vendredi 30 août 2013

Marcel Bourgoin, prisonnier au Stalag IIB Hammerstein



PRISONNIER, LE 16 JUIN 1940

Cinq ans seulement après son mariage, Marcel Bourgoin, mon grand-père, est  rappelé à l’activité militaire le 2 septembre 1939 en qualité de Sergent chef. Il est fait prisonnier le 16 juin 1940. Après avoir été « stocké dans un camp à Auxerre », il est envoyé au Stalag II B en Poméranie.
Souvenons-nous
«  Après 3 jours de voyage dans un train à bestiaux, nous arrivons sur le lieu  de destination. Nous approchons d’un terrain entouré d’une double clôture de barbelés où il y a plusieurs baraquements. Sur le portail, l’inscription STALAG IIB… » 
Pétales d’une rose blanche Stanisław Gryniewicz 

Dessin de Marcel Bourgoin Prisonnier Camp d'Hammerstein le 11 septembre 1940 (Archives familiales)

STALAG II B Hammerstein

Le stalag II B est  créé fin septembre 1939. Il dépend de la Kommandantur de la Zone militaire II  basée à Szczecin (Stettin). Il est situé à côté de Czarne (nom allemand : Hammerstein) de la région de Człuchów (nom allemand : Schlochau) à l’emplacement du polygone militaire.
Situation géographique Stalagh 2B

Un des premiers camps de concentration

En avril 1933, trois mois après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, on crée ici un des premiers camps de concentration destinés aux prisonniers communistes allemands et aux opposants du régime national-socialiste. Ce camp est fermé après quelques mois d’existence et les prisonniers sont transportés ailleurs. Les locaux sont ensuite occupés par l’armée. Probablement à cause de ces conditions d’existence antérieure, le gouvernement allemand décide d’organiser  un camp pour prisonniers de guerre. Il est très proche de la frontière entre le IIIème Reich et la Pologne. Le transport est facile, le terrain très forestier et peu d’habitants.

Devenu camp de prisonniers



Entrée du camp d'Hammerstein - Archives Croix Rouge

Au début au Stalag IIB, il n’y a que des prisonniers polonais de l’armée Pomorze suite à la guerre contre la Pologne début 1939. Le premier commandant du camp est le colonel Janus, ensuite le major Van Heydebrand. Au Stalag  IIB, il existe un hôpital pour les prisonniers organisé par des prisonniers médecins polonais, qui devient avec le temps l’hôpital central  pour les prisonniers de la région de Szczecin. En été 1940, après la capitulation de la France, on ramène dans ce camp des prisonniers français, aussi bien de l’armée métropolitaine que de l’armée coloniale, puis des soldats belges, hollandais et des anglais qui combattent  en France . En 1941, après la campagne des Balkans, des prisonniers yougoslaves arrivent. Après l’automne 1941, suite à l’attaque de la Russie par Hitler, pendant la première phase de la guerre, on ramene des russes par dizaine de milliers. A cette époque, est créé un nouveau camp de l’autre côté de la voie de chemin de fer. Deux camps distincts sont organisés : Lager Nord et Lager Ost qui portent un nom commun, Stalag IIB Hammerstein. C’est dans ce camp, que mon grand père est amené, dans des trains à bestiaux successifs, dans un très long périple.

Fleischerei Wilke

Mon grand-père, exerce la métier de Boucher. Il est donc affecté,  comme prisonnier de guerre, MATRICULE 86/96,   au KOMMANDO N°210, dans une boucherie « fleischerei » dirigée par Emil Wilke située à Hammerstein, 33 preussischesstrass. Son camarade de captivité, André Desvallois, Charcutier à Limoges  est son ami pour la vie et témoigne. Comme mon grand père il est amené au Stalagh dans des wagons à bestiaux. André reste prisonnier de 1939 à 1945. La boucherie Wilke prépare la viande destinée aux militaires allemands. Les 11 prisonniers français sont rejoints chaque jour par 20 travailleurs allemands. Les prisonniers français dorment dans un baraquement en bois chauffé par un poêle à bois. Le baraquement est situé contre la boucherie. Ils dorment sur place. Des lits à trois étages sont disposés dans la petite salle rudimentaire avec un seul lavabo. Ils disposent du minimum pour manger mais arrivent à soustraire à leurs geôliers quelques morceaux de viande qu’ils font griller en cachette directement sur le poêle. Le soir, avant de dormir leur seule occupation est de jouer aux cartes. Parfois ils sont autorisés à se baigner dans un lac. Il en garde un souvenir émerveillé. Mais jamais ils sont autorisés à se rendre au village. Marcel devient vite chef d’équipe dans ce petit groupe de prisonniers et coordonne le travail de tous. Lorsque Marcel quitte la boucherie deux ans plus tard, il dit avoir perdu un frère.


Marcel Bourgoin et les 11 prisonniers français à la Fleischerei Wilke - Stalagh IIB (Archives familiales)

Après la libération, les deux couples amis et ne se quittent plus de vue. Mon grand-père parle quelques mots d’allemand et il aime s’en souvenir. Il  est un ardent partisan de la réconciliation franco allemande.  Sous son impulsion , Chailley est jumelée à un village allemand « Gladbach ».

Livret militaire Marcel Bourgoin (Archives familiales)
Marcel Bourgoin Carte anciens combattants (Archives familiales)


Bande dessinée de René Tardi 

Pour aller plus loin


Site Stalagh 2B
Marcel Bourgoin au stalagh 2B

lundi 26 août 2013

Chailley, village Bourguignon de mes Ancêtres

Entrée de Chailley
Sophie Boudarel nous a proposé de centrer nos recherches, dans le cadre du #généathème, sur le village de nos ancêtres.
Situation de Chailley (1) 
C'est bien volontiers que je vais évoquer avec vous le village de mon enfance, où j'ai passé mes vacances auprès de mes Grands-Parents :
le petit village rural de Chailley dans l'Yonne 
en Région    Bourgogne.



Vue sur  Chailley depuis la colline du Haut Bouton- Yonne
L'environnement est vallonné et  boisé avec des cultures céréalières de plus en plus importantes du fait du remembrement et de l'installation de poulaillers pour l'élevage intensif de poulets alimentant l'usine volaillère Duc installée à l'entrée du village, qui emploie 200 salariés. La colline du Haut Bouton domine le village, où étaient exploitées des anciennes carrières appelées les Perrières. Une jolie Chapelle a été érigée au XIXe siècle, appelée Chapelle de la Bonne Mort. Dans ce blog, d'autres articles évoquent l'histoire de cette commune.
Chailley, mon village d'enfance
Chailley est le village où mes grands-parents vivaient. J'y ai passé la quasi totalité de mes vacances. J'ai aimé ce village au pied de la Forêt d'Othe. Je me souviens, de mes grandes ballades en vélo avec mes cousins, des cabanes que nous construisions dans les bois, des baignades dans l'eau glacée de l'Armançon, de la malle à déguisements, du grenier qui recélait des merveilles. Quelle liberté nous avions en ce temps là ! Pas de téléphone portable pour nous surveiller. On nous faisait confiance. En fin de journée, nous allions chercher le lait à la ferme, à pied, et nous croisions les voisins avec lesquels ma grand mère échangeait les nouvelles. Des souvenirs très doux qui raisonnent en moi pour toujours. C'est une impression étrange de passer ses vacances dans le lieu de ses ancêtres. Mon grand-père était né à Chailley et il connaissait tous les habitants. Il aimait son village et  cet attachement l'a amené à en devenir l'élu municipal puis le Maire. Actif, il savait innover, et apporter son énergie à son village. Pourtant, la Branche des BOURGOIN n'était pas native de ce village mais de Saint-Julien du Sault dans l'Yonne. Le père de mon Grand-père, Alphonse Etienne BOURGOIN, né dans l'Yonne à saint Julien-du-Sault,  est venu faire son apprentissage de Boucher dans cette commune. Il a rencontré une jeune fille Berthe GODARD et ils se sont mariés à Chailley alors qu'elle n'avait que 17 ans. Ils ont créé ensemble une boucherie et un abattoir situés Grande rue de Chailley, dans la maison des Parents de Berthe. Par les souvenirs familiaux,  je savais uniquement (avant de me lancer dans mes recherches généalogiques) que la famille BOURGOIN était venue s'installer à Chailley à cette époque, et que les parents de Berthe GODARD venaient de Cerisiers (Yonne).
Peut-on alors parler de Village des Ancêtres ? 
Pourtant, je sens que dans cet endroit, il existe une histoire familiale. Je décide donc, il y a quelques mois, de partir à la recherche des lieux où sont nés et ont vécu les anciens. La recherche généalogique se précise. De ces semaines de recherches, via les archives départementales de l'Yonne, je constate que la présence de ma famille à Chailley est beaucoup plus ancienne que je le croyais. Chailley est bien un village familial car plusieurs générations d' ancêtres  des branches BAILLET, BERGERE, VIE, TRUCHY y sont nés ou y ont vécu. Cette présence remonte au moins au XVIIIe siècle.

Etienne Alphonse BOURGOIN,
mon arrière Grand-père
  • La Branche des GODARD  s'est s'installée à Chailley après 1851. C'est à cette date que  Joseph Adolphe Prudent GODARD, Sosa 52,  né le 14 juin 1830 à Fournaudin (89) s'est marié. Il fut sabotier et Cafetier au Café de l'Union situé Grande rue à Chailley. Marié à Eleonore Louise VELLARD, Sosa 53, née à Cerisiers 89, ils auront deux enfants Zéphirin Bruno GODARD, né à aux Chapelles, commune de Cerisiers le 6 octobre 1852 qui deviendra Limonadier à Paris, et Romulus Casimir GODARD, Sosa 26,  né le 9 mars 1854 à Cerisiers, les Chapelles, marié à  l'âge de 27 ans  avec Marie Victoire BAILLET, Sosa 27, née à Chailley le 19 juin 1860. Il auront une fille Berthe Elmire GODARD, Sosa 13, née le 1° aout 1885 à Chailley. Celle-ci  se marie avec Etienne Aphonse BOURGOIN, Sosa 12. Berthe GODARD et Etienne Alphonse BOURGOIN, mes arrières-grands-parents auront deux enfants Martine et Marcel. Ce dernier, mon Grand-père, né à Chailley le 27 mars 1905,   exercera le métier de Boucher à Chailley et en deviendra le Maire. Il se mariera avec Germaine GUIBERT, ma Grand-mère née à Auxerre (voir article Mariage) . Ils auront deux enfants dont Arlette, ma mère.
  • La Branche des BOURGOIN s'installe à Chailley le 2 mars 1903, date du mariage de Berthe et Alphonse.
  • La Branche des BAILLET (Marie Victoire BAILLET est l'épouse de Romulus GODARD) est installée à Chailley  depuis 1803, date de la naissance de Hilaire Mammes BAILLET, Sosa 108,  né le 28 novembre 1803 à Chailley, Grand-père de Marie Victoire. Il se mariera avec Françoise Eugènie BERGERE.
  • La Branche des BERGERE est installée à Chailley depuis 1815. Françoise Eugènie dite Mam'Nini BERGERE est née le 10 mars 1839 à Chailley. Le Père de Françoise BERGERE, Edme Félix Nicolas BERGERE, Sosa 110,   né à Chailley le 23 octobre 1815 à Chailley exercera le métier de Boucher. Il était marié à Marie Adeline VIE.
  • La Branche des VIE est installée à Chailley depuis 1791 (sans doute auparavant) . Marie Anne Adeline VIE, Sosa 111, est née le 16 octobre 1816 à Chailley. Son père Paul Vincent VIE, Sosa 442,  Charpentier est né à Chailley le 7 mai 1791 à Chailley et s'est marié le 6 février 1779 à Chailley avec une Chaillotine, née en 1794, Marie Françoise TRUCHY Sosa 223.
  • La Branche des TRUCHY remonte à 1794.
Arbre généalogique de mes ancêtres à Chailley (logiciel Héredis Mac)

La présence de mes ancêtres dans la commune de Chailley remonte donc au moins à 1791.
Acte de naissance et de baptême de Paul Vincent VIE Sosa 442 - 1791
Je pense que je peux remonter encore dans le temps puisque  Antoine Alexis VIE était installé dans la commune en qualité de Charron avant 1791. Mes faibles connaissances en paléographie m'empêchent encore de déchiffrer les registres paroissiaux de cette époque qui sont très difficilement lisibles. Je ne m'avoue pas vaincue pour autant ! Aujourd'hui leurs descendants vivent  encore à Chailley :  mon oncle actuellement Maire de la Commune et sa cousine Nicole. Mon frère, mes deux cousines germaines et moi-même avons installé nos maisons à proximité, témoignant ainsi de notre attachement à ces lieux et à nos racines.

vendredi 2 août 2013

L'amour dans les ruines en 1918 ou le mystère d'une photo

La cousine germaine de ma mère m'a confié des photos et des documents concernant son grand-père Charles Eugène TEILLAS, né le 24 février 1891 à Valence (Drôme), Capitaine du 279e Régiment d'Infanterie et mort au combat  à Révillon en Picardie le 1e octobre 1918.

J'ai remarqué en particulier cette photo datée du 1e septembre 1918 portant la mention manuscrite "L'amour dans les ruines...".
L'amour dans les ruines 1918
Dos de la carte - Poème d'amour

Au dos de cette carte est rédigé ce joli poème :

Que signifie cette belle allure
De cette jolie femme et de ce capitaine ?
Ce n'est pas étonnant que la guerre dure !
Nos soldats ne font que fredaines...
Où diable l'amour va-t-il se nicher ?
Jusque dans ces pauvres demeures
Où le boche vient seulement de passer,
L'amour le suit à quelques heures...
En effet, c'est là que (illisible) et sa mie
Vivent un peu de leur amour,
Ce fut du cher bonheur en cette vie
Si semée de malheureux jours...

Signature Capitaine commandant la 14e compagnie du 279e Infanterie



La cousine m'a assuré que la photographie représentait Charles Eugène TEILLAS et  Fernande DEMEAUX son épouse.
Capitaine Charles Eugène TEILLAS

Toutefois, je m'interroge. Les épouses des militaires sur le front, pouvaient-elles se rendre dans des tranchées ? Est-ce vraisemblable que ce soit bien la photo de ses grands-parents ? Il est vrai que le capitaine lui ressemble (voir photo ci-dessus) . N'est-ce pas plutôt une carte postale ? Elle ne serait qu'une évocation de leur amour et non la photographie de ses ancêtres ? Où est la vérité historique ?
J'ai besoin des lumières des spécialistes de la Grande Guerre pour y voir plus clair.
Merci de votre aide.