mardi 16 juillet 2013

Histoire de Chailley 3/3 : Naissance de la commune de Chailley


Apparition des Bourgeois à Chailley

Les biens ruraux ont pris  de la valeur. De nombreux contrats de vente de terres de laboureurs sont signés par Brunat, le notaire du bourg. Les acquéreurs sont des bourgeois comme le juge de la révôté de Chailley Robert Louis Marie Tonnelier. L’abbaye de Pontigny profite  de la hausse des prix pour vendre son enclos et ses bois de Chailley pour un prix de douze mille trois cent vingt huit livres. En 1738,  tous les biens de la paroisse de Chailley sont vendus. Une nouvelle période économique s’ouvre pour Chailley.

Débuts de l’activité économique à Chailley

Halle de Chailley
La période du XVII au XIX° siècle permet à Chailley de développer une activité artisanale, commerciale et manufacturière. Deux moulins à eau fonctionnent sur le rû St Jacques qui traverse le village. Deux foires annuelles se tiennent les 16 avril et 28 aout. Deux marchés hebdomadaires ont lieu, dans le village, le dimanche et le mercredi. Au XIX° siècle, deux usines   s’implantent   : une fabrique de bouton et une fabrique de porte monnaie. Les métiers de la forêt occupent, en 1852, 440 bucherons et charbonniers qui contribuent à l’activité des fours à chaux des Tuileries. Le bourg compte 1300 habitants en 1850.  Un tailleur à Chailley est inscrit dans les archives, dès 1724. En 1814 ils sont quinze. De 1788 à 1827, les activités artisanales connaissent un développement important. En 1788, le notaire Brunat consigne la création d’une verrerie royale à Chailley. En 1789, on compte 29 artisans et il y en a quatre vingt quinze de référencés en 1827. En 1822, le lavoir est construit et devient un lieu de rencontre important. La même année, sort de terre la halle qui abrite un important marché avec plus de 150 étals. En 1827,  Chailley compte six  cordonniers, six maréchaux, neuf tisserands, deux sabotiers, quinze marchands de charbon, trente et un charbonniers et cinq meuniers.  1860, quatre bouchers sont installés dans le village. La rue de la Boucherie était située près de la fontaine, près de la place principale. Vingt huit kilomètres de chemins vicinaux sont  aménagés par les indigents de la commune condamnés à des travaux d’intérêt général.les grands incendies de 1840 et 1845, 89 maisons sont détruites et 200 personnes sinistrées. Le village est reconstruit selon un plan d’alignement avec l’actuelle Grande rue, large et rectiligne. C’est à  cette période que le cimetière actuel a été ouvert. L’arrivée du progrès de 1850 à 1914 permet une embellie des conditions de vie. En 1861, la mairie de Chailley est construite à l’emplacement actuel. En 1893,  Chailley compte trois machines agricoles.
La première batteuse chez M Combes
C’est en 1903 qu'est  achetée la première moissonneuse.  période du développement économique permet l’ouverture d’un service de diligence en direction de Saint-Florentin pour faciliter la circulation des habitants. Toutefois, l’arrivée des machines favorise le départ des populations vers les villes et la population commence à régresser pour atteindre 1078 habitants en 1820 et 874 en 1896.
Chailley, village républicain
La vie de Chailley est très animée par les débats politiques. En particulier s’opposent violemment les partisans et les adversaires de la laïcité et de la République. En 1848, lors des émeutes parisiennes qui renversent Louis Philippe, la salle du conseil municipal de Chailley est envahie par les républicains. Ils apostrophent le Maire Etienne Badié, acheteur de biens nationaux et notable local. Il est  hué et la République est applaudie. J’aime évoquer ces combats car mon grand père portait l’empreinte de cette histoire. Je ne l’ai jamais vu entrer dans une église.  Il était profondément laïc. Il me rappelait souvent qu’ici à Chailley sonnait l’heure de la République. La cloche de la mairie donne l’heure. Cette cloche a une histoire. 
Chapelle du Haut Bouton
En 1864, Mme Alépée née Grand, d’une des familles de notables de la commune porte le drapeau de l’opposition à la laïcité.   Elle fait construire, sur ses propres deniers la Chapelle du haut bouton, dite chapelle Notre Dame de la Bonne Mort. 
Chapelle Notre Dame de la Bonne Mort à Chailley
La construction est achevée en 1873. Elle en fait don, à sa mort, à l’abbé Paget Directeur du Séminaire de Sens. En 1874, le conseil municipal, aux idées républicaines, vote une motion stipulant que « jamais la commune de Chailley  n’interviendra directement où indirectement à quelque titre que ce soit dans le paiement des dépenses relatives à cette chapelle ». Dans les années 1950, M Hippolyte Lorrot, ancien maitre d’école, répète à son petit fils que cet édifice haut perché « était un affront à un village républicain ». Nous avons beaucoup joué enfants dans les ruines. C’est un lieu mythique de retrouvailles entre les enfants du village, un départ de jeux dans les bois environnants, un but d’escapades. Puis  de nouveaux donateurs, la famille Lemaire, décide de lancer une souscription privée pour reconstruire la Chapelle telle qu’elle existe aujourd’hui. Aujourd’hui, la Chapelle est un lieu de promenade apprécié qui offre une vue splendide sur le village et ses environs.
Querelle des deux clochers
Mais l’histoire ne s’arrête pas à la construction de la chapelle. Elle s’ancre aussi dans la querelle des deux clochers. C’est d’ailleurs le point culminant d’une lutte entre les notables locaux antirépublicains et les adeptes de l’idéologie républicaine, du progrès et de l’enseignement laïc. Alors que l’heure du village est donnée par la cloche de l’église, le conseil municipal, en août 1904, décide de faire l’acquisition d’une horloge communale. Il importe de donner au village une heure républicaine. En 1910, le conseil municipal, au terme d’un fougueux exposé de Victor Delagneau, anticlérical militant, décide de l’édification d'un clocher sur le toit de la mairie et d’une horloge mécanique. Pour financer  cet investissement, une souscription publique est lancée. Parmi les noms des quatre vingt dix huit souscripteurs, se retrouvent les familles Frochot et Bourgoin. Victor Delagneau préside le comité de la cavalcade de 1890 à 1910. Cette fête annuelle fait le pendant aux processions religieuses gravissant la côte de la Chapelle de la Bonne Mort. Celle de 1910 obtient un succès extraordinaire. Les chars ont  pour thème les allégories républicaines : la char des présidents, le char de la patrie, celui du progrès… Elle procure une somme de quatre cent francs entièrement au bénéfice de l’édification du clocher de la mairie. Une deuxième cavalcade est organisée en 1913.  
Cavalcade de Chailley en 1913- Char de la République
L’argent ayant été rassemblé, la commande de la cloche est passée auprès du Maitre horloger du jura M Arsène Crétin pour un prix de deux mille sept cent cinquante francs.
Louis Frochot - Ferblantier à Chailley
Louis Frochot, plombier zingueur à Chailley , participe à la fabrication du clocher municipal : « je vous ferai quelque chose d’extraordinaire ».
 C’est effectivement un clocher remarquable qui enjolive l’édifice municipal de Chailley et qui veille, à sa façon, au rappel de l’histoire de la commune.
Guerres
La guerre de 14 apporte la tourmente et désorganise la vie du village. Le service de diligence qui allait chaque jour de Chailley à Brienon en passant par Venizy et Champlost est arrêté.  Le conseil municipal décrète la réquisition des biens pour alimenter le financement de la guerre. La guerre finie, rien ne sera comme avant. Tout incite le paysan à devenir citadin. En dépit des morts, des départs, les travaux des champs reprennent mais la production agricole stagne. L’élevage subit un fort recul (- 50 %) et seule la plantation de pommiers  progresse et triple en 20 ans. L’artisanat disparaît progressivement et le commerce se réduit au profit des communes de St Florentin et de Brienon. En 1931, il n’y a plus que 10 bucherons, un médecin au lieu de trois, et la population est de 532 habitants. Après 1936, les gens de la ville utilisent leurs droits aux congés payés et à la retraite et reviennent au village. La guerre de 39-45 balaye le fragile équilibre retrouvé après 1936. Le village proche des maquis de la Forêt d’Othe connaît ses héros et ses martyrs. La guerre terminée, la production redémarre. En 1955, la population reprend une progression lente. L’activité est fortement orientée vers les céréales, ces dernières étant livrées soit à la coopérative soit aux marchands de grains. C’est à partir de 1966, que l’usine de produits à volailles prêts à cuire "La Chaillotine" connaît une belle réussite. Elle emploie prés de 1000 salariés en 1990 et attire habitants, commerces et quelques entreprises.


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