mercredi 3 juillet 2013

Les Godard : 3 générations de sabotiers


Jusqu'au début du XXème siècle, dans les campagnes, chacun portait des sabots en bois sauf les plus pauvres qui eux étaient contraints d'aller nu-pieds. Le sabotier était l'un des métiers ruraux le plus implanté en France. 
Plusieurs de mes ancêtres étaient Sabotiers. J'ai pu le constater en effectuant mes recherches pour construire mon arbre généalogique. Trois générations de sabotiers se succèdent de 1802 à 1940. J'ai pu reconstituer ce parcours des générations avec l'aide des archives numérisées du département de l'Yonne, en Bourgogne.

Mes informations de départ 
Je disposais de quelques photos de Romulus GODARD et des souvenirs de son arrière-petite-fille, ma mère.  Il était sabotier à Chailley. Il venait de la commune de Cerisiers dans l'Yonne, m'a-t-on dit. Personne n'en savait plus. Je connaissais son ancien atelier, petite maison située dans la cour de la maison familiale. Il n'y avait plus d'outil, malheureusement. Par contre le grenier regorgeait  de dizaines d'ébauches de sabots que Romulus avait creusé de ses mains, peut-être à l'aide d'une machine. On n'avait pas le droit d'y toucher. Comme si cela restait une richesse insoupçonnée. Sans doute, avait-on vu Romulus passer des heures à travailler et cette interdiction témoignait de la valeur ancienne de ces sabots en cours. Elle témoignait aussi de la fin d'une époque, celle où les habitants de Chailley et des environs portaient les fameux sabots en bois. L'importance de cette activité dans la Forêt d'othe est  soulignée par une carte affichée dans le musée communal de Saint Florentin, en cours de réhabilitation. Cette carte réalisée par M MILLOT, ancien Professeur au Collège,  indique par un petit sabot en bois, collé sur la carte,  l'existence de M GODARD, sabotier à Chailley. C'était mon aïeul. Moi qui ne l'avais pas connu, je décidais de partir à sa recherche. 

Comment m'y prendre pour aller plus loin 
J'ai bien sur commencé à chercher via le site Généanet les traces de la famille Godard. Mais pas d'informations sur Romulus. Je devais donc me plonger, au hasard, dans les archives numérisées. J'ai sélectionné la commune de "Cerisiers", et les actes de "Naissance" et j'ai parcouru les archives patiemment. Avec le risque que cette information soit totalement fantaisiste. 
Page écran archives numérisées Yonne
Registres de la commune de Cerisiers Yonne
Romulus GODARD, le dernier Sabotier de la famille
Soudain, la joie :  le nom de GODARD Romulus Casimir est apparu. Il était bien né à Cerisiers (information exacte !) le 9 mars 1854.  Ouf ! Enfin un fil à tirer pour en connaitre plus sur sa filiation. Cet acte mentionne clairement les noms de ses parents Adolphe GODARD âgé de 23 ans, demeurant au hameau des Chapelles, exerçant la profession de sabotier. Son épouse était Eléonore VELARD âgée de 22 ans, manœuvrière. Il me restait donc à remonter la piste. Je décidais de chercher la trace de ses parents dans la même commune. C'était mon hypothèse parce que à cette époque, on circulait peu. Pari réussi.
Acte de Naissance de Romulus Casimir GODARD 9 mars 1854

A la rencontre de Joseph Adolphe Prudent GODARD
Je retrouve donc la trace du père de Romulus, GODARD Joseph Adolphe Prudent, Sosa 52, né le 14/06/1830 à Fournaudin, Hameau des Chapelles,  canton de Cerisiers. Son père Joseph GODARD était lui-même "Sabottier" (orthographe utilisée) à Fournaudin commune de Cerisiers , âgé de 28 ans et sa mère Marie Colombe BADET,  sans mention de son âge.  
  
Acte de Naissance de Joseph Adolphe GODARD 14 juin 1830

Son père GODARD Joseph Jean Baptiste, le premier Sabotier de la famille Sosa 104, est né le 22/11/1802 à Boeurs-en-Othe 89. Il a été également Sabotier à Fournaudin, Hameau des Chapelles. Pour le retrouver, j'ai remonté les archives en calculant la date de naissance supposée à 1802. Problème, en 1802, nous sommes dans le calendrier révolutionnaire. Nous sommes dans le premier jour du mois de frimaire de l'an onze de la république. Une conversion était nécessaire. Merci Internet. C'est le fils de Joseph GODARD manouvrier marié à Marie Anne FONTAINE domiciliés à Boeurs-en-Othe, Hameau de la Grande Jaronnée. La lignée des sabotiers démarre donc avec Joseph Jean Baptiste GODARD. Le savoir-faire se perpétuera pendant 3 générations. 

Acte de naissance Joseph Jean Baptiste GODARD 22 novembre 1802

Le métier de sabotier a donc fait vivre trois générations. Pourtant, il a fallu associer à cette activité la profession de Cafetier pour compléter les revenus de la famille. Ou alors, on peut penser que le métier de sabotier avait rapporté suffisamment d'argent pour pouvoir s'installer dans un village rural en qualité de commerçant, installer une vraie maison, et créer une activité de Cafetier.
Etre sabotier nécessitait un savoir faire et  une  dextérité pour manier quelques outils, le bois des arbres dans le coin d'un atelier. Ce savoir-faire se transmettait de père en fils. Les sabotiers vivaient souvent à proximité des forêts pour trouver leur matière première. C’était  le  cas pour mes ancêtres qui vivaient au pied de la  Forêt d’Othe, dans l’Yonne.  

Pèlerinage aux Chapelles
Puisque mes ancêtres avaient vécu au Hameau des Chapelles, je décidais de m'y rendre. Je savais que c'était près de Cerisiers et vive Mappy pour retrouver la carte détaillée des environs. Sur une petite route blanche à 5 km de la commune, est indiqué "les Chapelles". Je vais emprunter, en haut d'une colline,  le chemin des loges évoquant les anciennes huttes de bucherons, appelées Loges . Ce chemin, devenu une petite route,  mène au hameau situé dans une forêt d'Othe désormais "mangée" par les nombreuses cultures de céréales. Des maisons de caractère rénovées cohabitent avec des   constructions neuves. Ce circuit de mémoire est émouvant. 
Sabotier dans la Forêt d'Othe
La forêt d'Othe est une vaste forêt française située entre la Champagne au nord, et la Bourgogne au sud. Le sabotier était chargé d'abattre les arbres, les débiter, les dégrossir. Le bois était celui des charmes très présents dans la forêt d’othe, au bois dur et résistant, des hêtres, des chênes, des bouleaux. Les femmes s'occupaient souvent de la finition et des décorations. Les enfants eux étaient en charge du transport et de l'entretien du feu. Il faut avoir en tête l’imposante Forêt d’Othe. 
J’ai retrouvé deux cartes postales de Fournaudin, datant de 1904. Le chemin de terre laisse circuler la charrette à travers une épaisse forêt de hêtres et de charmes. 
Arces
En Foret d'Othe d'Arces à Fournaudin CPA  1904
Fournaudin
La Forêt d'othe près de Fournaudin CPA 1910 environ
A la même époque, une carte ancienne fige pour l’éternité un bucheron de la forêt d’othe avec sa serpe et son tablier de coton. 
Bucheron de la Foret d'Othe CPA 1910 environ
Une loge de bucherons datée de 1912 témoigne de la dureté des vies dans la forêt d’othe. C’étaient sans doute les conditions de vie de mes ancêtres GODARD au XIXe siècle.
Loge de bucherons de la Forêt d'othe à Sormery Yonne CPA 1912
Au milieu du XIXème siècle, la profession évolue. La demande en sabots devient de plus en plus importante : le sabot est porté par les paysans en campagne et dans les villes également.  Les sabotiers ouvrent de plus en plus des boutiques et partagent leur temps entre bourg et bois. 
Sabotiers au travail en Bretagne

La première machine à sabots fera son apparition. Les artisans se rapprochent des bourgs, pour bientôt s'y installer à demeure, leur atelier jouxtant la loge ou la maisonnette. 
Ils ajoutent souvent à leur métier ceux de cabaretier et de barbier,ce qui sera le cas des GODARD.

Le travail du sabotier
Les grumes de bois étaient débitées en rouelles à la scie-harpon (ou passe-partout) à la longueur d'un sabot, puis fendues selon leur grosseur. 
Le creusage des ébauches
L'ébauche de la forme extérieure était obtenue à la hache à bûcher . Je me souviens très bien des ébauches entassées dans le grenier de la maison familiale, témoignant du travail de mes ancêtres.
Une ébauche réalisée par Romulus Godard - Grenier familial 


L'étape suivante se fait sur le petit établi sur lequel est fixé un grand sabre orientable, très tranchant, le paroir, avec lequel est façonné l'extérieur de la pièce. Ensuite, vient le creusage sur la coche, à l'aide de la tarière puis de diverses cuillères. Le boutoir est ensuite mis en œuvre pour former semelle et talon. Et c'est parfois l'épouse qui se charge des finitions au racloir, avant de teindre au noir de fumée, au brou de noix ou plus tard au vernis.
Sabot à bride

Avec le temps, le bridage apparaît, c'est la pose d'une bande de cuir en forme de croissant à l'avant du sabot, qui va apporter un meilleur confort à la marche. 
Ces brides pourront resservir pour plusieurs paires de sabots successives.

Sabotier et Cafetier
C’est sans doute ainsi que Joseph Adolphe Prudent GODARD est venu s’installer à Chailley, village actif à l’orée de la forêt d’othe et à 15 km de Fournaudin. Entreprenant, il crée le Café de l’Union dans la grande rue du village. Il exerce, pour compléter ses ressources, le métier de cafetier. La diligence qui relie Chailley à Saint Florentin, s’y arrête et les voyageurs peuvent s’installer devant la boutique, installée dans la maison familiale.
Son fils, Romulus GODARD, exercera sa profession de sabotier Grande Rue à Chailley dans un atelier proche de la maison familiale, que j'ai évoqué plus haut.
Sabotier
Romulus GODARD Sabotier devant son atelier en 1933
Il exercera aussi, à la suite de son père, le métier de Cafetier. 
Chailley
Romulus Godard Cafetier au Café de l'Union à Chailley Yonne
Son frère Zéphirin GODARD préféra s’exiler à Paris pour exercer le métier de Limonadier 10, rue Beaurepaire près de la gare du Nord. Il se fera inhumer dans le cimetière de Chailley dans une stèle de pierre calcaire surmontée du triangle du libre-penseur. La tradition familiale fut préservée, laïque et républicaine puisque que les deux frères portaient des prénoms républicains Zéphirin et Romulus. (un autre sujet d'article !)
Au début du XXe siècle, les scies mécaniques et les techniques nouvelles se généralisent. Les sabots vont être fabriqués en usine à la chaîne. Après la Première Guerre Mondiale, la profession décline à cause de l'exode rural et l'arrivée des galoches. Le gendre de Romulus, Alphonse Etienne BOURGOIN installera une Boucherie à côté du Café, activité qui emploiera trois nouvelles générations.

Mes ascendants généalogiques
Grace à Joseph Jean Baptiste GODARD, j'ai été en relation avec un "Cousin"généalogique sur Généanet qui m'a permis de remonter jusqu'à mon ascendant Edmé GODARD né vers 1589, décédé en 1675 à Bellechaume dans l'Yonne. Il me reste à mettre à jour le logiciel Hérédis !


7 commentaires:

Elise Aupres de nos Racines a dit…

Bravo pour cet article très complet !
C'est très intéressant de pouvoir ainsi remonter la piste d'un métier familial.
Elise

Dominique Chadal a dit…

Très intéressant, en effet. Merci pour ce bel article très documenté, manifestement.

vero battut a dit…

Merci de votre commentaire. Je suis heureuse que cet article décrivant le cheminement de mes recherches vous intéresse . C'est tout un exercice d'écrire dans un blog généalogique. Votre commentaire m'encourage.

vero battut a dit…

Merci de votre avis. Il m'encourage à poursuivre mon travail de mémoire. A bientôt sur mon blog pour d'autres articles !

venarbol a dit…

Très bel article, en hommage à vos ancêtres.

Odile a dit…

Bravo pour cet article très bien documenté! Et j'y retrouve avec joie bien sûr le nom de Cerisiers.

Anonyme a dit…

Très belle article...cela me rappelle des souvenirs, ou je passais avec mes frères et sœurs des vacances chez mes grands parents qui habitait une maison au milieu des bois et ou venait boulanger et boucher les ravitailler....Chailley, Fournaudin, Arces etc... sont des villages qui m'interpelle...
Malheureusement je n'ai aucune photo...
Bien cordialement
Patricia