dimanche 8 juin 2014

H comme Histoire de Loup


#ChallengeAZ

Dans les familles, se récitent des histoires mythiques. Elles se transmettent à travers le temps et servent de référence. Chez moi, il y en a une qui s'est racontée de générations en générations. Elle nous fait peur. Elle témoigne de la bravoure de nos anciens. Je vais vous conter celle du Grand-père qui affronte le loup.

C'est une histoire vraie, peut-être une peu romancée, mais elle m'a frappée et terrifiée. L'homme a affronté le loup, cet animal sauvage qui a fait tant de dégâts aux siècles derniers. Un animal craint. Mais, dans mon histoire, l'homme a vaincu du loup. Comme dans tout conte, l'histoire se termine bien. L'enfant peut enfin trouver le sommeil...

Mon père Jean Battut a rédigé, il y a une trentaine d'année, un beau texte sur son enfance appelé "le petit monde de la voie dieu". Un chapitre est intitulé " le grand père et le loup".  Je m'en suis très largement inspiré pour vous raconter ce face à face entre le grand-père Léonard Pénicaud et le Loup. A mon tour, je souhaite vous  transmettre aujourd'hui cette jolie histoire, témoignages d'une époque, des peurs et du courage des hommes.

Son grand-père maternel Jules PENICAUD lui racontait le soir, au coin de la cheminée, l'aventure de son père Léonard. Il était intarissable sur  la rencontre de son père Léonard et du Loup de la forêt.

C'était aux environs de 1865. L'arrière grand-père Léonard PENICAUD, né le 2 janvier 1843 à Bourganeuf dans la Creuse, et l'arrière grand-mère Margarit habitaient  à Saint-Pierre-Chérignat en Limousin. Ce village bien rude restait isolé du monde, et était situé en bordure des forêts de Mérignat.

C'est là que Jules est né, c'est là qu'il a vécu jusqu'à ce qu'il se marie, travaillant à la ferme avec ses huit frères et soeurs.

Ce mercredi là, sa mère dite Margarit, Marguerite BEAUPHENI, née le 1° octobre 1849 à Montboucher dans la Creuse, qui attendait son troisième enfant, avait exprimé le désir de se rendre à la foire de Bourganeuf.

Tu sais que dans cette position,  racontait le grand-père Jules,  il ne faut jamais contrarier les femmes et  Léonard se réjouissait de laisser pour une journée sa ferme à la garde du domestique et de son aîné pour passer à la ville une journée agréable.


De Saint-Pierre Chérignat à Bourganeuf à pied


Il fallait 4 longues heures de marche pour rejoindre à pied Bourganeuf depuis St-Pierre Cherignat. Musette en bandoulière, sacs aux côtés, le couple s'était enfoncé dès 5 h du matin, dans le chemin creux qui mène aux grands bois tous près de la ferme. En cette fin d'octobre, les jours étaient courts et malgré le soleil qui éclairait cette année là l'automne, c'était toute une expédition pour gagner Bourganeuf, par la forêt de Montboucher qu'on laissait à droite en coupant par le raccourci qui se glisse entre les genêts, Chaumont, Le Mas la fille. Enfin la Mourne franchie, la ville était là.


Nos voyageurs hâtaient le pas dépassant parfois des tombereaux attelés derrière lesquels étaient attachés un veau, des charrettes à claires voies où se pressaient dans un coin sur la paille, une portée de cochons, des paysannes chargées de paniers d'oeufs et au bout de leurs bras un couple de poules, pattes liées, la tête en bas....la foire de BOURGANEUF battait son plein et les auberges ne désemplissaient pas...

Les discussions allaient bon train sur le foirail. Marguerite faisait ses achats : une coiffe toute neuve, des rubans en soie, de la toile blanche pour faire des langes. Elle rendait visite à ses cousins de la rue des écoles. Pendant ce temps, Léonard rejoignait ses amis, le Lucien du Gerbaud, le Jean des Mouchers. Ils parlaient de la récolte de blé noir, tâtaient les génisses grasses, s'installaient à l'Auberge du château, chez la mère Colas,  pour déguster une omelette grésillant dans la cheminée et se faire porter un ou plusieurs pichets de vin.


Foire de Bourganeuf en 1910

5 h de l'après-midi sonnaient déjà à l'horloge de l'église.... Il y avait 4 h de marche pour rentrer. La nuit les avait pris à Montboucher. Encore 2h de marche à travers la forêt. Le grand-père parlait fort lorsque une sourde inquiétude le gagnait. Il entendait marcher derrière lui craquer les feuilles sèches. Léonard en se retournant aperçu à 30 mètres dans la clairière une forme féline qui les suivait. Sans doute quelque chien égaré.

Un loup peut-être, pensa Léonard car il en rodait parfois l'hiver. Marguerite avait vu. Léonard s'arrêta soudain et la bête avança, ralentissant le pas devant le sifflement du bâton de buis qui coupait l'air de moulinets rapides. L'animal s'arrêta.


Iconographie du Loup en 1860

L'homme et la femme reprirent leur marche en se retournant sans arrêt car la bête se touvait maintenant à 5 m d'eux.

Léonard eut la conviction qu'il s'agissait d'un loup et saisit dans le chemin une lourde pierre qu'il lança de toute ses forces et qui l'atteint brutalement. Un hurlement de douleur et la bête se précipitait sur Léonard qui planté solidement l'attendait.

Marguerit était cachée derrière une arbre transie par la peur, tentant de passer inaperçue.

Un corps à corps se déroulait entre l'homme et la bête. La gueule était écumante, ruisselante du sang de la blessure qu'avait entrainé la pierre lancée. A moitié étranglé, le loup fut abandonné gisant sur le sol. Soudain il se releva et s'enfonça dans le fourré le plus proche.

À l'arrivée à leur ferme, Léonard n'eut pas le temps de s'interroger sur une douleur à la cuisse et se mit à la "traite" du soir.

Margarit raconta à ses enfants et aux voisines accourues la lutte dans le bois.

Personne ne l'a cru. Dans son état n'était-elle pas sujette à des visions ?

Léonard passa la nuit à bouger dans son lit, trés agité et revivant la lutte avec le loup.

Pourtant, Léonard n'osait  pas raconter son histoire de peur qu'on ne le crut pas. Il se rendit comme convenu à la foire de Sauviat quinze jours après.

Il y a croisa Julien du Gerbaut, un beau Monsieur, châtelain des environs de Limoges,  qui lui tapat sur l'épaule et l'apostropha, ce qui était rare de la part d'un châtelain en direction d'un simple paysan:

- C'est vous Pénicaud ?

- Ou pourquoi ?

- Nous avons tué un loup, au cours d'une chasse en forêt il y a 10 jours dans la forêt de Mérignat. Il avait les dents cassées et portait une grave blessure à la mâchoire. Nous avons appris par vos voisins de la Ferme du Mas Peyraud, que vous vous étiez battu avec un loup deux jours avant. Votre bête est surement celle que nous avons tué. Savez-vous Pénicaud qu'il était enragé et que vous avez eu de la chance qu'il ne vous morde pas ?

Le cercle se faisait autour des hommes. Le Monsieur venait de consacrer publiquement le courage du grand père Léonard qui devenu un héros rayonnait de joie.

Marguerite ajoutait en patois limousin "la grimas d'é l'en coulavo" qui signifie " les larmes coulaient de mes yeux".

Lorsque son fils Jules me racontait cette histoire bien souvent  dans le coin de la cheminée, je pensais que j'avais eu de la chance d'appartenir à cette race des Pénicaud, vifs, têtus, coléreux parfois mais généreux en diable !


Source :
Souvenirs de Jean Battut - Arrière petit-fils de Léonard Pénicaud




2 commentaires:

Benoit PETIT a dit…

Très beau récit que tu nous fais partager. Mon grand père me raconta une histoire similaire de son père ou grand père qui croisa un loup en forêt. Du coup je me sens proche de cette histoire. Malheureusement pour moi aucune possibilité de vérifier ses dires. ..

vero battut a dit…

Merci Benoit PETIT pour ton commentaire. Oui je pense que dans toutes les familles, il y a eu des histoires de loups... Ce n'était pas encore le loup protégé de nos jours mais un loup qui faisait peur aux villageois, roi de la foret comme les contes le décrivent. Quand l'homme devait l'affronter, c'était toute une histoire !