à M Le Chef du service des relations franco-allemandes en date du 12 octobre 1943.
Il est dit en page 1 : « J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’ayant appris que des coups de feu avaient été tirés hier vendredi 8 octobre 943, dans la rue Pasteur, j’ai chargé M Giloux , Commissaire de Police de procéder à une enquête.
En page  2 : « deux personnes sont été arrêtées au n° 9 de la rue Cronstadt : un nommé COLIN se disant officier aviateur, plutôt petit et mine, vêtu généralement de gris … Le propriétaire  de la maison signale que COLIN portait un petit paquet à la main en sortant…. Un nommé Davanier… employé au centre de confection des colis qui, de par ses fonctions est en relation avec la Gestapo, … a appris que l’arrestation aurait été opéré par les services de la police allemande, différents d’ailleurs de la Gestapo.

Page 2 du rapport du Commissaire Ménard 12 octobre 1943
Tous les trois sont conduit à la Gestapo dans la « chambre spéciale de questionnement » où ils subissent quatre jours d’interrogatoires. Ils se confinent dans le mutisme et sont enfermés au fort d’Aurelle à Montpellier et maintenus au secret. Jugés, ils sont condamnés à mort le 17 janvier 1944 par le tribunal allemand.

L’acte de condamnation à mort le 17 janvier 1944

L’acte de condamnation porte quatre chefs d’accusation :
« Le ressortissant Pierre Colin français est condamné à être passé par les armes pour les actes suivants :
- commandant de l’armée secrété en zone sud,
- espionnage,
- détournement de soldats de leur devoir militaire,
- préparation à des attentats terroristes ».

Le 26 janvier 1944, la police allemande autorise l’épouse et les deux fils de Pierre à venir le voir à la prison militaire de Montpellier pour une entrevue de 2 heures. Puis les trois compagnons sont transférés le même jour par wagon cellulaire, enchainé à ses deux camarades,  à la prison de Fort Montluc à Lyon où il passe des dernières heures dans une cellule sans air et sans lumière.

Exécution le 21 février 1944

Le lundi 21 février 1944, à 16 h, une automobile de la Wehrmacht transporte les trois condamnés de la prison militaire au lieu d’exécution le stand de tir de Lyon la Doua. A 16h30, Pierre est placé contre le parapet et trois minutes plus tard il tombe.


Le site du stand de tir à la Doua. C'est dans le trou du premier plan que fut retrouvé Pierre Colin


«le 21 février 1944, le ressortissant français Pierre Colin ancien commandant né le 11 août 1900 à Toul en dernier domicile à Montpellier 4 rue de Verdun a été condamné à mort le 17 janvier 1944 par un conseil de guerre pour avoir favorisé l ‘ennemi. Le jugement a été exécuté aujourd’hui.
Tribunal du commandement du secteur de l’armée France sud STL N° 596/43»

Inhumé le 30 septembre 1945 dans la carré d'honneur du cimetière militaire de la Doua à Lyon

Inhumé dans un charnier sur place, il sera réinhumé le 30 septembre 1945 dans le carré d’honneur du cimetière militaire de la Doua, à quelques mètres de son exécution.

 
Plaque commémorative au Cimetière de la Doua à Lyon





mardi 24 juin 2014

S comme Stalagh 2B


#ChallengeAZ

A l'occasion de ce Challenge généalogique, je souhaite mettre en valeur le site du STALAG 2B, camp de prisonniers de 1939 à 1945, situé à Hammerstein en Poméranie. Je trouve ce site remarquable et participant à un travail de mémoire indispensable.


Carte des Stalagh


Je vous invite à consulter ce site en cliquant sur ce lien SITE STALAG 2B

Il est réalisé par les familles des prisonniers et des recherches sur place en Pologne. Il permet de faire la liste des prisonniers du camp et retracer l'histoire de la construction et des conditions de vie dans ce camp. Chacun peut présenter des photos, des témoignages, des archives. Sont accessibles des rapports de la Croix-rouge.

Actuellement 44 prisonniers sont recensés sur ce site et nous attendons d'autres souvenirs ou archives pour l'enrichir. Il y aussi des cartes, des photos, des dessins, des liens...

René TARDI, Dessinateur, a publié une excellente BD sur le Stalagh 2B où a été fait prisonnier son propre grand-père.



Mon Grand-père Marcel BOURGOIN, matricule 86796 y a passé 2 années de sa vie. Il était affecté au Kommando n°210 comme boucher à la Fleisherei Wilke, chargée de l'approvisionnement du camp.

J'ai rédigé une page de témoignages, accessible à Prisonnier Marcel BOURGOIN.


Marcel BOURGOIN prisonnier du camp de Hammerstein 11 septembre 1940

Pour en savoir plus sur mon grand père prisonnier


En souvenir de cette période noire.


dimanche 22 septembre 2013

Pierre Colin, Résistant fusillé en 1944 au Fort de la Doua


Catherine Colin a reçu de son père, il y a quelques années, un petit livre broché «Visages d’aviateurs» rédigé par le  Lieutenant-Colonel Pierre Paquier aux éditions du survol, daté de 1947. 


Visages d'aviateurs

Visages d'aviateurs du Lieutenant Colonel Pierre Paquier 1947


Cet ouvrage a été relié en cuir bleu, vraisemblablement par Irène Colin, née Girard, son épouse. 
Le livre bleu recèle un très beau texte intitulé « Le petit Colin » (en référence à sa petite taille de 1,60 m ) qui évoque la vie militaire et le décès de Pierre Colin, le Grand-père de Catherine. Ce héros familial a beaucoup marqué son fils Gabriel Colin, le père de Catherine, et en conséquence la vie familiale. 



Aviateur
Pierre Colin, Aviateur
Catherine me confie ce « livre bleu » qui va me servir pour reconstituer la vie de son grand-père paternel. Bénéficiant d’une base fort bien écrite, je lance une enquête généalogique et historique relatée dans cet article.


Naissance à Toul en 1900

Pierre Colin est né à Toul le 11 août 1900.
Bulletin de naissance de Pierre Colin



Famille maternelle alsacienne : les Schaal et les Jung

François Xavier Schaal et Emilie Rustique Jung (les grands parents de Pierre Colin)

Pierre Colin est le sixième et dernier enfant d’une famille protestante, d’origine alsacienne. Sa mère, Emilie Marceline Marie Schaal, née le 5 avril 1864 à Valenciennes (Nord), a pour parents François Xavier Schaal né le à Geispolsheim (Bas Rhin), maréchal-ferrand au 6° régiment de Dragons et Emilie Rustique Jung née le 26 janvier 1833  à Offendorf dans le Bas Rhin. Ses grands parents maternels, Jean Jung, cordonnier (1761-1794) et Marie Madeleine Fuchs (1761-1832) d'une famille de tisserands , habitent Geispolsheim, près de Strasbourg. Ils quittent l’Alsace après la défaite de guerre de 1870 et s’installent à Toul, non loin de la frontière.


Famille paternelle Colin : une ascendance inconnue

Le père de Pierre Colin est  Eugène Colin. Il est né le 2 septembre 1849 à Pantin. Eugène porte de la nom de sa mère Virginie Colin car il est né de père inconnu. 

Acte de naissance d'Eugène Colin
Appelé comme soldat en 1870, il s'engage dans la carrière militaire. Il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur le 11 juillet 1896, en qualité de Capitaine du 94° régiment d'infanterie. Pierre Colin, ne connaitra pas son père Eugène car le capitaine meurt en 1900, quelques semaines avant la naissance de l’enfant. Son épouse, Emilie Marceline Marie Colin née Schaal, mariée à Toul, le 21 août 1884 avec Eugène, élèvera les 6 enfants, seule et sans fortune.


Les frères Colin s'engagent dans la carrière militaire

La famille est installée à Toul à la veille de la grande guerre. Dans cette garnison, bourrée de troupes, c'est déjà l'ambiance du Front. Imprégnés de cet environnement, avec un grand-père alsacien, les 3 fils Colin s'engagent dans la carrière des armes. Les deux soeurs Colin, Marthe et Lucie se consacrent à l'enseignement et exercent leurs fonctions au lycée de jeunes filles de Metz. L'une d'entre elles fut Surveillante générale de cet établissement de 1919 à 1948. 

Le 2 août 1914, la guerre éclate et les trois frères ainés, Georges, Robert et Jean s’engagent. Pierre Colin, le plus jeune,  reste à Toul avec sa famille et poursuit ses études au Collège de Toul. Le 13 juillet 1916, il obtient son baccalauréat série latin-sciences devant la Faculté des Lettres de Nancy.

La même année, Georges-Robert Colin, son frère ainé, lieutenant au 2° Zouaves sera tué à l’attaque de Douaumont, à la tête de sa section d'assaut. Le 11 août 1918, Pierre a 18 ans et décide de revêtir l’uniforme du 135° régiment d’infanterie dont son frère Jean-Eugène  (1896-1972) commande une compagnie. Il part rapidement pour le front, à la conquête de l’Alsace. Jean Eugène poursuivra sa carrière militaire brillamment jusqu'à être promu  Général de Brigade.


Ecole spéciale de guerre Saint-Cyr en 1920

Après l’armistice, Pierre est reçu au concours de l’Ecole spéciale militaire. Il entre à Saint-Cyr, le 29 octobre 1920 dans la promotion la devise du drapeau.  A la sortie de l’école, il signe un engagement de 8 ans dans les forces aériennes. Le 1° octobre 1922, Pierre est nommé sous-lieutenant. Il va suivre pendant deux ans les cours des différentes écoles pratiques d’aviation : Avord, Istres, Bordeaux, Cazaux. A Istres, en février 1923,  il décroche son brevet de pilote sur un Spad 34. 

Camp d'aviation d'Istres



Spad 34 -1923

Le 1° octobre 1924, Pierre Colin est nommé lieutenant et rejoint le 3° régiment d’aviation de chasse à Châteauroux.  Il se porte volontaire pour partir au Maroc, au sein du 37° régiment d’aviation. 


La guerre du Rif (Maroc) 1924-1926



En effet, depuis 1912, la France et l’Espagne administrent le Maroc en échange du soutien au Sultan chérifien.  Or Abd-el-Krim, jeune chef rifain crée dès 1921 une armée en rassemblant 65 000 hommes des tribus du nord du Maroc, région située en zone espagnole. Les Espagnols doivent reculer et l’armée française désigne le Colonel Paul Armengaud au commandement de la seule unité aéronautique au sein du commandement des troupes au Maroc. Il commande le 37 ° régiment d’aviation, qui va être déployé dans la région montagnarde du Rif. Pierre, Affecté à la 1° escadrille de Fez, composée d’une dizaine de Breguet, vole comme pilote accomplissant de nombreuses missions en vue d’endiguer l’insurrection marocaine contre les Français et les Espagnols. Il précède les colonnes d’infanterie, sur des Breguet 14 et participe à l’attaque la résistance avec des bombes et des mitrailleuses. C’est la guerre du Rif. 


Breguet 14

Pierre Colin sera abattu en flammes près de Bou-Redoub au cours d’une mission. Il est cité 3 fois par le général commandant supérieur des troupes au Maroc, en 1925. 


Chevalier de la Légion d'honneur en 1930

Après la capitulation et la capture d’Abd el Krim, en 1926, Pierre rentre en France et rejoint le 2° régiment d’aviation où il prend le commandement de la 6° escadrille. 

Légion d'honneur Pierre Colin
Il est promu capitaine le 25 décembre 1929 et décoré de la légion d’honneur le 1° janvier 1930.


Instructeur en Grèce en 1931

Il est affecté  à Athènes en Grèce comme instructeur de l’aviation de chasse hellénique. Le Roi de Grèce le nomme officier de l’ordre du Phénix pour « services signalés rendus aux aviateurs grecs des camps de Tatoï, Larissa et Salonique ».


Croix ordre du Phénix Gtèce



A son retour en France, Pierre est affecté à la 8° escadre de chasse. Le 18 août, il est victime d’un grave accident d’aviation sur le multiplace Bloch 200. Le 15 septembre 1938, Pierre Colin est nommé commandant. 
Bloch 200

 Commandant du groupe de chasse I/8 à Hyères - 1939

A la déclaration de guerre, le 2 septembre 1939,  Pierre Colin commande, au camp d’aviation d’Hyères le groupe de chasse I/8 qui a pour insigne un écu suisse recouvert du trident ailé de Neptune.
Insigne groupe de chasse I/8
 Le groupe est équipé des nouveaux avions Bloch 152. 



Bloch 152


Son groupe va intervenir dans des missions de protection sur l’Aisne et la somme où les combats font rage. Mais l’armée allemande domine, avec ses Messerschmitt 110.


Messerschmitt allemands 110


Devant l’avancée allemande, le commandant Colin reçoit le 9 juin l’ordre de se replier à Brétigny et d’attaquer les ponts de bateaux que les allemands ont construits sur la seine dans la région de Rouen les Andelys.  Mais l’artillerie allemande pilonne et il lui faut se replier sur Châteauroux, pour protéger les ponts de la Loire où déferle la foule des réfugiés.  

Pour avoir remarquablement combattu en mai et juin 1940, il est promu Officier de la Légion d’honneur. Un de ses pilotes témoigne, retrace l’auteur du livre « C’était avant tout un entraineur. Au sol il ne nous laissait guère de trêve. Il nous menait au terrain le matin à quatre heures. Nous ne quittions avec lui la piste d’envol qu’à la nuit tombée … Il nous imposait une forte discipline, l’esprit de patrouille d’abord ».


Professeur à l'école d'artillerie de Montpellier en 1941

En 1941, Pierre Colin, maintenu dans l’armée d’armistice ou armée de Vichy, est affecté à l’état major du sous secteur de défense aérienne du sud-est, puis détaché comme Professeur d’aéronautique à l’école d’artillerie anti-aérienne de Montpellier. Mais il souffre de ne plus voler. Le 11 novembre 1942, lors de la dissolution de l’armée d’armistice, il obtient un « congé d’armistice ». L’idée lui vient de quitter la France pour rejoindre les chasseurs alliés en Angleterre.


L'entrée en clandestinité en 1943

Au printemps 1943, il entre dans la clandestinité où il se lance sous les pseudonymes de George-Robert (les deux prénoms de son frère tué en 1916 à Verdun). On le voit circuler en auto et en moto, vêtu d’un pull Lacoste et d’un pantalon de toile. Six mois durant, il assure la préparation de l’atterrissage des avions venu d’Angleterre, aménage les réseaux d’espionnage, recueille des parachutistes. Le commandant Colin devient la cheville ouvrière de la résistance dans les Cévennes. Il organise des groupes de combat de près de 2000 hommes. Ses adjoints sont  le commandant Louis Maurel, ingénieur  et Maurice Popouneau, chargé de l’intendance. Il organise aussi la désertion des soldats étrangers incorporés de force dans la Wehrmacht, en particulier luxembourgeois. Il recueille les déserteurs, leur procure des vêtements civils et les aide à traverser la frontière.

Un groupe de 18 luxembourgeois soldats doit déserter avec armes et bagages. Pierre a tout préparé. Mais les soupçons de la gestapo gagnent du terrain. Un traitre se glisse parmi les déserteurs. L’alarme est donnée. Les soldats sont arrêtés. Neuf d’entre eux sont accusés de haute trahison et fusillés sur le champ. Les autres ont envoyés Front russe.

Un soir de juillet 1943, un officier de la police allemande qui suit l’affaire se présente au domicile du commandant Colin. Il est absent. Le fils Robert part attendre son père à la gare de Montpellier, car il revient de Paris et le prévient. Pierre ne rentrera pas chez lui. Les amis de Pierre Colin lui demandent de quitter la France.


L'arrestation en octobre 1943 à Montpellier

Le 1° octobre 1943, sur de nouveaux indices, les services de la police allemande exercent une surveillance  sur le commandant Colin. Le 8 octobre 1943 à 10 h du matin, la police allemande appréhende à son arrivée à Carnon un luxembourgeois connu sous le nom de Jacques. L’homme se rendait à un lieu de rendez vous fixé par Popouneau en vue de préparer les détails d’une nouvelle désertion. Le soir même Colin, Popouneau et Maurel sont arrêtés par la police au 9 rue Pasteur à Montpellier, le petit appartement où est installé leur poste de commandement. Le compte rendu de cette arrestation est consignée par écrit le 9 octobre 1943 par M. Ménard, le Commissaire Central qui l'adresse à Monsieur le Préfet Régional. 


Document arrestation de Pierre Colin 9 octobre 1943 (1)


Document arrestation de Pierre Colin 9 octobre 1943 (2)



Le site web, les pierres vives prend appui sur l'histoire de l'arrestation de Pierre Colin pour mettre en évidence les liens qui pouvaient exister, à cette époque, entre les services de police allemands et français. Je vous invite à cliquer sur ce lien pour que des questions soient posées. : les liens entre police allemande et française.

Tous les trois sont conduit à la Gestapo dans la « chambre spéciale de questionnement » où ils subissent quatre jours d’interrogatoires. Ils se confinent dans le mutisme et sont enfermés au fort d’Aurelle et maintenus au secret. Le 22 décembre 1943, le colonel allemand Hagen fait connaître qu’aucune «condamnation n’a été prononcée contre le commandant Colin mais que l’instruction suit son cours».

Condamnation à mort en 1944

Le 26 janvier 1944, la police allemande autorise la famille de Pierre à venir le voir à la prison militaire de Montpellier. 

La dernière visite de sa famille
Madame Colin, Robert et Gabriel  ont une entrevue de deux heures dans la grande bâtisse.  Le commandant Colin a changé physiquement, est peu reconnaissable mais il garde courage. L’entrevue de Pierre Colin avec sa famille s’achève.  En quittant la prison, le fils ainé Gabriel se retourne et surprend dans la cour le regard de son père qu’il verra pour la dernière fois. En fait le 17 janvier 1944 , il avait été condamné à mort par le tribunal militaire. Les enfants n'en savaient rien.

L'acte d'accusation
L’acte porte quatre chefs d’accusation : 
« Le ressortissant Pierre Colin, français, est condamné à être passé par les armes pour les actes suivants : 
1. commandant de l’armée secrète en zone sud,
2. espionnage, 
3. détournement de soldats de leur devoir militaire, 
4. préparation à des attentats terroristes ». 

Départ pour le Fort Montluc 



Fort Montluc - Lyon
Le lendemain, le 27 janvier 1944,  enchainé à ses deux camarades par des menottes, Pierre est transféré à Lyon en wagon cellulaire. Il passe ses derniers instants au Fort de Montluc à Lyon dans une cellule sans air et sans lumière.


Le général français Ruby obtient une audience du commandant de la 19° armée allemande le général Von Sodenstrene qui a signé l’ordre d’exécution pour obtenir la grâce de Pierre Colin. L’entrevue a lieu le jeudi 10 février 1944 au quartier général de la Wehrmacht.  Les démarches ne sont pas couronnées de réussite.


L'exécution le 21 février 1944 au Fort de la Doua à Lyon

Dernière lettre


Le 21 février, Pierre écrit une lettre à son frère Jean dont voici le texte : 


Lettre de Pierre Colin à son frère Jean (21 février 1944)



«  Lyon, 21 février, 
Mon cher Jean,
Le pasteur vient de m’assister ; dans deux heures ma vie terrestre aura pris fin et que Dieu soit loué de m’avoir fait sentir sa présence toutes ces dernières semaines. Condamné à Montpellier le 17 janvier, j’ai été transféré à Lyon en attendant la décision concernant ma grâce et celle de deux camarades. Cette grâce nous est refusée. Soyez courageux et plein d’espérance comme je le suis et toi mon cher frère sois le messager auprès de ma chérie, de mes fils, de Maman et de mes soeurs. 
Je pars en chrétien et en soldat, confiant et serein.Qu’il soit pardonné à nos ennemis et que nos enfants ne soient pas élevés dans la haine ; qu’ils soient « toujours prêts » à exécuter ou à subir les sentences de Dieu. Adieu à tous. Je vous embrasse en Jésus-Christ. Pierre »


Ce lundi 21 février 1944, à 16 h, une automobile de la Wehrmacht transporte les trois condamnés de la prison militaire au lieu d’exécution, le stand de tir de Lyon la Doua. A 16 h 30, Pierre est placé contre le parapet et trois minutes plus tard, il tombe.



Lors de l’exécution, le pasteur allemand Curt Georgi d’Osterrode va l’assister.  Il raconte «  Je garde du commandant Colin, l’impression d’un homme d’une tenue très forte, très maitre de lui, n’ayant jamais manifesté la moindre appréhension. Presque enjoué dans la conversation, il parlait beaucoup des siens. Volontairement détaché de tout ce qui n’était point sa famille ou sa foi religieuse, il lisait fréquemment la bible. »




Le soir même, la notification de l’exécution est faite par les autorités allemandes 

«le 21 février 1944, 
le ressortissant français Pierre Colin ancien commandant né le 11 août 1900 à Toul en dernier domicile à Montpellier 4 rue de Verdun 
a été condamné à mort le 17 janvier 1944 par un conseil de guerre pour avoir favorisé l'ennemi. 
Le jugement a été exécuté aujourd’hui. 
Tribunal du commandement du secteur d’armée France sud STL N° 596/43»


Notification de l'exécution de Pierre Colin (21 février 1944)




Obsèques nationales en 1945

Le corps fut retrouvé en août 1945 et identifié au Fort de la Doua à Lyon ainsi que ceux des autres fusillés. Le lieu précis de l’exécution par fusillade de ces résistants est le « Mur des fusillés ». 60 corps ont été rendus à leurs familles ; les 17 autres corps, dont certains portent la mention Inconnu sont inhumés sur l'autre versant de la « Butte des fusillés ».
Le 30 septembre 1945, la ville de Lyon célèbre des obsèques nationales des 77 corps de résistants retrouvées dans le Fort de Lyon.


Cimetière militaire de la Doua depuis 1954

Inauguré en 1954 et aménagé par le Ministère des anciens combattants et victimes de guerre, ce cimetière national est situé à Villeurbanne sur un ancien terrain militaire et d’entraînement de l’armée française. 

La Nécropole abrite 6210 tombes, dans lesquelles sont inhumées des militaires Mort pour la France 3622 lors de la Première Guerre mondiale et 2723 lors de la Seconde . Elle honore la mémoire des combattants français, mais aussi celle des ressortissants des anciens territoires coloniaux et protectorats, et alliés tombés lors des guerres de 14/18 et 39/45. Elle abrite également les sépultures de militaires des contingents tués en Indochine (1946-1954), en Algérie (1954-1964) et au Liban (1975-1983).

Cimetière militaire de la Doua




Une plaque apposée en 1995, au “ Mur des Fusillés ” commémore le souvenir du sacrifice de 78 patriotes fusillés par les Allemands sous l’Occupation, près de la butte située au centre de la Nécropole. 
Liste des 77 victimes face au peloton d'exécution allemand


Ces résistants fusillés entre octobre 1943 et juillet 1944 étaient tous retenus à la prison Montluc après avoir été condamnés pour faits de résistance par le tribunal militaire allemand qui siège à Lyon de 1943 à mai 1944 et dont la compétence s’étend à tout le sud de la France. Pierre Colin fait partie de cette triste liste.

Aujourd’hui Pierre Colin repose, dans le carré des Fusillés,  au cimetière militaire de la Doua à quelques mètres du lieu de l’exécution, à la Nécropole Nationale de la Doua, créée en 1954 et située 30 avenue Albert Einstein 69100 VilleurbanneEn 2014, sa petite fille Catherine Colin,venue lui rendre hommage, a pris cette photographie.



Tombe du Commandant Pierre COLIN, Carré des Fusillés 
Nécropole Militaire de la Doua - Lyon



La base aérienne Pierre Colin de Nîmes

En 1973, la Base aérienne 726 à Nîmes est officiellement baptisée du nom de Pierre Colin. Elle est fermée depuis 1996.
Monument Pierre Colin Base aérienne 726