mardi 16 juillet 2013

Histoire de Chailley 2/3 : Les défrichements de l'Abbaye de Pontigny



Chailley est au cœur d’une région peuplée depuis très longtemps, chargée d’histoire, de travail et de combats, comme nous l'avons vu dans la première partie de cette recherche (Mes ancêtres les Gaulois). Continuons notre promenade à travers le temps.
C'est au Moyen âge, Chailley connaît l'essentiel de son développement. Car le massif forestier du pays d’othe représente un intérêt politique et économique. C’est une région stratégique située entre le Comté de Champagne, le Duché de Bourgogne et le Royaume de France. La forêt permet d’en extraire les bois nécessaires à la construction des ouvrages militaires, les bois de marine, le charbon de bois, la pierre pour la construction.  Il est possédé par divers seigneurs laïcs ou ecclésiastiques, les uns vassaux du roi de France, les autres du Comte de champagne Thibaut IV ou des seigneurs ecclésiastiques de Sens, l’Archevêque de Sens ou l’Evêque de Troyes. Il est logique que le défrichement soit un enjeu clé pour exploiter ces richesses locales. 


La Bourgogne au XI° siècle


Les défrichements monastiques du 11ème siècle
La propriété seigneuriale et monastique à Chailley a pour origine les grands défrichements du XI° siècle, confiés aux moines. 
En 1114, l’Abbaye de Pontigny est bâtie à l’initiative de Hugues de Mâcon, compagnon de Bernard de Clairvaux, fondateur de l’ordre des Cisterciens, prédicateur de la deuxième croisade.
Bernard de Claivaux

Il sollicite aux seigneurs du pays d’Othe, diverses donations de terres et de bois. C’est ainsi, par donations et acquisitions successives, que les abbés de Pontigny développent leurs possessions du Pays d’Othe. Les féodaux gardent leurs droits et les moines, en contrepartie du défrichement, reçoivent des droits d’usage. En 1139, Henri Archevêque de Sens puis, en 1145, Herbert le Gros accordent aux religieux de Pontigny les droits d’usage de Chailley. En 1151, le roi Louis VII, présent à Pontigny, assiste à la donation faite par Anselme de Trainel de ses droits et métairies de Boeurs et de Chailley. 


Abbaye de Pontigny - Yonne
La zone de défrichement est organisée autour des granges. A Chailley, une bergerie et un petit clos sont installés près des moulins de Chailley et une grange est édifiée. C’est un vase bâtiment d’exploitation entouré de murs et de fossés. Il n’y a, à ce moment là ni village, ni paroisse et donc pas de communauté villageoise. Tous les habitants travaillent à la métairie et paient le cens dû pour le lopin de terre concédé sur lequel ils ont construit une masure de chaume. Les maisons des habitants sont situées en haut du bourg actuel. On peut considérer qu’un habitant de Chailley travaille une journée sur son propre manse, qu’il doit à la métairie deux jours gratuits et qu’il s’y loue les trois autres jours.


Barron Chaillou des Barres - Extrait de "Abbaye de Pontigny"

La Métairie de Chailley
En 1519, l’Abbaye de Pontigny donne la métairie de Chailley à bail à 26 manants pour quatre vingt dix neuf ans au prix de sept cent bichets, moitié blé, moitié avoine. Le bail de la ferme des dimes est cédé à Jean Chauillot, huissier, puis à Jean Bollard, hôtelier. Ils ont la charge, en échange, de payer à Etienne Moreau, administrateur général, interlocuteur de l’abbaye, pour le prix du bail, trente setiers, moitié froment et avoine, trente aunes de toile et douze chapons gras.1562, marque une évolution importante pour Chailley. A cette date, les habitants de Chailley demandent à l’Archevêque de Sens le droit d’ériger une paroisse. La communauté villageoise de Chailley prend naissance.

La résistance paysanne 
Plan de Chailley en 1697
La résistance paysanne des villageois de Chailley se développe face aux abus des moines de Pontigny. L’histoire des relations entre les seigneurs abbés de Pontigny et leurs manants de Chailley est ponctuée par des procès et des procédures destinés à obliger à payer les droits seigneuriaux. La colère paysanne s’exprime, à Chailley, de différentes façons, parfois violentes. En 1654, Etienne Gaubert receveur de la dîme est assassiné. Le même sort est réservé en 1625 à Toussaint Daulnoy, Procureur fiscal de la prévôté de Chailley, ou à Claude Moreau sergent grutier chargé du contrôle des droits d’usage des paysans en 1648 , comme au sergent grutier Pierre Vye, en 1655. Pourtant les droits continuent à augmenter. En 1678, ils connaissent une croissance de + 53 %. La grande disette de 1693 accroît encorela hausse des droits et de l’impôt. Les maigres économies paysannes sont vite épuisées et une mauvaise récolte accélère la crise. En 1751, un procès s’engage devant le grand conseil qui condamne les paysans de Chailley en raison de leur refus de payer leurs redevances. A la veille de la Révolution, à Chailley comme ailleurs, les villageois considèrent comme illégitimes les droits seigneuriaux et se jugent légitimement propriétaires des terres qu'ils occupent. L'ancien système agraire chancèle.


Aucun commentaire: