dimanche 7 décembre 2014

Sur la piste de Fernand GOURMAND, Poilu Mort pour la France en 1915

Fernand Louis Emmanuel
GOURMAND
1876 – 1915

Grand-père de Gisèle Bezançon
Mort pour la France en 1915


Les archives familiales de Gisèle


Gisèle vient de m'apporter une boite en carton. Elle me l'a ouvert avec précaution. Elle l'avait conservé car c'est sa mère Olga qui lui a transmis. On y découvre des lettres et des photos, souvenirs du père d'Olga, Mort pour la France comme Poilu pendant la guerre de 14/18.




A moi, maintenant de jouer :

1   Déchiffrer les lettres écrites au crayon de papier
2   Retrouver le registre matricule de Fernand Gourmand
3   Relire les JMO
4   Comprendre pourquoi son nom n'apparait pas le Monument aux morts de la commune de Turny
5   Trouver son lieu de décès
Et plein de questions. à résoudre....

Je suis contente pour elle et ses enfants de partir à la recherche de son ancêtre qu'elle n'a jamais connu. Mon enquête commence.... A suivre mes trouvailles à travers les archives et les traces de la mémoire.

Mes recherches


Fernand Louis Emmanuel GOURMAND est mort pour la France, tué à l’ennemi,  le 4 juillet 1915 au Bois le Prêtre, à l’ouest de Pont à Mousson, en Meurthe et Moselle.  Son nom figure sur le monument aux morts de la commune de Chéu. Il avait 39 ans. Fernand GOURMAND est né le 10 septembre 1876 à Chéu dans l’Yonne.  C’est le grand-père maternel de Gisèle Bezançon.


Acte de naissance de Fernand GOURMAND 
(archives départementales de l’Yonne)

 
Famille
Fernand est le fils de Louis Amable GOURMAND, Horloger, âgé de 44 ans au moment de sa naissance et de Elise HABERT âgée de 29 ans, demeurant à Chéu.

Profession
Cultivateur.

Situation familiale
Fernand, âgé de 34 ans, s’est marié à Turny le 10 mai 1910 avec Camille Eugénie SALLEY, 33 ans, née le 14 novembre 1877 à Turny.  Camille Eugénie SALLEY est née de Arsène Basile SALLEY 36 ans, manouvrier à Linant et de Adélaïde Amélie FOURREY 35 ans.


Acte de naissance de Camille Eugénie SALLEY




Photo de Camille SALLEY



Leur fille : Olga Gourmand
Fernand et  Camille, 1 an après leur mariage,  ont une fille Olga GOURMAND, née à Chéu le 25 juin 1911. Camille meurt entre 1911 et 1915. Orpheline de mère, Olga sera confiée, lors du départ de son père à la Guerre,  à la famille de sa belle sœur : M et Mme MOSSOT- SALLE ou SALLEY Edouard, cultivateurs  à Courchamps, hameau de Turny 89.

Famille MOSSOT – SALLE ou SALLEY 
et leur fille Geneviève demeurant à Courchamps
 (commune de Turny)




Fernand les appellera dans ses courriers mon frère et ma sœur. Le couple a une fille Geneviève,  cousine de Olga et elles vont être élevées ensemble. Je suppose qu’il s’agit de la famille appelée SALLE ou SALLEY, peut-être  la sœur de Camille Eugénie SALLEY, son épouse décédée avant la guerre . Ce serait donc la tante et l’oncle d’Olga. 

Fernand Gourmand, mobilisé le 8 août 1914

De la classe 1896, il est incorporé par le centre de recrutement d’Auxerre le 8 août 1914. Il a 38 ans.

Régiment d’incorporation
Il est affecté le 11 septembre 1914 au 168ème Régiment d'Infanterie, 19ème Compagnie comme Soldat de 2ème classe sous le matricule 667. Le 368e Régiment d'Infanterie est un régiment d'infanterie constitué en 1914. Il est issu du 168e Régiment d'Infanterie ; à la mobilisation, chaque régiment d'active créé un régiment de réserve dont le numéro est le sien majoré de 200.
   
Description
Selon son dossier militaire, il a les cheveux et les sourcils bruns, les yeux gris, la taille de 1,66 m et un degré d’instruction de niveau 3.


Livret militaire de Fernand GOURMAND
Archives Yonne
Correspondance de guerre
Fernand écrit des lettres à sa fille Olga et à M et Mme Mossot, cultivateurs à Courchamp, Hameau de Turny, qui ont en charge la garde de sa fille pendant son absence. Il les appelle « cher frère et sœur ». Les archives familiales ont préservé certaines lettres de l’époque. En retranscrivant le texte des lettres, j’ai conservé l’orthographe de Fernand.



Enveloppe de 1915.
Courrier adressé à M Mossot-Salé par Fernand Gourmand



Lettre du 10 mai 1915 





Le 10 mai 1915

Chère Frère et Cher Sœur

Je vous dirais que j’ai reçut votre carte et qui ma fait un grand plaisir de vous savoir tous en bonne santé. Germaine me dit que ne pouvez pas lire ce que je vous écrit. Voici ce que je vous ai demander des nouvelles de la famille et des nouvelles de la maie et comment ça va. Et Paul et il revenu de Sens ? Comme vous avez dit que vous ferez photographiées Olga et que vous me l’envèrez des quelle sera photographié. Et je vous ai demandé  si votre ouvrage vous allait. Rien de plus à vous dire pour le moment. Je me porte bien. Vous embrasserez ma fille et Germaine pour moi.
Votre frère qui vous embrasse. Fernand Gourmand

(au dos de la lettre)
Vous m’écrivaie toujours à la même adresse. Sa me trouvera bien. Vous m’écrirez et un peut souvent.
Gourmand

(sur le coté )
 Je suis en basse normandie et nous allons changer de place.



Lettre du 26 mai 1915






Deaubourad, Le 26 mai 1915

Cher frère et cher sœur,

Vous me dite que vous ne recevez pas souvent de mes nouvelles . Je vous dirais que j’ai écrit toutes les semaines et sa me surprend que vous ne recevez pas plus souvent de me nouvelles que ça !
Je vous disais que nous sommes changée. Nous sommes au bois le prêtre et pas bien loin de la frontière et sa ne vaut pas beaucoup mieux que la ou nous étions. Auparavant tan mieux que Edoire et Paul ne sont pas repartis et que vous êtes en avance dans vos ouvrages. Et pour moi quand à moi sa ne va pas plus mal pour le moment. Je souhaite que tout le monde se porte bien ; Et que ma petite Olga soit bien gentil et quand vous aurais sa photographie il faudra m’envoyer une. Sa me fera un grand plaisir ; De la voir avec moi. Vous souhaitez bien le boujour chez la merre et chez deffaix et vous embrasserez bien Olga et Germaine et  rémon pour moi. Rien de plus à vous dire pour le moment.
Que l’Italie et entrée en action depuis quelques jours. sa avancera peut être les choses ;
Votre frère qui vous embrasse tous ;
Fernand Gourmand
368ème d’infanterie 89ème compagnie secteur postal 23


Lettre du 18 juin1915

Mardit le 18 février 1915
Cher frère et sœur,

Je vous disais que j’ai reçut ta lettre qui m’a fait plaisir de vous savoir tous en bonne santé . quand à moi je me porte assez bien. Nous avons passer assez bien. Nous avons passez 4 jours et nuits sous une pluie d’aubus et de coup de fusil. On croit bien que setait la  fin. Tous le monde en avait assez. touchacain se garrée comme lon pouvait. ils ont attaquer 4 fois. Dans la même journée et la nuit vous pouvait pas vous faire une idée. Je croit que lon aura bien du mal de se rentrai. On s’attend tous les jours d’être nétoyés d’un moment à l’autre . Enfin la guerre se finira quand tous le monde sera tuée ; Enfin pour quand à ma petite Olga, se suis bien contant quelle travaille bien et quel se porte bien mais tous ce que vous vous recommander sa sera de la faire batiser et quant elle sera en age de faire sa première communion il faudra lui faire si tout fois je ne revenais pas. Car je vous dirais que sa né pas encore fini. Cette guerre la pour les faire partire sa ne seras pas vrais que quand se sera fin car ils sont bien retranchée et bien armée. Enfin, on « illisible ». Je vous dirais que sa et bien triste que vous ne pouvais pas vous en faire une idée. Vous embrasserez bien ma petite Olga et Germaine pour moi. Votre frère qui vous embrasse tous ;
Fernand Gourmand

Carte d’Olga à son père datée du 17 avril 1915






Couchamps le 17 avril 1915

Cher papa
Je suis revenue bon port.  Je me suis pas ennuyer de Chéu.
Ta petite Olga qui t’embrasse bien fort.
Olga Gourmand



Lettre du 20 juillet 1915 de condoléances de M. Clémendot à M. Mossot






Jaulges , le 20 janvier 1915

Monsieur
Je répond à votre lettre qui nous ennuie bien d’avoir une aussi triste nouvelle, je crois que j’en avait le pressentiment car depuis une huitaine je ne pouvais plus travailler, tous les jours je remettez de vous écrire si vous en receviez, enfin je crois que lui aussi mon pauvre frère je senter qu’il a lait y passer, car ses dernières lettres on voyait qu’il voiyait ses triste pour cette pauvre petite, et lui qu’il l’aimait si bien sa fille, il la recommandait sur tout ces lettres, pour la faire batisser et faire sa première communion, enfin c’est triste de voir cela.
Si vous savez quelques choses par son camarade écrivez le moi, je lui écrit en même temps qu’à vous mais si vous avez la réponse de lui écrivez moi car c’est si long a aller et revenir. Enfin, je compte sur vous pour le renseigner sur ce que son (illisible) vous a dis. Embrasser bien cette petite Olga pour nous. Nous tacherons d’aller vous voir après moisson en attendant nous vous embrassons tous.
 F Clemendot.

Son régiment d’infanterie :

 le 168ème surnommé « les loups de Bois le Prêtre »

Le 168e régiment d'infanterie (ou 168e RI) est un régiment de l'armée française, qui a appartenu aux unités surnommées « les Loups » ou « les Loups de Bois le Prêtre ».  Le régiment faisait partie de la division des Loups.


Entre le 1er octobre 1914 et le 15 août 1915, Les offensives furent menées à Bois-le-Prêtre par la 73ème division commandée par le Général Lebocq, renforcé par la brigade mixte dite « de Toul » sous les ordres du général Riberpray. Ces unités, surnommés les "Loups du Bois-le-Prêtre", étaient assistées de trois formations d'artillerie et d'éléments du 10e Génie. Le Bois le Prêtre est un massif forestier de 800 hectares, au nord-ouest de Pont à Mousson, dominant à l’est la vallée de la Moselle, s’avançant en pointe vers le plateau de Haye ; son point culminant est à la Croix-des-Carmes, 372 mètres, à peu près l’altitude de la colline de Mousson, de l’autre côté de la Moselle. Ce fut l’un des points de friction les plus notoires dans la guerre de position en1915, avec l’Argonne, les Eparges, la forêt d’Apremont et l’Hartmannswillerkopf ; sur ce front étroit, il a été engagé en dix mois 132 actions, offensives ou défensives ; les pertes ont été effroyables : 7083 morts du côté français, 6982 morts du côté allemand.
« Du mois de décembre 1914 au mois de mai 1915, ce ne sont qu’attaques, contre-attaques, corps à corps, explosions de mines, éclatements de bombes et de grenades. Nous avançons, nous reculons, nous avançons de nouveau, et des trésors de courage, de patience et de sang s’épuisent dans ce long piétinement. » Président Poincaré
Ces informations donnent une idée de ces combats terribles au cours desquels Fernand Gourmand a perdu la vie.

Acte de décès

Dans son dossier militaire il est déclaré décédé antérieurement au 10 juin 1916 (avis ministériel du 10 août 1916 GG 6322). Le lieu de son décès est indiqué comme le Bois le Prêtre à l’ouest de Pont à Mousson. Il est enterré au carré 14/18 B tombe 1103 de la Nécropole nationale « le Pétant » à Montauville 54. Il y a dans ce cimetière 7714 tombes.

Nécropole nationale le Pétant

Son acte de décès est transcrit le 19 mai 1919 à la mairie de Chéu, son village de naissance suite au jugement du Tribunal d’Auxerre du 19 mars 1919.  Son nom est gravé au Monument aux morts de Chéu.

Ferdinand GOURMAND laisse  une fille orpheline. Elle est sans doute adoptée comme pupille de nation, c'est à dire qu'elle a droit à la protection et au soutien moral et matériel de l'Etat jusqu'à l'âge de 21 ans (majorité à l'époque). Il y aura ainsi 750 000 pupilles de la nation.


Olga fidèle au souvenir de son père

Olga GOURMAND se marie avec Gilbert Maxime BEZANCON Cultivateur à Turny, à l’âge de 18 ans, le 10 février 1930 à Turny. Naitront de leur union 5 filles, Aliette, Eliane, Nicole, Gisèle et Simone  et un fils Yves. Olga va être active dans l’association des anciens combattants comme en témoigne les archives familiales.






Document d’hommage daté de 1968 adressé à Olga Bezançon
par le Ministre des Anciens combattants

Sa fille Olga va conserver dans ses archives des cartes postales, articles de presse sur l’histoire se son père comme la Réunion à Migennes le 25 avril 1972 sur ce que furent les combats de Bois le Prêtre.


Article de l’Yonne Républicaine du 2 avril 1972
Ce que furent les combats de Bois le Prêtre
Conservé par Olga Gourmand

Olga s’est rendue sur place au cimetière et a ramené de son voyage un précieux souvenir qu’elle a conservé : des éclats d’obus ramassés à l’ossuaire de  Douaumont.

  


Monument aux morts de Chéu - Yonne



Aux enfants de Chéu morts pour la France

Inscription du nom de Fernand Gourmand, Mort pour la France














1 commentaire:

fabienne a dit…

bravo, superbe travail.