vendredi 28 juin 2013

Marcel Bourgoin, Maire de Chailley - Yonne



Marcel Bourgoin
Marcel Bourgoin, Sosa 6 est né à Chailley (Yonne) le 27 mars 1905. C'est mon Grand-père. Amoureux de son village, il a travaillé à Chailley comme Boucher (je reviendrais sur ce métier) et a été élu municipal de 1944 à 1983. J'ai souhaité rendre hommage à son engagement municipal et à son mandat de Maire de la commune. Je me souvenais de lui quand, enfant, je me rendais chez mes grands-parents. Tous les matins de la semaine, il se coiffait de son chapeau noir ou gris, portait sa sacoche sous le bras et se rendait à la Mairie comme on part au travail. Il  s'installait à son bureau en bois, échangeait avec la secrétaire de mairie fidèle, ouvrait son courrier, recevait ses administrés qui savaient le trouver présent et disponible, signait les lettres, demandes et autorisations. Chaque mois, le conseil municipal  se réunissait autour de table ovale de la salle du conseil située au rez de chaussée. Mon grand père conduisait les délibérations qu'il avait préparé avec soins. Il ne souffrait guère la contestation, d'après les souvenirs des anciens. Le secrétaire de séance consignait à la main les délibérations sur le registre archivé dans la locaux de la mairie.

Comment trouver des traces ?

Mes souvenirs admiratifs de mon grand-père ne me permettaient pas de retracer son action municipale. Je me demandais donc comment j'allais m'y prendre pour retracer cette longue période d'engagement local.

Des photos
Je fouillais dans les archives qui m'avaient été confiés par ma mère. Des photographies non triées et des cartes postales anciennes. Dans les albums de ma Grand-mère Germaine Guibert-Bourgoin, de rares photos de mon grand-père dans ses fonctions municipales. De plus ou moins bonne qualité. Je pouvais les mettre de côté mais cela ne saurait me suffire.
Des témoignages
Je décidais d'interroger le souvenirs de ma tante Nicole Frochot, qui était restée au village. Elle a fouillé ses cartons dans lesquels elle avait rangé des documents d'époque : bulletins de vote, profession de foi souvent jaunis et à travers lesquels je revis les combats électoraux locaux animés.
Une vidéo
J'ai retrouvé une cassette vidéo qui avait été réalisée par mon oncle lors du décès de mon grand-père en 1991. Il avait retracé des points forts de leur vie. Quelle difficulté pour retrouver un magnétoscope, le brancher, et lire ce document fatigué. S'exprimaient quelques administrés qui évoquaient l'action de grand-père en tant qu'élu, en lui rendant hommage. C'est bref, mais le personnage se dessinait avec plus des contours plus précis.
Les registres municipaux
Je remercie la mairie de Chailley qui m'a ouvert ses registres du conseil municipal afin que je puisse relater les principales décisions prises par les conseils municipaux sous son autorité. J'ai pu plonger dans les registres reliés conseil municipal à la Mairie de Chailley. Les décisions et vote de chaque conseil sont minutieusement consignés. J'ai pu retracer les principales réalisations municipales au cours des mandats. J'ai regretté ne pas retrouver dans ces registres, les discussions ou interventions des élus qui auraient permis de donner un peu plus de caractère et de vie aux descriptions. Mais seuls les votes sont retranscrits. Je vais devoir m'appuyer sur les faits pour évoquer cette action municipale et retracer un bilan des mandats de Marcel Bourgoin, en hommage à mon grand-père.

1944 : Le début de l’engagement municipal 


Plan de Chailley en 1949
Dès l’après-guerre, par décret du 2 février 1944, des dispositions législatives imposent à chaque conseil municipal de désigner des délégués chargés de concourir à la révision de la liste électorale en vue des élections de 1945. Le 12 novembre 1944, la nouvelle municipalité de Chailley se conforme à ces obligations. Les membres de l’ancien conseil municipal sont maintenus et des nouveaux sont nommés par décret par M. le Préfet.  Les anciens sont Paul Chauvet, Casimir Combes, Léon Manigaut, Alexandre Darde, Gaston Renuzeau. Les nouveaux conseillers nommés par décret sont Georges Mulot, Marcel Bourgoin, Camille Moreau et Georges Thomas. Le Maire Paul Chauvet est installé ainsi que le premier-adjoint Casimir Combes. Georges Mulot est désigné délégué auprès de l’administration. Lors du conseil municipal du 18 mai 1945, suite aux premières élections après guerre, Paul Chauvet est réélu Maire et René Vallet, premier-adjoint. C’est donc dès 1944, que mon grand-père s’engage pleinement dans l’avenir de sa commune. La reconstruction, après ces périodes douloureuses, est difficile. Les hommes manquent à l’appel. Les familles sont décimées et pansent leurs plaies. La vie reprend ses droits et la tâche est immense. Marcel Bourgoin, enfant de Chailley, s’implique  depuis toujours dans la vie de son village. Jeune, Marcel Bourgoin est nommé conseiller municipal par Monsieur le Préfet en 1944, à la Libération, puis il est élu puis réélu sans interruption depuis 1947 en qualité d’adjoint pendant 9 ans puis en qualité de maire pendant 18 ans.

La réfection du réseau électrique
Le 26 juin 1946, le conseil municipal décide de la réfection des réseaux électriques enlevés par ordre des autorités allemandes. Il est indispensable de réparer le réseau électrique et de pourvoir à nouveau à l’éclairage des rues et places publiques de la commune. Des habitants se souviennent des lampes à pétrole et des coupures électriques nombreuses. La réparation ne suffit pas à répondre aux nouveaux besoins de la population en électricité. En 1949, la création d’un syndicat d’études est projetée, pour la modernisation électrique qui regroupe les communes environnantes. Le nom est Syndicat d’études pour la modernisation de la distribution de l’énergie électrique dans la région de Saint Florentin-Brienon. Le projet est financé en partie par souscription publique avec l’édition de 400 obligations de  5 000 francs chacune.
La bataille de l’eau potable
Un puits public à Chailley
Depuis 1938, un projet d’adduction d’eau a été déposé par l’Ingénieur Robert au nom du syndicat d’alimentation en eau potable pour la région de Saint-Florentin auquel Chailley est affilié. Mais il faut attendre février 1947 pour que Saint Florentin donne son accord de principe pour qu’une partie de l’eau de la source du Vaudevanne soit attribuée aux habitants de Chailley. Cette cession prend son effet en 1949 et permet à Chailley de disposer d’1/5° de la source soit les 100 premiers m3Le conseil municipal du 6 juillet 1945 constate les fuites considérables s’étant produites dans les fontaines alimentant la population de Chailley en eau. Les puits publics sont en mauvais état et la qualité de l’eau potable est dangereuse pour l’hygiène.
Un long processus s’enclenche pour gagner la bataille de l’eau. Certains habitants de Chailley se souviennent encore de l’époque où, enfants, ils vont chercher l’eau au puits. L’eau courante arrive dans les maisons. Les corvées ménagères s’allègent. Le confort gagne le village. On est en 1953.

L’hommage aux morts de la guerre

Le 6 février 1947, le conseil municipal décide de faire graver sur le monument aux morts le nom des victimes de la guerre. Les noms de Lespagnol Félix, décédé, Cormeau Lucien et Bourgoin Henri fusillés, Chambrelan Raymond mort en déportation, Roland Butteau engagé volontaire sont les noms proposés. 

1959 : Elu Maire Adjoint

Le 12 février 1959, Marcel Bourgoin, alors simple Conseiller municipal, est élu  1er adjoint au Maire Gaston Renuzeau. 

14 mars 1965 : Marcel Bourgoin est élu Maire 


Profession de foi élections de 1965

Les réalisations communales du Maire Marcel Bourgoin 1965-1983


Aux élections du 14 mars 1965, Marcel Bourgoin présente sa liste intitulée « Liste de rénovation municipale et de progrès économique et social ». Il trace les lignes de son futur mandat. « Nous avons accepté de solliciter vos suffrages… dans le but d’œuvrer efficacement pour que notre Chère Commune soit de plus en plus prospère, que l’entretien des bâtiments collectifs, de nos écoles, de nos routes et de nos chemins soit meilleur. Il y a en outre des initiatives à prendre. A cet égard, dans le cadre de la décentralisation industrielle, nous pourrons sans doute provoquer l’installation d’une petite usine qui animerait l’économie locale, ferait prospérer notre commerce et augmenterait les ressources de la Commune par la taxe locale…Tous nos efforts porteront sur la bonne administration, la bonne gestion des affaires communales, pour le bien de tous les Chaillotins ». 

Assainissement - Trottoirs
Le premier dossier qu’il traite est celui de l’assainissement de la commune. Le besoin se fait sentir de compléter l’équipement de Chailley et du Vaudevanne par un réseau d’égouts. Le service du génie rural des eaux et forêts procède, à la  demande du conseil municipal, à l’étude d’un avant-projet général d’assainissement.  C’est en 1969 que démarre ce projet qui aboutit en 1979. Cet assainissement est suivi de la création quelques années plus tard des trottoirs et de l’évacuation des eaux pluviales.
Rénovation des bâtiments communaux
Les bâtiments communaux sont rénovés, comme il l’avait promis. En 1970, débute la rénovation de la Mairie, conduite par l’Architecte Louis Colin d’Auxerre. C’est la période des grands travaux dans la commune.
Ecoles du Bourg
Marcel Bourgoin sait que la vitalité du village implique le maintien puis le développement des écoles. Il s’investit pleinement dans ce chantier qui lui tient à cœur. Les deux écoles du Bourg connaissent des gros travaux de réhabilitation. Les travaux s’élèvent à la somme de 9 852 francs. En 1973, la classe enfantine qui devient l’école maternelle est installée au centre du village ;  en 1975 est créé un poste à temps partiel d’agent municipal pour aider l’institutrice.
Développement industriel
L’entreprise La Chaillotine prend de l’expansion et emploie de plus en plus d’ouvriers à Chailley. En 1970, le conseil municipal donne un avis favorable à la demande d’extension de l’entreprise et de l’implantation de la société Les traiteurs bourguignons. La zone industrielle de Chailley est lancée.
Desserte téléphonique
En 1979, la desserte téléphonique de la commune, prévue en 1977 est terminée.
Constructions
Du fait du développement de l’entreprise locale, la demande de logements s’accroît. C’est pour cette raison que le conseil municipal autorise en 1973 la construction de pavillons individuels sur une parcelle de 2 ha 50 sur le chemin des rompies. L’avant projet est la construction de 20 logements HLM sur deux tours de 3 niveaux. Heureusement c’est le projet de pavillons qui est retenu. Chailley connaît son premier lotissement.
Bulletin de vote Elections municipales de 1971
Association de communes
Fort du développement de sa commune, Marcel Bourgoin pense que des communes associées pèsent davantage vis-à-vis des instances départementales. Il est le précurseur des communautés de communes connues de nos jours.   Il impulse un projet d’association entre les deux communes de Chailley et de Turny. En 1974, une demande de fusion est déposée auprès du Préfet. Elle est acceptée et le conseil municipal comprend 13 élus, 6 pour Chailley et 7 pour Turny.Toutefois, L’association ne dure que 4 ans. Turny souhaite reprendre son autonomie. Une pétition des habitants est envoyée aux pouvoirs publics. Le Préfet décide le 19 décembre 1978, la séparation des deux communes associées et le conseil municipal est dissout le 31 décembre 1978. De nouvelles élections se déroulent les 11 et 18  février 1979. Le nouveau conseil municipal se compose de Marcel Bourgoin, Willy Deketelaere, Suzanne Brière, Etienne Frochot, Marcel Félix, Henri Laperche, Jean Cyganko, Charles Marty, Jean Paul Chartron, Anne Marie Allot, Pierre Dumoulin, Bernadette Tomaszewski. Marcel est réélu Maire.
Activités sportives
Le conseil municipal, sous l’égide de son Maire, subventionne les activités sportives de la commune. C’est ainsi qu’en 1971, les procès-verbaux de la Mairie indiquent que le conseil municipal décide d’accorder une somme de 1 200 francs à la section cycliste de l’entente sportive florentinoise pour l’organisation de deux courses cyclistes prévues à l’occasion de la fête patronale du 25 juillet 1971. En 1975, Chailley accueille le passage du Tour de France. La subvention pour cet événement est de 500 francs. Avant la fin de son mandat de Maire, sont créés un terrain de football à l’entrée du village et un terrain de tennis près du cimetière.
Personnes âgées
La commune accueille des résidents permanents mais aussi des retraités de la région parisienne de plus en plus nombreux. Marcel Bourgoin est à l’initiative de la construction d’un équipement destiné aux ainés. Une salle est édifiée. Des rencontres, repas, tournois de jeux de société, etc... sont organisés. Elle est gérée par l’association «Les Colchiques» dont mon grand-père devient le premier Président.
Bibliothèque
Le conseil municipal met à la disposition de la bibliothèque une classe préfabriquée à partir de 1979. La bibliothèque est installée dans ses locaux actuels lors du mandat suivant.
Combats municipaux
La vie municipale est active à Chailley. Les opposants sont regroupés autour de M. Charbonnier. Il présente à chaque élection une liste d’opposition. Les campagnes électorales sont parfois virulentes. En 1971, André Charbonnier est élu conseiller municipal. Il obtient 5 voix pour sa candidature de Maire. Marcel avec 7 voix est réélu Maire. Le conseil municipal est partagé. Il se compose de Willy Deketelaere élu premier-adjoint, André Charbonnier, Marcel Félix, Jacques Renuzeau, Germain Leloup, Charles Marty, Guy Jalouzeau, Raymond Grellat, Gabriel Compagnon, Etienne Frochot et Louis Charton. Etienne Frochot est nommé responsable de la commission des bâtiments communaux et de la commission des eaux.
 
Mairie de Chailley
1983 : A la fin de sa mandature,  après 39 ans d’engagement municipal,
Il écrit une lettre aux électeurs et électrices
  Avec mes collègues du conseil municipal, je me suis efforcé, dans la mesure de mes moyens, d’améliorer le patrimoine communal : logements sociaux, réseaux d’eaux et d’assainissement, écoles, bâtiments communaux, trottoirs…etc. Le montant de vos impôts est nettement moins élevé que dans de nombreuses communes environnantes. Il est vrai que nous sommes aidés par l’usine alimentaire qui supporte 60 % de l’imposition totale. Ne demandant pas le renouvellement de mon mandat (il y a un âge où il faut être raisonnable) je souhaite que vous apportiez vos voix et toute votre confiance à la liste d’entente municipale qui se présente à vous. 
Je resterai toujours tant que je le pourrai, à votre disposition. 
Vive Chailley     Le Maire sortant 

Témoignages

Etienne Frochot, Conseiller municipal : «  C’était un homme à qui on faisait confiance. On le sentait capable de gérer une commune. Il avait bien géré sa petite affaire…Il était capable de diriger les autres….Marcel, c’était l’homme de confiance de la commune »
Mme Laperche, Secrétaire de mairie de 1966 à 1978 «  Il a fait faire un grand pas en avant à la commune »
M Pourrain, Conseiller général : «  C’était un homme mesuré mais qui ne restait pas en arrière. Il n’avait pas peur de faire les investissements qui convenaient pour sa commune puisse évoluer et les gens puissent vivre avec leur temps. C’est un des signes caractéristiques de Marcel Bourgoin »
Véronique Battut-Bourgoin, sa petite fille « Je le vois s’habiller avec soin, visser son chapeau sur sa tête, porter son sac en cuir sous le bras et descendre chaque jour à la mairie. Il prend à cœur sa fonction. Les habitants viennent à des heures impromptues pour le voir. Il est toujours disponible. Les appels téléphoniques sonnent à toute heure. Ma grand-mère répond souvent. Les disputes de voisinage, les inondations, les feux de broussailles tout est traité par le premier magistrat de la ville.  Je me souviens de cet appel téléphonique en pleine nuit. Un habitant menace de tirer sur tout le monde, enfermé dans sa maison.  C’est la panique. Mon grand père se rend sur place, la nuit, appelle les pompiers volontaires et ne revient qu’au petit matin épuisé. L’affaire a trouvée une issue positive. Le forcené a cessé son chantage. Ma grand-mère et moi avons eu tout de même très peur. Je me souviens  de son bonheur d’assumer cette fonction, de se sentir utile pour son village. Il est attentif à chacun, disponible, représente de façon efficace sa commune. Pendant ses mandats successifs, il a le souci de préserver et l’ambition d’améliorer le patrimoine communal. »

dimanche 23 juin 2013

Edmond Battut, Mineur à Messeix (Puy de Dôme)




Jean Marie Edmond dit Edmond Battut, Sosa 4, mon grand-père est né à Messeix le 1° août 1908.

Acte de naissance Jean Marie Edmond Battut
Jean Louis Edmond Battut


Il a été Mineur de Fond au Puys Saint Louis, à la Mine de Messeix depuis l'âge de 14 ans.
Son père Louis Battut, Sosa 8, né à Bourg Lastic exerçait déjà ce dur métier. Ce dernier s'est marié, le 9 février 1899, à Marie Antoinette Fargeix, née à Messeix.

Louis Battut et son épouse Marie-Antoinette Fargeix
Mes ancêtres Battut ont vécu, successivement, une partie de l’histoire du développement des mines de charbon de Messeix,  définitivement fermées en 1988. A l’ancien puits Saint-Louis où travaillait mon grand-père Edmond, l’association MINERAIL a créé le musée de la Mine qui permet aux jeunes générations de se souvenir de ce passé industriel dans une région rurale et aujourd’hui touristique. Moi, je garde le souvenir des traces d’anthracite bleues qui avaient glissé sous la peau de mon grand-père le marquant à tout jamais dans sa chair.

La commune de Messeix

Situation de Messeix en Puy de Dôme
Messeix est situé au sud-ouest du département du Puy-de-Dôme à 15 kilomètres des limites des départements du Cantal, de la Creuse, de la Corrèze. La commune de Messeix, située dans le département du Puy de Dôme en Région Auvergne,  s’étend sur 4 000 hectares entre les rivières Dordogne, Chavanon et Clidane. La culture des céréales étant l’activité principale en agriculture on marque cette particularité par le simple nom Mecensis issu du latin Meces (moissons). Les riches terres volcaniques facilement labourables accueillent surtout le seigle. Transformé en farine dans de nombreux moulins, il permet la fabrication du pain, cuit dans le four banal fonctionnant dans chaque village jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. Le sarrazin entre dans la confection d’épais beignets fort consommés, l’avoine sert à la nourriture des animaux.  Les registres paroissiaux révèlent une grande stabilité de la population jusqu’à la fin du XIXe siècle. En 1769 on dénombre 1 242 habitants répartis au bourg et dans une quarantaine de villages ou lieu-dits.

1768, le début de l'exploitation du charbon à Messeix

La sortie des Mineurs à Messeix 1900

Un rapport de 1768  parle d'un champ d'exploitation situé prés de Bogros exploité par des paysans au lieu dit Chomadoux. Le charbon extrait est alors vendu aux fours à chaux voisins et aux maréchaux-ferrants.  Le 23 novembre 1831, une ordonnance royale accorde à M. Sablon Jean-Baptiste une concession de mine de houille de 1 118 hectares, située dans les communes de Messeix, Singles et Avèze (Puy-de-Dôme). Cette concession a pour but de permettre l'exploitation d'un gisement reconnu par des affleu­rements dans les vallées de la Clidane au nord, et de la Dordogne au sud. Par pétition du 18 octobre 1837, M Sablon demande, au nom du comte Louis de Castellanne, la concession des mines de houille de la Clidane, dont le périmètre embrasse une surface de 152 ha et porte sur la commune de Messeix.
Plan de Concession de 1831

Le comte  de Castellanne avait, aux termes d'un traité avec M Sablon, l'intention d'entreprendre, au 1er mai 1838, des travaux et essais pour le traitement des minerais de fer du pays par les houilles sèches de Messeix et de la Clidane. En fait, M de Castellanne renonce entièrement à son projet et se désiste du traité passé avec M Sablon, désistement accepté par ce dernier, mais « sous toutes réserves quant aux dommages intérêts à répéter pour cause de non-exécution des conventions stipulées ». En 1848, M Sablon établit un puits situé à 1 200 m à l'ouest du hameau de Bogros, et il exploite pendant quelques mois une couche très inclinée. Les galeries sont noyées par l'invasion des eaux. Il cède alors la concession à la Société en commandite par actions Charles Vazeille et Cie. Les nouveaux propriétaires foncent un puits non loin de celui de M Sablon, qu'ils abandonnent en 1849, parce qu'il offrait un champ d'exploitation trop faible, étant trop près des affleurements. Ils se repor­tent à environ 200 m à l'ouest, et creusent le PUITS TEYRAS.


Le Puits Teyras de Messeix en 1905

Ils achètent à la même époque le pré Chalamel (le Port-Sec actuel), et finissent par y établir le centre de leur exploitation. Tout le charbon était transporté à dos de mulets, la plus grande partie aux Fonderies de Pontgibaud, et le reste aux Forges de la Cellette (fonderie de fonte) (environ 2 000 t/an). Par pétition du 7 juin 1851, les concessionnaires de Messeix demandent la modification de la conces­sion, de manière à laisser en dehors des terrains stériles compris dans leur concession actuelle et à comprendre des lambeaux de terrains houillers qui leur sont limitrophes. Par pétition du 30 décembre 1852, MM. Vazeille et consorts, concessionnaires, amendant leur précédente pétition du 7 juin 1851, demandent que leur conces­sion soit définitivement délimitée.

Puits Teyras 1915  Messeix 


1880 Le Puits Sainte Suzanne

Puits Sainte Suzanne 1900
Vers 1879-1880, grâce au passage de la ligne de chemin de fer de Clermont-Ferrrand à Tulle dans la vallée de la Clidane, qui va permettre l'expédition du charbon dans la vallée de la Clidane, un nouveau puits est creusé afin d'explorer plus profondément le gisement de houille. Ce puits aura le nom de puits SAINTE SUZANNE. A la fin du 19eme siécle, des bâtiments seront aussi construits sur ce lieu qui deviendra "La Mine" pour loger les familles des mineurs.  C’est au puits Sainte Suzanne que va travailler, en qualité de mineur, mon arrière grand-père Louis Battut.  Il sera logé dans une maison des mineurs. Le puits Sainte Suzanne, par mal­chance, rencontre une zone failleuse. Il sera  fermé en 1930. La Société traverse alors une période extrêmement difficile. Une ancienne actionnaire de la Société Charles Vazeille intente un procès pour faire annuler la création de la Société anonyme nouvelle. M Villet principal actionnaire de la nouvelle société, doit vendre tous ses biens et propriétés pour éviter la mise en faillite. A cette époque, l'anthracite ne se vend pas; on a simplement trouvé quelques débouchés chez les fabri­cants de chaux grasse en Charente, et de chaux hydraulique à Saint-Astier (Dordogne). Vers 1887, les poêles à combustion lente commen­cent à se répandre, amenant une clientèle nouvelle.

Les cités des Mineurs
Sont construites les cités des Gannes 707 habitants et de Bogros 612 habitants avec leurs services, leurs écoles, leurs commerçants. A 3 kilomètres, tournant le dos aux installations minières, s’édifie en 1912-1913, la cité de Messeix où habitent Edmond Battut, mon grand-père et sa famille : vingt et une maisonnettes, avec un souci esthétique évident, s’ouvrent sur la campagne et le bourg auxquelles s’ajoutent vingt-deux nouveaux logements, construits sous la forme des corons du Nord, au sud de cette cité.


Cité des Mineurs Bogros à Messeix




1915-1931 : Le développement de la Mine
La guerre de 1914, avec ses exigences nouvelles, oblige à pousser l'extraction au-delà des limites pré­vues. On crée la cité des Gannes et d'autres loge­ments, etc. En 1923, on entreprend le nouveau Siège Saint-Louis, en dehors de la cuvette houillère. Le puits est achevé en 1927 et mis en service en 1928. Les effectifs de la Mine passent de 1915 à 1926 de 400 à 800 personnes pour atteindre 980 en 1931. La production de 120 000 tonnes par an qui s’écoule par des galeries débouchant sur l’usine de traitement située le long de la voie ferrée. On charge le charbon lavé, transformé en boulets dans des wagons acheminés dans les lieux d’utilisation. Malgré des conditions de travail difficiles, l’absence de grisou prévient les catastrophes, les mineurs peuvent fumer au fond et utiliser leur lampe à acétylène à flamme nue.

1928 : Le puits Saint Louis
Puis on fore le puits SAINT-LOUIS à trois cent vingt-neuf mètres de profondeur, en activité de 1928 à 1988 sans interruption. 


Puys Saint Louis Messeix
C’est dans ce puits que va travailler mon grand-père Edmond Battut en qualité de Mineur de fond. Il va s’installer avec sa famille dans une petite maison de la cité. Les petites maisons individuelles de la cité de Messeix, à proximité du Puits Saint-Louis,  s’ouvrent sur la belle nature de la montagne auvergnate et sur le bourg qui compte de nombreux cafés restaurants, huit commerces d’alimentation, quatre bouchers, trois boulangers, trois cabinets médicaux, trois coiffeurs, une ambiance villageoise que ne troublent pas les stigmates de la mine celle-ci est à trois kilomètres sur l’autre versant de la haute colline.

Cité ouvrière de Messeix où ont vécu Edmond Battut et son épouse Amélie Pénicaud
"J’ai aimé la vie douce et chaleureuse des cités dans des petites maisons serrées les unes contre les autres dominée par l’image tutélaire de « La Mine » qui s’impose de la naissance à la mort ; malgré moi, sous ma plume, apparaît la majuscule, je reste encore marqué par une sorte de respect, non d’une entreprise banale mais d’une institution avec ses règles, ses dangers, sa fraternité et ses avantages. La vie ponctuée par les appels de la sirène, cette « Corne » qui annonce la prise des postes de travail, matin, midi et soir est notre angélus. Chaque soir, pour le poste de jour qui commence à six heures du matin, mon père, ouvrier piqueur garnit de carbure sa lampe à acétylène, prépare son sac pour le casse-croûte comme il l’a fait chaque jour pendant trente-deux ans. Je l’imagine au fond d’après les récits que font entre eux les mineurs après le travail, autour d’un verre. Ils décrivent « les tailles », la chaleur, l’eau, la verticalité des postes, le compagnonnage. Le piqueur arrache le charbon, le boiseur, la hache à la main, entaille les bois avant de les mettre en place pour soutenir la galerie au fur et à mesure que le travail avance, le manœuvre évacue le charbon en le chargeant dans des wagonnets. L’équipe n’a pour seul éclairage, que sa lampe à flamme nue que chacun fiche par le croc de son anse dans la paroi."  Témoignage de Jean BATTUT, Sosa 2, mon père né à Messeix le 14 février 1933
Lampe à carbure des mineurs

Briquet à mèche et à essence servant à allumer la lampe à carbure
1946 : Nationalisation des Houillères du Bassin d’Auvergne
Après la guerre en 1946, les mines deviennent propriété de l'état et les houillères de Messeix deviennent alors l'exploitation de Messeix des Houillères du Bassin d'Auvergne.  La nationalisation des charbonnages de France qui intervient en 1946, élaborée par une commission comprenant des représentants des syndicats des mineurs, du gouvernement et du patronat minier.
Nationalisation des Charbonnages de France 1946
Créées par trois décrets successifs des 28 juin, 17 juillet et 16 septembre 1946, les Houillères du Bassin d'Auvergne ont un domaine qui s'étend sur cinq départements : Allier,   Cantal,   Creuse,  Haute - Loire et Puy de Dôme, c'est-à-dire sur 32 000 km2. C'est un des plus grands Bassins français en superficie (7 500 km2 pour le Bas­sin du Nord-Pas-de-Calais). Elles ont regroupé, autour d'un siège central fixé à Clermont-Ferrand, huit exploitations indépendantes, avant 1946  dont  Messeix .  Le gisement de Messeix fait partie du « Grand sil­lon houiller du Plateau central français » qui va de Decize à Décazeville.

Le statut des Mineurs
Elle définit le statut du mineur en assurant une forte augmentation de leurs salaires, rémunérations garanties par l’article 12 du statut. Le 27 novembre 1946 est créé le régime spécial de la Sécurité Sociale dans les mines. Ce régime spécial codifie et améliore les dispositions de la loi du 29 juin 1894 qui a institué un régime de prévoyance sociale obligatoire pour les travailleurs du sous-sol. Le premier volet de cette loi porte sur les pensions et les retraites constituées par un versement à 4% des salaires à la caisse nationale de retraite vieillesse (2% versés par les salariés s’ajoutent 2% versés par les exploitants) versement capitalisé jusqu’à 55 ans. 


Statut du mineur 14 juin 1946
Le deuxième volet porte sur les sociétés de secours mutuel qui ont en charge l’assurance maladie, la gestion assurée par des conseils de neuf membres (six élus parmi les ouvriers, trois désignés par l’exploitant).  La caisse de secours fondée en exécution de la loi du 29 juin 1894 a pour conséquence l’installation du premier conseil de la caisse de secours des houillères de Messeix.

Le gisement de charbon de Messeix
Le charbon extrait à Messeix est classé parmi les anthracites typiques. Il en a  la constitution habituelle: pâte très abon­dante et éléments figurés exclusivement représentés par de petits fragments de tissus ligneux fortement gélifiés. En 1954, l'usine à boulets subit une pre­mière modernisation. On installe un four moderne à rouleaux. En 1958, la campagne de sondages effectués en 1954-1955 ayant montré que le gisement s'amenuisait vers le sud, il fallut abandonner l'idée de concentrer toute l'exploitation entre 624 et 740 dans un plan 14/24. A la même époque, la décision de fermeture des mines de Champagnac, et le transfert à Messeix d'une partie des ouvriers qui y travaillaient, entraînèrent la construction de nouvelles cités ouvrières à Bogros, puis à Serroux, qui s'échelonna de 1958 à 1961. Cette augmentation d'effectif entraîna une hausse de la production. En juillet 1959, la transformation est effec­tuée : remplacement des petites berlines de 500 litres par des berlines de 2 500 litres, mise en service de cages allégées en alliage d'aluminium AG 5, ce qui permit d'aug­menter la capacité d'extraction du puits de 66 % sans changer la machine. Les recettes du puits furent mécanisées : ravanceurs, encageurs pneuma­tiques, planchers mobiles à la recette supérieure de roulage. Parallèlement, toute la voie de roulage du puits au Port-Sec fut remplacée, et un moulinage entièrement mécanique installé. L'exploitation du bloc NI devant entraîner l'effon­drement de la partie nord de la galerie d évacuation des eaux de 624 allant du puits à la sortie des Mouillères, une nouvelle salle des pompes, équipée de pompes refoulant au jour, fut installée à 466, dès la fin de 1959.
Publicité des boulets de charbon de Messeix

1967 : 410 logements dans les Cités ouvrières
Extrait Rapport d’activité des Houillères – 1967 « Le climat est rude (hivers froids, étés chauds) et le relief varié: hauts plateaux à 800 m d'altitude coupés de gorges à la ligne de partage des eaux de la Garonne et de la Loire. Le centre le plus proche est la station touristique et thermale de La Bourboule, à 17 km de Messeix. La station thermale du Mont-Dore est à 23 km, le massif du Sancy, avec ses promenades l'été et ses champs de ski l'hiver, à 30 km. La mine est la seule activité industrielle du pays. Les installations industrielles étant rassemblées dans la vallée de la Clidane, à côté de la voie ferrée, le paysage est très pittoresque et les touristes sont nom­breux l'été. Dans le canton de Bourg-Lastic, où résident la quasi-totalité des mineurs, l'agriculture (petites exploita­tions familiales) emploie environ 750 personnes, dont certaines travaillent à la mine, le secteur tertiaire et le bâtiment environ 650 personnes. Les Houillères assurent donc environ 30 % du total de l'emploi, mais 40 % de l'emploi masculin. On note, d'autre part, l'absence d'emplois féminins en dehors de l'agriculture et du commerce. La Mine est propriétaire de 175 hectares de ter­rains, tous dans la commune de Messeix. »


Fermeture des mines en 1988
Malgré ces investissements successifs, la fermeture du dernier puits, le Puits SAINT-LOUIS, est fixée au 1° janvier 1975. Elle est repoussée jusqu’en 1988 mais en 1984, les effectifs ne sont plus que de 200 employés et les pertes ne font que s’accroître au fur et à mesure des années. Depuis l’annonce de la fermeture de l’exploitation minière intervenue en juillet 1988, le nombre d’habitants a régressé d’année en année passant en trente ans de 3 249 en 1968 à 1 361 en 1998. On retrouve à quelques dizaines d’habitants près la population qui était celle de la commune trois siècles auparavant. Après la fièvre de la Mine pendant un siècle et demi dans une France où la population a considérablement augmenté depuis, le village préserve sous la belle végétation de sa riche terre volcanique, la nostalgie d’un passé ouvrier qui l’a marqué.  De toutes les installations de la région, il ne subsiste aujourd'hui qu'une partie du carreau du puits Saint Louis à Messeix : chevalement, bâtiment de la machine d'extraction, recette (détruite puis reconstruite après la fermeture de la mine lors de la transformation en musée), ateliers, bâtiments des vestiaires/bains-douches. Du matériel lourd (compresseurs, convertisseurs et commutatrices électriques...) a pu être récupéré lors de la démolition de certains bâtiments et réinstallé au niveau de la recette du puits Saint Louis. L’association Minérail gère le musée et propose des visites guidées de ce magnifique site du patrimoine industriel auvergnat.


Minérail Musée de la Mine Messeix
Musée de la Mine dans l'ancien Puits Saint Louis